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APRÈS LA NEIGE, à La Manufacture : entretien avec Aurélie Namur

Aurélie Namur parle de la pièce APRÈS LA NEIGE, dont elle est l’auteure et la metteure en scène, au programme de La Manufacture lors du Festival d’Avignon off 2019. (propos recueillis par Walter Géhin)

« Aurélie, est-ce la catastrophe de Fukushima qui vous a conduite vers l’écriture de Après la neige ?

— Au début de ce projet, je souhaitais écrire un texte questionnant nos responsabilités quant au devenir de notre Espèce. Je souhaitais travailler sur le sol, sur l’agriculture. Lors de mes recherches, j’ai vu un documentaire sur Fukushima dans lequel des victimes témoignaient. Une femme disait que, le sol étant contaminé, les enfants ne pouvaient se mettre à quatre pattes, donc apprendre à marcher, qu’ils ne pouvaient plus tomber, car s’ils tombaient ils avaient le nez dans l’herbe et absorbaient alors une bouffée de nucléides. Cette femme confiait aussi que lorsque sa fille aurait 17 ans, elle devrait lui demander de ne jamais concevoir d’enfant. J’ai trouvé que la réalité de ce quotidien était totalement irréelle. Une fois que j’ai cerné le cœur de la pièce, dont fait partie cette scène où la mère demande à sa fille de ne jamais avoir d’enfant, je me suis lancée dans une vaste période d’investigations. J’ai étudié des centaines d’heures de documentaires, sur Fukushima, sur Tchernobyl, mais aussi sur d’autres accidents et dysfonctionnements qui pour certains ont eu lieu en Europe. Et je suis allée au Japon, trois fois, où je me suis rendu compte que le sujet était tabou. Même lorsque je posais des questions à des amis japonais que j’avais connus en France, il était impossible d’avoir une discussion libre et de plus de cinq minutes à ce sujet.

— La pièce fait se côtoyer quotidien post-catastrophe et onirisme. Est-ce pour vous une manière d’aborder le sujet de manière moins frontale ?

— Je me revois, après avoir regardé les documentaires, le moral complètement sapé. Cela relève de ma responsabilité que les spectateurs ne soient pas abattus après avoir assisté à la pièce. Certes, Après la neige parle d’une enfant et d’une situation sans issue. Mais l’onirisme agit comme une soupape, il ouvre des portes à l’espoir. Pour autant, cela n’affaiblit pas la prise de conscience que porte la pièce et le respect dû aux victimes. Il ne s’agit pas d’enjoliver, bien au contraire. La pièce parle d’une tragédie à laquelle la poésie et le fantastique permettent de réfléchir posément et sans tomber dans le déni. Cela passe par l’introduction des rêves des personnages, là où ils reprennent le pouvoir. Comme dans les contes, ils sont terrassés par un ennemi plus grand qu’eux, vis-à-vis duquel ils ne sont rien, contre lequel ils sont battus d’avance. Donner à voir leurs rêves, c’est donner à voir un endroit où ils restent forts et vainqueurs.

— De quelle manière avez-vous adapté la direction d’acteurs à la présence d’un enfant au plateau ?

— C’est la première fois que je travaillais avec un enfant dans le cadre professionnel. Pour jouer le même rôle, il y a trois petites filles qui jouent en alternance. Nous ne pouvions travailler avec chacune d’elles que par période de trois heures, en repartant du même point. Cela a fortement ralenti le rythme des répétitions et a été éprouvant pour les comédiens adultes, donnant parfois l’impression de faire du surplace. Il est indispensable que l’enfant soit heureux et ait envie de continuer. Tout en gardant le niveau d’exigence, il a fallu s’adapter à la lenteur, ce qui a obligé les comédiens à être particulièrement responsables et à faire preuve d’autonomie. »


APRÈS LA NEIGE


À voir durant le FESTIVAL D’AVIGNON OFF 2019 à LA MANUFACTURE
(Patinoire) à 10h00, du 5 au 25 juillet, relâche les 11 et 18. Réservation au 04 90 85 12 71.

APRÈS LA NEIGE / compagnie Les nuits claires / De Aurélie Namur (Lansman Éditeur) / Mise en scène Aurélie Namur / Avec Julie Méjean et Aurélie Namur (en alternance) ; Brice Carayol ; Brunelle Damond, Chloé Marty-Ané et Lyra Hugand (en alternance) / Assistanat à la mise en scène Anna Zamore / Scénographie Claire Farah / Construction décor Bernard Caumel / Création sonore Antoine Blanquart / Création lumière Claire Eloy / Régie générale Bruno Matalon.