ARNAUD ANCKAERT théâtre

TOUTES LES CHOSES GÉNIALES et SÉISME, à La Manufacture : entretien avec Arnaud Anckaert

Enda Walsh, Dennis Kelly, Nick Payne, Rob Evans, Alice Birch, Duncan Mcmillan… Autant d’auteur.e.s britanniques que la compagnie Théâtre du Prisme, codirigée par Capucine Lange et Arnaud Anckaert, a contribué à faire connaître au public francophone. À l’occasion des vingt ans de la compagnie, deux pièces de Duncan Mcmillan sont programmées à La Manufacture dans le cadre du Festival d’Avignon off 2019 : Séisme, qui fêtera sa 100ème représentation en juillet, et Toutes les choses géniales. Entretien avec leur metteur en scène, Arnaud Anckaert. (propos recueillis par Walter Géhin)

« Arnaud, après Séisme, pour quelles raisons avez-vous choisi de mettre en scène une autre pièce de Duncan Mcmillan, Toutes les choses géniales, plutôt que de faire découvrir un autre auteur du répertoire britannique récent ?

— Didier Cousin, avec lequel je travaille depuis de nombreuses années, a donné une lecture de Toutes les choses géniales lors du festival Prise directe, que Capucine Lange et moi organisons, qui a lieu tous les deux ans et dont le but est de faire découvrir au public des textes de théâtre contemporain. Didier a souhaité donner une suite à cette lecture de Toutes les choses géniales, qui est un texte que Duncan Mcmillan a écrit avec Jonny Donahoe, l’acteur qui allait le jouer. Ainsi, ce choix n’est pas qu’un choix de metteur en scène, comme le texte n’est pas que le choix d’un auteur. D’ailleurs, j’ai toujours considéré que les pièces ne se montent pas uniquement sur la base d’un projet de metteur en scène, mais plutôt à partir d’un projet commun avec les acteurs. Ce qui m’intéresse, c’est que les acteurs soient mis au centre, que l’on voit le travail au plateau notamment.

— La programmation de Séisme et de Toutes les choses géniales à La Manufacture, lors du Festival 2019, marque les vingt ans de la compagnie Théâtre du Prisme. Ces deux pièces sont-elles particulièrement représentatives de votre travail ?

— En effet, ces deux pièces représentent une forme de théâtre que j’aime. Un théâtre de la relation, profondément humain, qui derrière une apparente simplicité parvient à atteindre une profondeur humaine, sans démagogie, sans user de facilités. Un théâtre certes direct, mais qui n’a pas la volonté de choquer, de secouer que l’on trouve dans le In-yer-face. Pour les vingt ans de la compagnie, nous avions envie de présenter des pièces qui visent l’essentiel de ce que peut être un être humain confronté à des questions importantes, que ce soit, dans Séisme, la question de l’engagement vis-à-vis de la vie elle-même, de l’écologie ou de l’autre, ou bien, dans Toutes les choses géniales, la question de comment faire pour grandir et évoluer lorsque l’on a une mère qui ne donne pas l’essentiel et qui rappelle toutes les cinq minutes qu’elle peut disparaître. Dans les deux pièces, il y a une peur d’affronter la vie, et quelque chose qui m’intéresse beaucoup, le courage de l’affronter.

— Dans Toutes les choses géniales, la proximité entre Didier Cousin et le public est-elle une façon de désamorcer la gravité du sujet ?

— L’homme que joue Didier Cousin raconte une histoire, celle de sa maman qui est dépressive et suicidaire. Le jour de la tentative de suicide de sa maman, il décide de commencer une liste de toutes les choses géniales. En racontant l’histoire de cette liste, il raconte l’histoire de sa vie, comment il fait face à une maladie, comment cette maladie impacte ses relations affectives. Pour pouvoir raconter cette histoire, il a besoin de faire participer le public qui l’entoure. Il demande par exemple à un spectateur de jouer son père, à un autre de jouer un psychologue… Cette proximité avec le public n’a pas vocation à désamorcer la gravité du sujet, elle est nécessaire à la narration. La gravité du sujet est désamorcée par le texte en lui-même. Comme souvent dans les textes des auteurs britanniques, à chaque fois qu’il y a de la gravité, il y a de l’humour.

— Une douzaine de pièces jouées cette année au off puisent dans le répertoire britannique des 25 dernières années, du In-yer-face à des textes plus récents, comme Iphigénie à Splott¹ de Gary Owen. Est-ce pour vous une satisfaction de voir ces pièces de plus en plus souvent mises en scène en langue française ?

— Notre démarche de défricheurs de textes relève d’un vrai combat militant. C’est toujours une satisfaction de voir ce travail porter ses fruits lorsqu’un metteur en scène s’empare d’un texte que nous avons fait traduire et connaître. Iphigénie à Splott illustre parfaitement cette démarche : nous avions commandé la traduction de ce texte à Blandine Pélissier², afin qu’il soit présenté dans le cadre de Prise directe en 2017. Par la suite, Blandine a souhaité le mettre en scène. Je ne peux que m’en réjouir. Les textes sont faits pour circuler et être joués. »


TOUTES LES CHOSES GÉNIALES


À voir durant le FESTIVAL D’AVIGNON OFF 2019 à LA MANUFACTURE
(Intramuros) à 10h15, du 5 au 25 juillet, relâche les 11 et 18. Réservation au 04 90 85 12 71.

TOUTES LES CHOSES GÉNIALES / de Duncan Macmillan (avec Jonny Donahoe) / Compagnie Théâtre du Prisme / Mise en scène Arnaud Anckaert / Traduction Ronan Mancec (l’auteur est représenté dans les pays de langue française par l’Agence R&R, Renauld and Richardson, Paris. En accord avec l’agence anglaise Casarotto Ltd London.) / Avec Didier Cousin / Régie Agathe Mercier.


SÉISME


À voir durant le FESTIVAL D’AVIGNON OFF 2019 à LA MANUFACTURE
(Intramuros) à 11h55, du 5 au 25 juillet, relâche les 11 et 18. Réservation au 04 90 85 12 71.

SÉISME / de Duncan Macmillan / Compagnie Théâtre du Prisme / Mise en scène Arnaud Anckaert / Traduction Séverine Magois (l’auteur est représenté dans les pays de langue française par l’Agence R&R, Renauld and Richardson, Paris) / Avec Shams El Karoui, Maxime Guyon / Scénographie Arnaud Anckaert et Olivier Floury / Régie générale et création lumières Olivier Floury / Musique Maxence Vandevelde / Costumes Alexandra Charles / Construction décor Alex Herman.


¹ Iphigénie à Splott, de Gary Owen, m.e.s Blandine Pélissier, est à voir à Artéphile à 21h40 (du 6 au 27 juillet, relâche les 7, 14 et 21).
² Le texte a été co-traduit avec Kelly Rivière.