NEE UN 17 OCTOBRE THEATRE

NÉE UN 17 OCTOBRE, à La Factory salle Tomasi

festival-avignon-off-selection-plusdeoffCe 17 octobre marque un double événement pour Marie-Myriam. Elle a 18 ans, et vient de participer à une marche commémorative. Lorsque la jeune femme, étudiante à Sciences-Po, regagne l’appartement familial, retrouvant son père et son grand-père, elle est en pleine effervescence. Bien davantage que de sa majorité atteinte, c’est de la marche commémorative, et des faits que celle-ci rappelle, dont elle veut parler. Mais, que ce soit pour son père ou son grand-père, un Algérien arrivé en France avant que son pays ne devienne indépendant, le sujet est plus que sensible. Ils louvoient autant que possible face aux terrifiants événements que, implacable, Marie-Myriam assène : le massacre, à la matraque et à l’arme à feu, le 17 octobre 1961 à Paris, par la police française, de plusieurs dizaines d’Algériens qui marchaient pacifiquement, en habits du dimanche, pour protester contre le couvre-feu dont ils étaient frappés. Cependant, face à l’insistance de la jeune femme, les langues se délient peu à peu, convoquant petite et grande Histoire…

Même si le terme « massacre » a été retenu en 1999 par le tribunal correctionnel de Paris pour qualifier ces faits, même si la République Française a reconnu en 2012 la responsabilité de l’Etat, il faut des tripes et du cœur pour s’engager dans un tel travail de transmission de la mémoire, comme le fait la metteure en scène Mounya Boudiaf avec NÉE UN 17 OCTOBRE. Le texte, qu’elle a commandé au politologue et islamologue Rachid Benzine, s’inscrit dans un crescendo. La pièce commence dans une tonalité plutôt légère où dominent les répliques savoureuses, qui fusent de toutes parts, notamment sur la sexualité de Marie-Myriam, avant de prendre, avec délicatesse, une tournure plus sombre, quoique encore pimentée par des échanges fameux. Au jeu, Hammou Graïa est prodigieux dans le rôle du grand-père : charisme, faconde, et extrême émotion dans la partie finale. Du grand art ! On retrouve un peu du jeu de Mounya Boudiaf dans celui de Lisa Hours, en vivacité et en caractère. Elle y ajoute des nuances lumineuses. Xavier Thiam joue avec justesse. À voir d’urgence !

—Walter Géhin, PLUSDEOFF


NÉE UN 17 OCTOBRE

La-FACTORY-theatre avignonÀ voir durant le FESTIVAL D’AVIGNON OFF 2019 à LA FACTORY – salle Tomasi (4, rue Bertrand) à 22h10, du 5 au 28 juillet, relâche les 11, 18 et 25. Réservation au 09 74 74 64 90.

NÉE UN 17 OCTOBRE / De Rachid Benzine / compagnie Kalaam / Mise en scène Mounya Boudiaf / Avec Hammou Graïa, Lisa Hours et Xavier Thiam / Assistanat Marion Laboulais / Scénographie Aurélie Lemaignen et Fanny Laplane / Lumières Olivier Floury / Musique Benjamin Collier.


Crédit photo : Simon Gosselin.

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