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POUR BOBBY, au Théâtre des Halles : entretien avec Charlotte Adrien

Dans le cadre de sa programmation durant le Festival d’Avignon off 2019, le Théâtre des Halles propose Valletti Circus, des rencontres et lectures autour de Serge Valletti ainsi qu’un triptyque de pièces dont il est l’auteur, MARY’S À MINUIT, À PLEIN GAZ et POUR BOBBY. Entretien avec Charlotte Adrien, que le metteur de scène Alain Timár a choisi pour jouer le solo que Serge Valletti avait écrit pour Ariane Ascaride.(propos recueillis par Walter Géhin)

« Charlotte, lorsque l’on regarde votre parcours au théâtre, on remarque notamment la liste des metteurs en scène avec lesquels vous avez travaillé ces dernières années, qui parle d’elle-même : Pierre Santini, Guy Pierre Couleau, Michel Bruzat, maintenant Alain Timár… Comment expliquez-vous que ces metteurs en scène vous aient choisie pour des rôles importants ?

— Même si j’avais travaillé sur d’autres projets auparavant, je dirais que tout est parti de Sermons joyeux, de Jean-Pierre Siméon, que j’avais déjà monté en 2012, et que j’ai monté à nouveau en 2014, au Théâtre des Carmes, avec Raphaël Patout à la mise en scène. Je crois que quelque chose s’est créé à ce moment-là. Pierre Santini m’a dit qu’il trouvait formidable la forme d’insolence que j’avais sur scène et qu’il voulait me confier le rôle de Saturnine, qui fait également montre d’insolence, qui a de la répartie, dans Barbe Bleue de Amélie Nothomb. C’est aussi grâce à Sermons joyeux que ma rencontre avec Guy Pierre Couleau a pu avoir lieu. Un producteur, qui m’a ensuite mise en contact avec lui, est venu voir la dernière représentation aux Carmes. Il trouvait fou que j’ai l’audace de jouer ce rôle écrit pour un homme de 90 ans, qui a un recul considérable sur la vie, alors que j’avais seulement 30 ans. Et c’est encore parce qu’il m’a vue dans Sermons joyeux que Michel Bruzat, que j’ai toujours admiré, a voulu travailler avec moi. Je pense que c’est l’inconscience que j’avais, tout en ne lâchant rien tout au long des deux années nécessaires pour monter Sermons joyeux, qui a porté ses fruits. En tant qu’actrice, monter ce texte m’a permis de trouver ma place. Pour moi, jouer, cela part d’un rapport à l’auteur, d’un rapport à la langue. Il y a des langues qui tout de suite m’activent. Par la rythmique, la musicalité. C’est ainsi que cela s’est passé avec l’écriture de Jean-Pierre Siméon dans Sermons joyeux, et celle de Serge Valletti dans Pour Bobby.

— Quelles sont les circonstances qui vous ont amenée à travailler avec Alain Timár ?

— À l’occasion du Fest’Hiver d’Avignon, le directeur du Théâtre des Carmes, Sébastien Benedetto, m’a appelée pour me demander de donner une lecture de Pour Bobby. Lorsque j’ai lu l’extrait qu’il venait de m’envoyer, je me suis dit, comme pour Sermons joyeux, que ce texte était écrit pour moi. Je l’ai tout de suite commandé dans une librairie. Et quelque chose s’est passé lors de cette lecture. Plusieurs personnes m’ont dit qu’il fallait que je joue ce texte. C’est alors qu’Alain Timár, que je ne connaissais pas du tout, m’a invitée à passer à son bureau le lundi suivant.

— Quelle approche Alain Timár a-t-il adoptée au cours de la création ?

— En janvier, nous avons travaillé en passant de la table au plateau, puis du plateau à la table. Aller tenter au plateau ce que nous venions de décortiquer dans le texte, sans aucune balise, dans une forme de recherche totalement brute que d’ailleurs on retrouve dans son travail de plasticien, m’a beaucoup intéressée. Alain dit souvent : « Body first. » Pour moi, c’est une évidence. Tout part du corps. Un matin, Alain nous a montré, à Nicolas Geny (qui joue dans À plein gaz, N.D.L.R.) et moi, en nous disant : « Voilà ce que je veux que vous fassiez », une vidéo d’une tribu qui se met en état de transe, toute une nuit, en reprenant les archétypes des militaires, de la fonction publique, de tout ce qui crée le carcan sociétal. Alain est cependant quelqu’un de très raisonnable. Il m’a souvent canalisée. Et il a un chronomètre dans la tête.

— Dans quelle mesure le personnage que vous jouez dans Pour Bobby a t-il évolué, entre celui que vous vous représentiez lors de la lecture que vous avez donnée au Fest’Hiver et celui issu de votre travail avec Alain Timár ?

— C’est une femme démunie, fragile psychologiquement, mais elle est emplie d’espoir. Elle se met dans tous ses états pour réussir quelque chose, pour fabriquer quelque chose, pour exister, envers et contre tout. Par ses pulsions de vie, elle est très touchante. Lors de la lecture, le côté poétique et ingénu du personnage lui conférait peut-être un aspect enfantin. Le travail effectué avec Alain lui a donné du corps, une chair de femme. Par ailleurs, lorsque j’ai donné la lecture, je ne connaissais pas encore la fin du texte. Il a fallu donner au personnage une cohérence avec la noirceur qui gagne la pièce. »


POUR BOBBY

theatre des halles avignonÀ voir durant le FESTIVAL D’AVIGNON OFF 2019 au THÉÂTRE DES HALLES (rue du Roi René) à 14h00 (Chapiteau), du 5 au 28 juillet, relâche les 9, 16 et 23. Réservation au 04 32 76 24 51.

POUR BOBBY / Texte Serge Valletti / Mise en scène et scénographie Alain Timár / Création lumière Richard Rozenbaum / Musique originale Quentin Bonami et Richard Rozenbaum / Arrangements Quentin Bonami / Construction décor Éric Gil / Costumes Laurette Paume.


Crédit photo : Olivier Allard.