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Magali Genoud : « Être actrice, c’est s’évader de sa propre vie. »

À l’affiche de Le porteur d’histoire d’Alexis Michalik dès sa création et jusqu’à l’an dernier, remarquable dans Un fil à la patte (mise en scène Anthony Magnier) et L’attentat (m.e.s Franck Berthier), elle fait à nouveau coup double lors du Festival d’Avignon off, dans deux créations de 2017, Roméo et Juliette (m.e.s Anthony Magnier) au Théâtre de l’Oulle et Le dernier cèdre du Liban (m.e.s Nikola Carton) à La condition des soies. Entretien avec Magali Genoud.

(crédit photo : Fanny Vambacas)

PLUSDEOFF (WALTER GÉHIN)
Magali, quelles circonstances vous ont amenée à devenir actrice ? Est-ce quelque chose que vous portiez en vous depuis toujours, ou est-ce qu’il y a eu un élément déclencheur ?

MAGALI GENOUD
J’ai toujours senti que je devais me diriger vers un art. Jusqu’à mes 15 ans, j’ai cherché désespérément. Ma soeur avait commencé toute petite la danse et elle y avait déjà mené sa carrière. Je pensais que j’avais peut-être quelque chose à envisager dans cette discipline. Je ne songeais pas du tout au théâtre. Puis j’ai été diagnostiquée comme sur-émotive. Ma maman m’a inscrite à un cours de théâtre, en tant que thérapie, afin que je me libère de mes émotions. Dès le premier cours, j’ai su que jouer était ma voie.

PLUSDEOFF
Lorsque je vous ai proposé cette interview, vous m’avez dit redouter cet exercice et préférer vous cacher derrière vos personnages. Est-ce lié à votre sur-émotivité ?

MAGALI GENOUD
En effet, mon émotivité fait que, parfois, je parle avec trop de spontanéité. Ce qui me fait craindre de dire des bêtises. Et je trouve que les personnages que j’ai eu la chance d’incarner jusqu’à aujourd’hui, leurs parcours, sont plus intéressants que moi !

PLUSDEOFF
Est-ce qu’être actrice vous permet de vivre plusieurs vies ?

MAGALI GENOUD
Complétement. Être actrice, c’est s’évader de sa propre vie. J’ai eu un professeur de théâtre qui faisait travailler le personnage selon trois axes. L’axe dans la vie, l’axe dans la pièce et l’axe dans la scène. Trouver des postures par rapport à ces axes. J’essaie, pour chaque nouveau rôle, de retracer le contexte familial du personnage, ses origines, sa situation dans le contexte de son époque et à son âge…

PLUSDEOFF
Dans Roméo et Juliette, sous la direction d’Anthony Magnier, quelle Juliette incarnez-vous  ?

MAGALI GENOUD
Une Juliette libre, une Juliette sauvage, très instinctive, très déterminée. Anthony l’a voulue très colorée, tout sauf fade, tout sauf fluette. Elle prend des décisions. En trois jours, elle décide du mariage. C’est elle qui trouve des solutions. Roméo est un anti-héros qui suit, c’est Juliette qui mène la barque.

PLUSDEOFF
Est-ce que cela met une pression particulière de jouer un grand rôle du répertoire comme celui de Juliette ?

MAGALI GENOUD
C’est d’abord excitant. Évidemment cela met une pression parce qu’il y a des comédiennes formidables qui ont tenu ce rôle avant moi. Aussi parce que tout le monde a une représentation qui lui est propre de Roméo et Juliette, un couple mythique très présent dans l’imaginaire collectif. J’ai commencé à travailler ce rôle en ne pensant qu’à ma Juliette, en faisant abstraction de ce qui avait été fait auparavant. Maintenant que mon travail du rôle est bien en place, je regarde à nouveau ce qui a été fait par le passé avec Roméo et Juliette.

PLUSDEOFF
Pouvez-vous résumer en quelques mots l’histoire de Le dernier cèdre du Liban, l’autre pièce que vous jouez pendant le Festival, à La condition des soies ?

