Note : 4 sur 5.

Il y a d’abord un premier élan, une curiosité pour une terra incognita. L’envie point, le désir presse. Pourtant, une odeur de soufre ondoie. Sous Éros sourd déjà Thanatos. Certes, c’est un écho lointain, une bribe de on-dit, un pressentiment. Mais la peur qu’inspire le péril rend la rencontre plus palpitante encore. La fougue des débuts s’en repaît et s’en trouve décuplée.

Les lendemains ont la violence du désenchantement. Lors, il faudrait se débattre, refuser la claustration, les mortifications, se mesurer à la noirceur. Néanmoins, face à l’inéluctable, un changement de scénario est-il possible ?

L’écriture au plateau offre un creuset fantasmagorique à cette confrontation avec la figure de Barbe-Bleue. Les imaginaires des cinq actrices (Valentine Bellone, Camille Duquesne, Anne Knosp, Nelly Latour et Jordane Soudre), de la dramaturge Valentine Krasnochok et de la metteure en scène Lisa Guez s’entrechoquent, produisant une suite d’images saisissantes et ambivalentes. La narration, qu’articule un groupe de parole hanté par les assassinées, jongle avec les symboles, les mises en perspective et les fins alternatives, tout en se gardant d’un emberlificotage dans l’abscons et le dissonant. En outre, Valentine Bellone, Camille Duquesne, Anne Knosp, Nelly Latour et Jordane Soudre composent un beau quintette féminin aux subtiles nuances de jeu, oscillant entre fragilité et puissance, entre résignation et émancipation. Elles apportent à ces femmes de Barbe-Bleue une vibration captivante.

Walter Géhin, Plusdeoff


Les femmes de Barbe-Bleue, une création collective de Juste Avant la Compagnie.
Le texte est édité à la Librairie Théâtrale.

Idée originale et mise en scène : Lisa Guez.
Dramaturgie et mise en forme de l’écriture : Valentine Krasnochok.

Avec :
Valentine Bellone
Camille Duquesne
Anne Knosp
Nelly Latour
Jordane Soudre


Crédit photo : Simon Gosselin.


Pièce vue dans le cadre de la 50ème édition du Fort Antoine dans la ville, à Monaco.