Les carnets d un acteur theatre des halles festival avignon off 2018 ©Louise Maignan

⌊CRITIQUE⋅OFF 2018⌋ LES CARNETS D’UN ACTEUR, au Théâtre des Halles

Rester claquemuré dans un théâtre, une fois achevée la besogne quotidienne des basses oeuvres, développer ses idées sur la marche du monde en convoquant à volonté des scènes de Shakespeare, des mannequins costumés en guise de contradicteurs, n’est-ce pas là être « ridicule », ainsi que se qualifie volontiers Fédor, voire fou ? Ou cette folie n’est-elle pas plutôt l’expression d’une extrême lucidité ?

Tout l’intérêt de LES CARNETS D’UN ACTEUR, seul en scène dont Alain Timár signe l’adaptation (principalement d’après une nouvelle et un roman de Dostoïevski, Le rêve d’un homme ridicule et Les carnets du sous-sol), la mise en scène et la scénographie en s’appuyant sur Charles Gonzalès au jeu, réside dans la mise à l’épreuve de la frontière entre folie et lucidité. Lui qui un temps s’était rêvé acteur, Fédor balaie la scène, puis l’occupe dans d’interminables discours. Il est selon toute apparence un rebut de la société, définitivement en marge. Ce serait pourtant inverser les rôles. La réclusion de Fédor dans le théâtre, lieu et textes, est volontaire. Elle est l’unique substitut à cette planète qu’il ne cesse d’évoquer, une abstraction qui a pour seule propriété tangible d’être autre que celle dont la course est et restera imposée par les funestes desseins qu’avant lui Shakespeare a observés chez les hommes.

Si la pièce n’est sans doute pas à ranger dans la catégorie d’un fastidieux théâtre sur le théâtre et échappe à l’expression-valise de mise en abyme, le théâtre n’étant d’ailleurs ni son sujet, ni sa finalité, elle peut difficilement être présentée comme étant d’un abord aisé. Mais, au bout de l’effort de hissage, on trouve la qualité d’écriture et de mise en scène d’Alain Timàr, ainsi que le jeu solide et exact de Charles Gonzalès.

—Walter Géhin, PLUSDEOFF


LES CARNETS D’UN ACTEUR
À voir durant le FESTIVAL D’AVIGNON OFF 2018 au THÉÂTRE DES HALLES (rue du Roi René) à 17h00, du 6 au 29 juillet, relâche les 9, 16 et 23. Réservation au 04 32 76 24 51.

D’après Dostoïevski – Les carnets du sous-sol et Le rêve d’un homme ridicule, Psaumes – Livre I, 1 à 41, Qohélet – Livre 1 à 5, Shakespeare – extraits / Adaptation, mise en scène, scénographie Alain Timár / Avec Charles Gonzalès / Assistante à la mise en scène So Hee Han / lumière Richard Rozenbaum / son, vidéo Quentin Bonami / construction décor Éric Gil / costumes Pascale Richy, Sophie Mangin.

Crédit photo : Louise Maignan.

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