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F(L)AMMES / m.e.s Ahmed Madani

Dans la sélection contemporaine de PLUSDEOFF 

Leurs aînés vivaient en Guinée, à la Guadeloupe, en Côte d’Ivoire, en Algérie, en Haïti. Elles vivent ou ont vécu en banlieue parisienne. Dix à prendre la parole, l’une après l’autre. F(L)AMMES est-elle pour autant une pièce de théâtre documentaire empilant les témoignages quant à la difficulté d’être et de devenir lorsque l’on naît fille de banlieue issue de l’immigration ?

Pas si vite. Ahmed Madani est un auteur et un metteur en scène subtil, trop subtil pour s’enferrailler dans pareil exercice d’entassement lamentatoire qui s’avérerait fastidieux pour le spectateur comme pour l’artiste. Certes la pièce s’ouvre avec le récit de la fille caméléon aussi à l’aise dans son quartier qu’en compagnie de bobos diplômés pas si intéressants que cela d’ailleurs, puis avec la mère de famille nombreuse, voilée, jadis cheval attitré d’une « camarade » en récréation, qui pleine de panache envoie toute sa descendance à l’équitation. Mais Madani voit plus large.

Histoire coloniale, racines enterrées ailleurs, souvenirs de jeunesse, présent récalcitrant ou non, Ahmed Madani assemble un écheveau complexe fait de drames (l’excision), de parades face au rejet, qu’il soit sociétal ou familial —parades aux multiples variations, de l’appropriation des codes de ceux qui rejettent, à une super visibilité (en faisant sien le style d’une communauté japonaise) pour être invisible et ainsi « être différente de sa différence », en passant par le refuge dans l’art— mais aussi de banalité, celle de la fille d’ascendance haïtienne qui n’a « pas d’histoire déchirante à raconter » et déclare que son seul problème réside dans le bruit des avions du proche aéroport de Roissy.

Leurs aînés vivaient en Guinée, à la Guadeloupe, en Côte d’Ivoire, en Algérie, en Haïti. Elles vivent ou ont vécu en banlieue parisienne. Peu importe. Ahmed Madani observe l’intime pour embrasser l’universel. La parole libérée prend le dessus sur l’enveloppe corporelle, elle l’efface. Reste le grand défi, construire son identité.

—Walter Géhin, PLUSDEOFF


F(L)AMMES / texte et mise en scène : Ahmed Madani / avec : Anissa Aou, Ludivine Bah, Chirine Boussaha, Laurène Dulymbois, Dana Fiaque, Yasmina Ghemzi, Maurine Ilahiri, Anissa Kaki, Haby N’Diaye et Inès Zahoré / assistante à la mise en scène : Karima El Kharraze / regard extérieur : Mohamed El Khatib / création vidéo : Nicolas Clauss / création lumière : Damien Klein / création sonore : Christophe Séchet / chorégraphie : Salia Sanou / costumes : Pascale Barré et Ahmed Madani / coaching vocal : Dominique Magloire et Roland Chammougom.

Crédit photo : François-Louis Athénas.

Festival d’Avignon off 2017 / Théâtre des Halles / salle Chapitre / 11h00 / du 6 au 29 juillet, relâche les 10, 17 et 24.

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