LE CHIEN LA NUIT ET LE COUTEAU munstrum theatre

LE CHIEN, LA NUIT ET LE COUTEAU / m.e.s Louis Arene

Dans la sélection contemporaine PLUSDEOFF 

M se réveille, une nuit d’été, dans une rue qu’il ne connaît pas. Il se souvient avoir mangé, plus tôt dans la soirée, des moules. Un autre homme vient à sa rencontre, lui ressemblant étrangement —nez pointu, proéminent crâne chauve— sifflant pour faire revenir son chien. La laisse délaissée qui pend au bout de sa main fait place à un couteau. M s’esquive plutôt qu’il ne riposte, une large entaille barre son ventre, mais c’est son agresseur qui est tué. Voici M possesseur du couteau, ou plutôt possédé par son couteau, car ce meurtre n’est que le premier d’une longue série. La ville, que le sable de la steppe voisine envahit jusque dans sa tuyauterie, que les loups, lui dit-on, investissent avec toujours plus de témérité, baigne dans une atmosphère de fin du monde. La blessure et le couteau aimantent la faim qui tenaille chaque habitant qu’il croise, une faim de chair fraîche puisqu’il ne reste rien d’autre. Le policier apprête une bassine, le chirurgien des couverts, les statuts cèdent face à cette faim irrépressible et M doit tuer pour ne pas être tué. Plus intéressant, de jumelles chez qui il est recueilli, lui ressemblant étrangement —nez pointu, proéminent crâne chauve— l’une émoustille pour mieux le mordre quand l’autre semble être la seule, dans toute la ville, à être en mesure de contenir la faim qui l’oppresse, car elle se nourrit… de sentiments pour M.

Violence séculaire qui ressurgit dans des conditions exceptionnelles ? Extrapolation macabre d’une société contemporaine où l’homme continue, avec d’autres armes qu’un couteau, à être un loup pour l’homme ? Louis Arene joue du texte de Mayenburg pour entretenir le doute, et jonche de giclées tarantinesques d’hémoglobine le noir de la nuit, habile diversion —avec l’incontournable « En août ? » que s’écrient, jusque dans la mort, tous ceux à qui M répète avoir mangé des moules— au lancinant sentiment de peur qu’inoculent une identité visuelle et sonore fort travaillée ainsi que le jeu très investi de Lionel Lingelser, François Praud et Sophie Botte (pour cette représentation, et en alternance avec Victoire du Bois), loin d’être ménagés. Il fallait bien cela pour que l’on plonge avec un plaisir frissonnant dans la nuit de M.

—Walter Géhin, PLUSDEOFF


LE CHIEN, LA NUIT ET LE COUTEAU / Texte : Marius von Mayenburg (L’Arche est éditeur et agent théâtral du texte) / Mise en scène : Louis Arene / Conception : Lionel Lingelser et Louis Arene / Avec : Lionel Lingelser, François Praud, Sophie Botte ou Victoire du Bois / Traduction : Hélène Mauler et René Zahnd / Dramaturgie : Kevin Keiss / Création lumières : François Menou / Création sonore : Jean Thévenin / Création costumes : Karelle Durand (assistée de Camille Ioos et Julien Antuori) / Création masques : Louis Arene / Scénographie : Louis Arene et Amélie Kiritzé-Topor / Régie lumière : Julien Cocquet / Régie son : Ludovic Enderlen / Régie plateau : Valentin Paul.

Crédit photo : Munstrum Cie.

Festival d’Avignon off 2017 / La Manufacture / 15h20 / du 6 au 26 juillet, relâche les 12 et 19.

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