Cap au pire - TDH - (c) iFou-03

CAP AU PIRE / m.e.s Jacques Osinski

Dans la sélection contemporaine de PLUSDEOFF

Un homme se tient debout, bras ballants, dans ce qu’il nomme la pénombre vide, sa verticalité modulée par de rares et faibles oscillations. Sa tête bouge parfois, sans jamais se tourner, elle se hausse brièvement. Son regard fixe quelque Achéron, sur la rive duquel il distingue les silhouettes d’êtres chers, disparus.

Ses mots sont ceux d’une âme rompue, à en vouloir disparaître. Ses mots sont ceux d’un voyage immobile, d’un voyage qui ne se commande pas. Le vide, la pénombre, la tête disparaissent-ils d’un seul tenant ? Les mots se brisent contre une fin qui fuit, alors ils reviennent, dans le désordre, dans le dénuement, prononcer humblement les incantations qui accompagnent le renoncement à soi, cherchant la formule de ce qui ne peut être connu, l’oraison qui indiquera le cap de ce pire tant souhaité.

C’est un Samuel Beckett presque octogénaire, son œuvre derrière lui et appauvri en proches, qui écrit Worstward Ho. Le temps n’est plus à être prolixe, il recherche le moindre afin de toucher à l’essentiel de ce qui le préoccupe alors. Porter sur scène le moindre et sa langue décharnée impose au metteur en scène un acteur capable d’évoluer dans la pénombre. Et de savoir le diriger vers le vide. Jacques Osinski dirige vers le vide Denis Lavant, de ces rares qui au bord du gouffre semblent déjà l’avoir éprouvé.

—Walter Géhin, PLUSDEOFF


CAP AU PIRE / mise en scène Jacques Osinski / Scénographie Christophe Ouvrard / lumière Catherine Verheyde / costumes Hélène Kritikos / Avec Denis Lavant / Texte publié aux Éditions de Minuit. Traduit de l’anglais par Édith Fournier.

Crédit photo : iFou pour le Pôle média.

Festival d’Avignon off 2017 / Théâtre des Halles / salle Chapitre / 22h00 / du 6 au 29 juillet, relâche les 10, 17 et 24.

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