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LES PARISIENS / m.e.s Olivier Py

Dans un premier élan, on peut voir une certaine forme de bravoure dans le fait de porter sur scène un roman qui fut froidement reçu. Transformer le plomb en or, on ne sait jamais avec Olivier Py, lui qui s’était déjà mué en alchimiste (certes, dans le sens inverse) avec Le Roi Lear en 2015. Cette adaptation de Les Parisiens, son roman de 544 pages, commence par une longue envolée aux accents pamphlétaires passant en revue les médiocres acteurs du milieu culturel parisien, sur fond de nomination d’un nouveau directeur de l’Opéra de Paris. Réaffirmer que le talent a peu à voir avec l’ascension dans les institutions culturelles ne manque pas de sel quand on a atteint la direction de l’Odéon-Théâtre de l’Europe avant d’être nommé à la direction du Festival d’Avignon, sauf à penser qu’on a un talent transcendantal.

Deux candidats briguent l’Opéra, autrefois amants et aujourd’hui ennemis, l’un ayant abandonné l’autre tandis qu’un cancer venait de lui être diagnostiqué. Chacun active ses réseaux, aux contours poreux. On y trouve ministre, mécène, ou encore un chef d’orchestre organisant une grande réception à l’occasion de ses cinquante ans, et dont l’amant est un jeune auteur et metteur en scène, Aurélien, en pleine ascension et qui rêve de faire partie de la prochaine saison de l’Opéra. Aurélien fait la rencontre d’un homme de son âge, Lucas, avec qui il partage désir d’absolu et sentiments amoureux, mais tourmenté par son rapport au père.

Hélas, les 4 heures 30 que Olivier Py s’est allouées présentent d’emblée l’une des scories du Roi Lear : tout est déclamé sur le mode de la vocifération. Désagréable à l’oreille, et toujours aussi énigmatique d’un point de vue théâtral. Ce n’est pourtant qu’un détail. Olivier Py se lance à la poursuite d’enjeux qui paraissent lui être indispensables pour toucher à la grandeur. Le bien et le mal, la mort, l’absence de Dieu, la liberté, le pouvoir… Olivier Py boursoufle la farce fangeuse d’un lyrisme en toc, dans une langue ampoulée, et sans dépasser le stade anal. L’ambition du metteur en scène semble avoir dissous la lucidité du directeur de Festival. Sinon, comment expliquer qu’aucune proposition théâtrale ne lui soit apparue supérieure à ceci ?

—Walter Géhin, PLUSDEOFF


LES PARISIENS / Avec Jean Alibert, Moustafa Benaïbout, Laure Calamy, Céline Chéenne, Emilien Diard-Detoeuf, Guilhem Fabre, Joseph Fourez, Philippe Girard, Mireille Herbstmeyer, François Michonneau / Texte, mise en scène Olivier Py / Scénographie, costumes, maquillage Pierre-André Weitz / Lumière Bertrand Killy.

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

Festival d’Avignon 2017 (IN) / La FabricA / 15h00 / du 8 au 15 juillet, relâche le 10.

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