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ENSEMBLE, au Théâtre du Chêne Noir : entretien avec Fabio Marra

C’est une pièce à 260 dates, une pièce qui a valu à Catherine Arditi le Molière de la comédienne dans un spectacle de théâtre privé en 2017, une pièce adaptée dans toujours plus de pays, de l’Espagne à la Corée du Sud, une pièce qui va être adaptée au cinéma, qui revient une dernière fois au Festival off d’Avignon, à l’invitation de Gérard Gelas, le directeur du Chêne Noir, à l’occasion de l’édition 2019. Cette pièce, c’est ENSEMBLE. Son auteur et metteur en scène, Fabio Marra, avait répondu aux questions de PLUSDEOFF il y a quatre ans, avant le Festival, avant le succès. Une si belle pièce et un si beau chemin appelaient un nouvel entretien avec l’attachant Napolitain, pour boucler la boucle, et pour parler de ses multiples projets. Andiamo ! (propos recueillis par Walter Géhin)

« Fabio, nous en avions discuté en aparté il y a quatre ans, il vous a fallu beaucoup de détermination, en endossant une prise de risque importante, pour que Ensemble voie le jour. Avec le recul, quel regard portez-vous sur ces moments difficiles ?

— Le thème de la normalité et le fait que l’un des personnages soit un handicapé faisaient fuir tout le monde. Je ne trouvais pas de coproducteur. Personne ne voulait de la pièce. J’étais très triste. Mais c’était justement à cause de l’attitude que l’on a parfois vis-à-vis des choses qui font peur, de la distance que l’on se ménage par rapport à celui qui est différent, que j’avais ressenti la nécessité de raconter cette histoire. Alors je me suis endetté jusqu’au cou pour produire la pièce moi-même. J’ai eu la chance de rencontrer Catherine Arditi qui a tout de suite senti le potentiel de la pièce. Puis la réponse qu’a donnée le public m’a rendu heureux.

— Comment avez-vous géré la notoriété que le succès de la pièce vous a acquise ?

— Aujourd’hui, la pièce est traduite en espagnol et en italien, les droits ont été vendus en Bulgarie, en République tchèque, en Allemagne, en Argentine, en Corée du Sud… La pièce va se jouer dans neuf pays. En Espagne, il y a une tournée de 180 dates. Ce qui m’a ému, dans un article publié dans le journal El País, au-delà de l’avis positif du journaliste, c’est que j’ai senti qu’il avait été touché par la pièce. Un acteur italien disait que quand les choses commencent à prendre de l’ampleur, si l’on était humble, on devient très humble, et si l’on était égocentrique, on devient très égocentrique. C’est un métier qui se joue sur un rien, alors ce succès me donne un peu plus de force pour continuer, et de la joie.

— L’une des clés du succès de Ensemble est sans doute la justesse des personnages, notamment celui que vous interprétez, Michele. Est-ce que parmi vos proches, il y a un Michele ?

— Il est arrivé, après la pièce, que des spectateurs touchés de près par le sujet de Ensemble me disent être persuadés qu’un proche avait servi de modèle au personnage de Michele. Parfois, j’ai eu du mal à les convaincre que ce n’est pas le cas. Cela est aussi arrivé que des spectateurs réalisent seulement lors des saluts que je n’ai pas de handicap. Lorsque j’ai commencé à écrire la pièce, elle ne parlait pas du tout de ça. Le thème s’est imposé en écrivant. Ensuite, j’ai visité des maisons spécialisées et j’ai parlé avec des mères ayant un enfant handicapé. C’est la pièce en elle-même qui m’a fait réfléchir à ce sujet. En suscitant de l’empathie pour Michele, la distance que l’on met par habitude avec les personnes handicapées se réduit, puis disparaît. À la fin de la pièce, on s’interroge quant à notre attitude vis-à-vis de celui qui est différent. C’est peut-être ce travail qui fait que certains spectateurs sont persuadés que j’ai un frère handicapé.

— Quels sont vos projets ?

— Je suis en train d’écrire l’adaptation de Ensemble pour le cinéma. On m’a demandé de réaliser le film et d’y jouer. J’espère conserver la même distribution que dans la pièce. Alors que dans la pièce, l’histoire se déroule à Naples, dans le film elle se passera entre Sète et Montpellier. On suivra l’histoire à travers le regard de Sandra, la sœur de Michele. J’ai déjà écrit une autre pièce, et une autre est en cours d’écriture. Dans celle qui est déjà écrite, qui s’appelle La couleur des souvenirs, on retrouvera la distribution de Ensemble, c’est-à-dire Catherine Arditi, Sonia Palau, Floriane Vincent et moi-même, à laquelle s’ajoutent François Berléand et Éric Prat. La pièce parle d’un faussaire qui perd la vue. Il s’est toujours tenu à l’écart de tous parce qu’il ne s’est jamais pardonné un acte qu’il a commis dans son enfance. Le fait qu’il perde la vue le pousse à renouer avec sa sœur et son fils qu’il ne voit plus depuis longtemps. Sans le faire exprès, je me suis retrouvé à écrire sur quelque chose qui me touche de près, l’histoire d’un peintre qui vit isolé chez lui, dans son atelier, alors que mon père était peintre. »


ENSEMBLE

theatre du chene-noir-avignonÀ voir durant le FESTIVAL D’AVIGNON OFF 2019 au Théâtre du Chêne Noir (8 bis, rue Sainte Catherine) à 17h00, du 5 au 28 juillet, relâche le 8, 15 et 22 juillet. Réservation au 04 90 86 74 87.

ENSEMBLE / Compagnie Carrozzone Teatro / Écriture et mise en scène Fabio Marra / avec Catherine Arditi, Sonia Palau, Floriane Vincent et Fabio Marra / Lumières : Idalio Guerreiro.


Crédit photo : Olivier Allard.

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