l'Herbe de l'oubli © Véronique Vercheval

⌊CRITIQUE⋅OFF 2018⌋ L’HERBE DE L’OUBLI, au Théâtre des Doms

UN POIGNANT VOYAGE EN NO MAN’S LAND HABITÉ.

Trente ans après, que reste-t-il de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl dans l’imaginaire collectif, ici, à moins de 2500 kilomètres de l’explosion ? Des lambeaux de la peur et de l’angoisse ressenties alors, ravivées parfois au gré d’articles, films et livres consacrés au sujet, mais parasitées par la désinformation qui eut cours à l’époque, comme ces grotesques schémas et discours qui s’appliquèrent à démontrer que le nuage radioactif s’arrêterait à telle ou telle frontière, également déformés et dépassés par la dimension « surhumaine » de la catastrophe, dont l’ampleur échappe à l’entendement et dont l’effacement total se compte en milliers d’années.

L’HERBE DE L’OUBLI, dont l’auteur et metteur en scène Jean-Michel d’Hoop est parti, avec son équipe, à la rencontre d’habitants proches de la zone d’exclusion, apporte un précieux et poignant témoignage de la vie avant la catastrophe et de la vie maintenant, au quotidien, dans ce no man’s land habité. Nous découvrons, au milieu de forêts à l’attirante opulence, les vestiges de maisons autour desquelles couraient naguère des enfants, où l’on aimait travailler la terre, que certains continuent d’ailleurs à travailler, par habitude, par attachement, par nécessité. Désormais les enfants sont constamment fatigués, certainement quelque chose dans le sang. Partir ? Encore faudrait-il en avoir les moyens. Les témoignages se succèdent, entre espoir et fatalisme, entre humour distancié et renoncement, sentiments qui passent discrètement sur les visages filmés avec sensibilité par Yoann Stehr. Faisant affleurer une dimension surnaturelle, les marionnettes, ramassées ou gigantesques, semblent être des projections irradiées de ces hommes, femmes, enfants auxquels la pièce rend un hommage vibrant.

—Walter Géhin, PLUSDEOFF


L’HERBE DE L’OUBLI
À voir durant le FESTIVAL D’AVIGNON OFF 2018 au THÉÂTRE DES DOMS (1 bis rue des Escaliers Saint Anne) à 17h00, du 6 au 26 juillet, relâche les 11 et 18. Réservation au 04 90 14 07 99.

Écriture et mise en scène : Jean-Michel d’Hoop, assisté de François Regout | Avec : Léone François Janssens, Léa Le Fell, Héloïse Meire, Corentin Skwara et Benjamin Torrini | Vidéos : Yoann Stehr | Musique : Pierre Jacqmin | Scénographie : Olivier Wiame | Marionnettes : Ségolène Denis, assistée de Monelle Van Gyzegem | Lumières : Xavier Lauwers | Le texte des voix off est écrit d’après des interviews et des articles de Svetlana Alexiévitch.

Crédit photo : Véronique Vercheval.

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