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LE DERNIER OGRE, au 11 Gilgamesh Belleville : entretien avec Marien Tillet

Un matin de printemps, en 2015, mon radar à talent se mit en branle. Je lisais la note d’intention de ULYSSE NUIT GRAVEMENT À LA SANTÉ, qu’en juillet un conteur nommé Marien Tillet allait jouer, accompagné par le musicien Mathias Castagné, à La Manufacture. Puis il y eut PARADOXAL, thriller scientifique attirant les foules partout où ses limbes nimbent la scène. Le voici nous présentant sa dernière création, LE DERNIER OGRE, programmée au 11 Gilgamesh Belleville dans le cadre du Festival d’Avignon off 2019. (propos recueillis par Walter Géhin)

« Marien, comment avez-vous géré la montée de notoriété induite par le succès de Paradoxal auprès du public, largement relayé par la presse, tandis que Le dernier ogre était en cours de création ?

— En effet, nous étions en train de créer Le dernier ogre pendant que je jouais Paradoxal, qui était rodé, qui remplissait les salles, qui par chance a eu tout à coup un énorme succès à Paris, au Théâtre de Belleville. Cela a mis beaucoup de pression sur cette création. L’inquiétude que j’avais, c’était qu’après le succès de Paradoxal, le public soit déçu par Le dernier ogre. En quelque sorte, que Le dernier ogre soit perçu comme la face B de Paradoxal. Les premières représentations m’ont rassuré. Des personnes qui avaient vu Paradoxal une fois, deux fois, même trois ou quatre fois, m’ont fait des retours très positifs. Par exemple, un spectateur m’a dit qu’il avait été estomaqué par Paradoxal et soufflé par Le dernier ogre. Les premiers articles de presse ont été également positifs.

— Pourquoi avoir choisi une écriture en alexandrins dans Le dernier ogre ?

— Dans Ulysse nuit gravement à la santé, il y a un passage, L’île de Zeus, que j’ai écrit en alexandrins. J’ai éprouvé beaucoup de satisfaction lors de l’écriture de ce passage, et aussi à le dire sur scène. L’écriture en alexandrins est faite pour la langue française et elle possède un rythme qui est vraiment satisfaisant dans l’oralité. Par ailleurs, à la base du projet, il y a Ogre, un livre que j’ai écrit et que Mac McGill a illustré, qui clôt la Trilogie de la forêt commencée avec .rouge Chaperon petit le et Et Gretel, aux éditions CMDE. Ogre est écrit en alexandrins. Lors d’une réunion de production avec la compagnie Le Cri de l’Armoire, j’ai parlé de l’écriture de Ogre qui était alors en cours et j’ai fait part de mon envie d’en tirer un spectacle. Lorsque j’en ai donné une lecture, toute l’équipe a été séduite par l’écriture en alexandrins. Une autre raison tient à ce que je ne voulais pas que l’ogre apparaisse comme un bourrin avec des grosses mains, comme une bête écervelée, mais plutôt comme un chef cuisinier, un esthète de la nourriture, lequel utilise une langue soignée.

Le dernier ogre marque votre deuxième collaboration avec Mathias Castagné, après Ulysse nuit gravement à la santé. Est-ce que cette expérience commune vous a permis d’intégrer, en plus de la dimension musicale qu’apporte Mathias, une troisième dimension au spectacle, visuelle, avec Samuel Poncet et ses dessins sur toile en fond de scène ?

— Au début du projet, il était prévu que sur scène, il n’y ait que Samuel et moi. Nous étions en tournée avec Ulysse. Lors des balances, au lieu de dire le texte de Ulysse, je disais des passages de Le dernier ogre. Mathias a improvisé sur ce texte… Un trio est alors devenu évident.

— L’histoire de Le dernier ogre amène-t-elle le spectateur à formuler plusieurs interprétations, comme dans Paradoxal ?

— Oui. Dans Le dernier ogre, il y a l’ogre qui raconte en alexandrins ce qui est arrivé quand les sept garçons, qu’il appelle La peste, sont entrés dans ses quatre murs, ce qui l’a poussé à un geste qu’il ne peut se pardonner. C’est l’histoire du Petit Poucet. Il y a aussi un homme qui raconte comment il envisage son retour à la terre, à la nature, avec sa famille, où il a envie de s’installer… Ces deux parties alternent. La deuxième partie va progressivement amener des questions. Qui est cet homme ? Quelles sont ses motivations ? Quel est son rapport avec l’histoire du Petit Poucet ? La fin réserve une sorte de twist, peut-être moins vertigineux que dans Paradoxal, mais il reste des questions… »


LE DERNIER OGRE

11 gilgamesh belleville avignonÀ voir durant le FESTIVAL D’AVIGNON OFF 2019 au 11 GILGAMESH BELLEVILLE (11 boulevard Raspail) à 14h45, du 5 au 26 juillet, relâche les 10 et 17. Réservation au 04 90 89 82 63.

LE DERNIER OGRE / Compagnie Le Cri de l’Armoire / Écriture, récit et mise en scène Marien Tillet / Scénographie et live painting Samuel Poncet / Composition musicale et guitare Mathias Castagné / Création sonore et régie générale Simon Denis / Régie en alternance Pierre-Alain Vernette.


Crédit photo : JO (de gauche à droite : Marien Tillet, Samuel Poncet et Mathias Castagné.)

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