⌊INTERVIEW⋅OFF 2018⌋ Laetitia Poulalion, à l’affiche de LA FUITE au Théâtre des Carmes

La Fuite, pièce vue lors de l’édition précédente aux Lucioles, est présentée, réécrite, lors du Festival d’Avignon off 2018 au Théâtre des Carmes. Entretien avec Laetitia Poulalion, qui y tient le rôle de la chef du restaurant en perdition.

PLUSDEOFF⌋ Durant le Festival, vous allez jouer dans La Fuite, une pièce qui a rencontré un beau succès lors de l’édition précédente, cette fois au Théâtre des Carmes, un théâtre emblématique du off. Dans quel état d’esprit abordez-vous ce Festival tandis que tous les voyants semblent au vert ?

Laetitia Poulalion⌋ Jouer au Festival est toujours très excitant. C’est un challenge physique et moral. Jusqu’à maintenant, j’ai toujours eu la chance de venir avec des spectacles auxquels je croyais beaucoup. Je n’envisage pas de venir au Festival sans un engagement total pour la réussite du projet. Cela serait trop dur, je ne saurais m’accommoder de demi-teinte !
La reprise de La Fuite dans ce lieu historique du Festival qu’est le Théâtre des Carmes ajoute à l’excitation. J’ai beau avoir plusieurs éditions derrière moi, à chaque fois c’est différent, à chaque fois se présentent des éléments inconnus qu’il faut apprivoiser à l’instant. C’est aussi pour cela que j’apprécie d’y revenir, il n’y a pas de vraie routine.

PLUSDEOFF⌋ Fabio Gorgolini et Ciro Cesarano ont procédé à une réécriture de leur adaptation du texte de Pirandello. Pour ceux qui n’ont pas encore vu La Fuite, comment présenteriez-vous la pièce ? Et pour ceux qui ont déjà vu la pièce, en quoi consiste cette réécriture ?

Laetitia Poulalion⌋ La Fuite pose la question de la responsabilité, dans la société, de nos actes, même de ceux que l’on n’a pas voulu commettre. Que se passe-t-il quand l’un de nous ne veut plus, ne peut plus garder le masque ? Est-ce que ça fuit sans qu’il soit possible de colmater ? La force de l’adaptation de Fabio Gorgolini et Ciro Cesarano tient dans la transposition de ce questionnement de Pirandello dans la cuisine d’un restaurant italien au bord de la faillite. Les préoccupations existentielles, philosophiques, s’immiscent dans le concret, le trivial de la vie de ce lieu. Même si tout est remis est question, il faut continuer : continuer à couper les carottes, avancer, tenter de tenir les murs qui tremblent, en somme la vie! L’identification du spectateur en est accrue. Et l’humour propre à l’univers du Teatro Picaro permet de porter ces questionnements plus loin.
Les modifications apportées cette année rendent les personnages encore plus proches de nous. Elles donnent aussi plus de fluidité à la pièce. Les deux univers, celui de Pirandello et celui du restaurant, ne font plus qu’un pour servir au mieux le propos du texte d’origine.

PLUSDEOFF⌋ Comment s’est déroulée votre intégration au sein de la compagnie Teatro Picaro, que vous avez rejointe dans sa précédente création Prêt-à-partir, une compagnie à l’accent italien dirigée par Fabio Gorgolini, connu pour son goût du détail ?

Laetitia Poulalion⌋ Dans chaque projet, il y a toujours une phase d’apprivoisement. C’est d’autant plus vrai dans une équipe déjà formée qui se connaît depuis plus de 15 ans. Pourtant, tout s’est fait assez naturellement. La direction de Fabio est en effet très précise. Fabio est un metteur en scène exigeant, il maîtrise son propos et sait vers quoi il veut tendre. Mais le travail se fait dans la douceur, avec beaucoup de respect mutuel. La confiance n’a fait que grandir. En préparant La Fuite, j’ai pu apprécier le chemin parcouru ensemble. Les choses vont plus vite. Nous nous connaissons bien, nous avons un « vocabulaire » commun, nous pouvons donc aller plus loin. C’est la force des relations de travail qui s’inscrivent dans la durée. Cependant, pour être tout à fait transparente, j’ajouterai que leur humour irrésistible et l’amour des très bons repas ont fortement contribué à ma bonne intégration !

PLUSDEOFF⌋ Adoptez-vous une hygiène de vie particulière pendant le Festival ?

Laetitia Poulalion⌋ Pour tenir la distance, j’essaie de garder une régularité. La clé pour moi est de dormir suffisamment. Mon entourage confirmerait d’ailleurs que la privation de sommeil ne donne rien de bon avec moi ! Dans la journée, je tâche de trouver un quart d’heure pour faire une petite sieste. Le tractage fait évidemment partie du quotidien, mais pas trop rapproché de la représentation. Quelque chose d’essentiel est mon petit training avant de jouer, c’est ma façon de me concentrer. Je dois toutefois avouer que je pratique aussi les terrasses avignonnaises, un plaisir incontournable du Festival.

PLUSDEOFF⌋ Être actrice, est-ce quelque chose que vous portez en vous depuis toujours, ou un événement particulier vous a-t-il orientée vers ce choix ?

Laetitia Poulalion⌋ Je n’arrive pas à situer précisément quand ou à quelle occasion ce choix est apparu, mais à un moment, au collège je crois, sur les fiches que l’on remplit en début d’année, comme profession envisagée j’ai commencé à écrire « Comédienne. » Je n’ai pas souvenir d’un élément déclencheur mais depuis toute petite, mon grand-père maternel m’a toujours dit : « Toi, t’es une comédienne, tu finiras à la Comédie-Française ! » J’ai réalisé la première moitié de la prophétie, pour la suite on verra.

PLUSDEOFF⌋ Quelle phrase de votre cru, citation ou règle vous guide dans votre carrière ?

Laetitia Poulalion⌋ Vous voulez dire autre que celle de mon grand-père ? Il y a cette phrase d’Eleanor Roosevelt que j’aime beaucoup: « Personne ne peut vous contrarier sans votre consentement. » Dans ma vie en général, j’y reviens souvent.

(propos recueillis par Walter Géhin)


LA FUITE
À voir durant le FESTIVAL D’AVIGNON OFF 2018 au THÉÂTRE DES CARMES à 18h35, du 6 au 25 juillet, relâche les jeudis.

Texte : Ciro Cesarano et Fabio Gorgolini, une réécriture inspirée de l’œuvre de Luigi Pirandello « On ne sait comment » / Interprètes : Ciro Cesarano, Fabio Gorgolini, Laetitia Poulalion, Boris Ravaine et Audrey Saad / Metteur en scène : Fabio Gorgolini / Costumes : Pauline Zurini / Créateur lumières : Orazio Trotta / Musique : Claudio Del Vecchio / Décor : Claude Pierson.

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