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LE DERNIER CÈDRE DU LIBAN / m.e.s Nikola Carton

Le travail de deuil comme point de départ de la construction personnelle. Le travail de deuil pour faire le deuil de la personne que l’on a été.
Eva, 18 ans, est seule au monde. Elle n’a jamais connu ses parents. Eva a été placée dans un centre de détention pour jeunes délinquants. Elle ne modère en rien une violence verbale qui menace toujours de devenir physique. Un notaire lui remet un dictaphone et des micro-cassettes. Tout ce que lui a laissé sa mère tient dans une boîte. Tout ce que lui a laissé sa mère, c’est sa voix la racontant dans son entièreté. Eva fanfaronne quant à son indifférence pour ce qu’a à lui dire la voix figée sur bande magnétique. Elle est surtout effrayée de découvrir ses origines et ainsi de faire vaciller le personnage qu’elle s’est créé afin d’affronter la vie. Pourra-t-elle encore lui faire face si sa carapace, aussi hideuse soit-elle, cède ?
Sa mère s’appelait Anna Duval. Elle était ce que l’on appelle, dans le métier de reporter de guerre, un kamikaze. Les balles qui volent, les corps affalés dans la poussière, les regards si lucides des enfants au milieu de la fureur, l’aimantaient. Courir à l’instinct, saisir l’horreur du moment, parfois une trace de grâce, shooter. Répondre aux balles des snipers par les photos qu’elle shoote, d’un conflit à un autre, sans qu’elle puisse sans passer.

Le texte de Aïda Asgharzadeh aborde l’à-pic mystérieux que représente, pour nous qui vivons bien confortablement loin des conflits armés, le reporter de guerre, sans l’idéaliser. Anna Duval n’est pas héroïque et ne se fait pas passer pour un héros dans ses enregistrements. Elle relate les faits et à travers eux l’instinct animal qui lui dicte de photographier au péril de sa vie. Ne pas se faire passer pour un héros, parler de son instinct animal à sa fille, c’est le plus beau cadeau post-mortem qu’elle pouvait lui offrir : Eva comprend que de ce même instinct animal, elle peut tirer autre chose qu’une autodestruction. Magali Genoud, dans le rôle de la mère et de la fille (tous les autres rôles étant tenus par Azeddine Benamara), confirme sa capacité à apporter des nuances à un texte, et que sa plénitude d’actrice tend vers un registre sombre.

—Walter Géhin, PLUSDEOFF


LE DERNIER CÈDRE DU LIBAN / de Aïda Asgharzadeh / mise en scène Nikola Carton / avec Magali Genoud et Azeddine Benamara / chant Romane Claudel Ferragui.

Crédit photo : Simon Gosselin.

Festival d’Avignon off 2017 / La Condition des Soies / 13h25 / du 7 au 30 juillet, relâche les 10, 17 et 24.

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