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DÉGLUTIS, ÇA IRA MIEUX, au Théâtre du Balcon : entretien avec Andréa Bescond

Récompensée par le Molière seule en scène avec Les Chatouilles (ou la danse de la colère) en 2016, puis par le César de la meilleure adaptation pour Les Chatouilles en 2019, elle présente sa dernière création, co-écrite et co-mise en scène avec Éric Métayer, au Théâtre du Balcon, dans le cadre du Festival d’Avignon off 2019. Entretien avec Andréa Bescond à propos de la pièce DÉGLUTIS, ÇA IRA MIEUX. (propos recueillis par Walter Géhin)

« Andréa, lors du processus créatif de Déglutis, ça ira mieux, comment avez-vous géré la forte attente qu’induit le succès de Les Chatouilles au théâtre et au cinéma, que ce soit l’attente du public ou celle du producteur de la pièce, Jean-Marc Dumontet ?

— En ce qui concerne Jean-Marc, il a entendu le texte et il nous a fait confiance tout de suite. Il nous a dit d’établir notre période de création comme nous l’entendions. Depuis le début des répétitions, il n’est pas venu vérifier le travail. Nous allons donc lui montrer, en même temps qu’au public, le travail terminé. Pour ce qui est de l’attente du public, d’abord nous sommes heureux d’avoir connu le succès avec Les Chatouilles. C’est une belle chose de connaître une aventure comme celle-ci. Nous considérons que nous repartons de zéro, avec une histoire et une forme théâtrale totalement différentes. Je ne pars pas du principe que le public nous attend au tournant, mais plutôt avec bienveillance.

— De quelle manière s’est déroulée la co-écriture du texte avec Éric Métayer ?

— J’ai d’abord dit à Éric que j’avais besoin de parler de quelque chose, que j’allais écrire et ensuite lui donner le texte. J’ai écrit la première mouture, en quelques soirs. Éric l’a lue. le texte lui a plu, mais il a suggéré d’apporter de l’humour et de l’onirisme. Il m’a aussi amenée à repenser certains aspects des personnages. Créer ensemble est naturel, nous sommes très complémentaires. Je manie plutôt bien l’ironie et le sarcasme, Éric est davantage tourné vers la poésie et l’humour.

— Vous dites avoir écrit en peu de temps la première version du texte. Est-ce à dire que le sujet était en vous depuis longtemps ?

— Oui. Même si, depuis quelques années, je commence à lâcher, le rapport mère-fille est quelque chose qui m’a beaucoup marquée. Ainsi que le droit à mourir dans la dignité, de par mon expérience personnelle. Cela m’a d’abord terrorisée, puis cela s’est intellectualisé. Cette pièce, c’est un moyen de poser à la société la question du droit à mourir dans la dignité, dans la fleur de l’âge. Le personnage d’Aline, qui est malade et qui demande à mourir, a 50 ans.

— Pour construire les personnages, vous êtes-vous inspirée de l’expérience personnelle que vous évoquez ?

— Je me suis éloignée délibérément de mon expérience personnelle, parce que je ne voulais pas parler, par pudeur, de la personne décédée. Cette personne n’était pas atteinte par une maladie dégénérative, comme c’est le cas pour Aline. Je ne voulais pas parler du cancer, parce que nous sommes malheureusement dans un contexte sociétal où l’on s’habitue à tout. Aline est atteinte par une paralysie supranucléaire progressive, une maladie dégénérative assez peu étudiée et connue. Je me suis dit qu’il était intéressant de parler de ce type de maladie. Aline demande à mourir avant la phase terminale de sa maladie. Elle se rend en Suisse, en Belgique. À sa demande de mourir dignement, on répond qu’il faut réfléchir, que ce serait dommage d’interrompre sa vie si l’on venait à découvrir un traitement. Alors on la laisse en suspens.

— Dans la note d’intention, vous citez les paroles de la chanson Le bonheur de Berry : « N’ayez pas peur du bonheur. Il n’existe pas. » Vous ajoutez : « Le bonheur est dans le présent. » Que voulez-vous dire ?

— Aline et sa fille, Nina, sont des personnages pris par le temps. Dans notre société, tout s’accélère, on pense toujours à après, jamais à maintenant. Aline et Nina, dans leur rapport mère-fille, partagent un passé qui est pesant, mais il y a, au présent, ces deux jours et demi qui défilent et où elles n’ont pas d’autre choix que de se poser l’une face à l’autre et de discuter. D’être fondamentalement ancrées dans le présent, en vue de ce futur proche relativement tragique mais qui est aussi un soulagement. »


DÉGLUTIS, ÇA IRA MIEUX

theatre du balcon avignonÀ voir durant le FESTIVAL D’AVIGNON OFF 2019 au THÉÂTRE DU BALCON (38, rue Guillaume Puy) à 22h30, du 5 au 28 juillet, relâche les 9, 16 et 23. Réservation au 04 90 85 00 80.

DÉGLUTIS, ÇA IRA MIEUX / De Andréa Bescond et Éric Métayer / Mise en scène Andréa Bescond et Éric Métayer / Avec Géraldine Martineau et Isabel Otero / Lumières Jean-Yves De Saint-Fuscien / Vidéo Charles Carcopino / Son Vincent Lustaud / Décors Olivier Hébert.


Crédit photo : Alex Crétey.

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