MAGALI GENOUD
La pièce parle de filiation. Une reporter de guerre, Anna Duval, met au monde une fille, Eva, qu’elle abandonne. À l’approche des 18 ans d’Eva, un notaire lui remet son héritage : un dictaphone et des micro-cassettes. Elle écoute alors sa maman raconter son travail et sa vie, la guerre en Irak, la chute du mur de Berlin… Eva, qui est détenue dans un centre pour mineurs, part ainsi à la rencontre de sa mère alors qu’elle n’avait aucune envie de la connaître. Je joue la mère et la fille. Mon partenaire Azeddine Benamara joue tous les autres personnages qui gravitent autour de Anna et Eva.

PLUSDEOFF
Vous êtes-vous inspirée de figures du reportage de guerre pour travailler le rôle d’Anna Duval ?

MAGALI GENOUD
J’ai acheté des films sur les reporters de guerre. J’ai regardé des reportages sur Camille Lepage, une reporter de guerre qui est décédée en République centrafricaine en 2014, à l’âge de 26 ans. C’est en voyant un reportage sur Camille Lepage que Nikola Carton, le metteur en scène, a eu l’idée de proposer à Aïda Asgharzadeh d’écrire une pièce sur le thème du reporter de guerre. Toutefois, même si Camille Lepage a donné l’idée de la pièce, le personnage d’Anna n’est pas une reproduction de celui de Camille Lepage, plus largement le personnage s’inspire des reporters de guerre qualifiés de kamikazes, ceux qui vont là où leur vie est en grand danger. Anna Duval ne cherche pas à préserver sa vie.

PLUSDEOFF
Que trouvez-vous de plus intéressant à jouer dans le rôle d’Anna ?

MAGALI GENOUD
Son écorchure. Elle refuse de connaître le nom des gens qu’elle rencontre car elle ne veut pas s’attacher. Dans sa relation avec les hommes, c’est elle qui domine, c’est elle qui quitte. Quand elle abandonne sa fille, le texte semble indiquer qu’elle le fait sans souffrir. Mais c’est une déchirure, car elle est très sensible. C’est là que mon travail d’actrice intervient.

PLUSDEOFF
En découvrant les premières photos de Le dernier cèdre du Liban, j’ai été frappé par la dureté de votre visage. Est-ce que cette pièce vous amène à travailler un nouveau registre ?

MAGALI GENOUD
Cette dureté, dans ces deux rôles, c’est quelque chose que je ressens et vers quoi je me dirige. J’ai une partition difficile à défendre, à la fois cette jeune fille qui va avoir 18 ans et sa mère à l’âge de 30 ans, toutes deux des têtes brûlées. Eva a été arrêtée pour atteinte à la pudeur, violence aggravée, drogue, effraction. Pour la première fois, je joue des femmes qui ne doivent pas être jolies, je n’ai pas à me focaliser sur l’apparence physique, je les trahirais si je m’apprêtais. Je dirais même que je vais vers le sale. J’ai vu cette dureté dans mon visage sur les photos, un visage que je ne me connaissais pas, et je trouve cela très bien.

PLUSDEOFF
Vous êtes une habituée du Festival et cette année encore vous allez jouer dans deux pièces. Suivez-vous une routine dans vos journées ?

MAGALI GENOUD
Oui, souvent mes amis se moquent un peu de moi, j’aime bien les rituels, je ne démarre jamais une journée sans un échauffement physique et vocal, je m’aménage une petite loge dans l’appartement que j’occupe, pour pouvoir me maquiller. Les pinceaux ont leur place, chaque chose a sa place. C’est comme un sas de décompression. Quand j’ai accompli tous les rituels que j’avais prévus, je me sens bien.

PLUSDEOFF
Une pièce importante dans votre carrière est Le porteur d’histoire. Comment s’est déroulé votre rencontre avec Alexis Michalik ?

MAGALI GENOUD
J’avais l’intention de mettre en scène La folle de Chaillot de Giraudoux. Il me manquait une pierre, un comédien. J’ai vu jouer Alexis dans La mégère à peu près apprivoisée à Avignon. J’avais trouvé ma pierre manquante. Nous nous sommes rencontrés. La pièce ne s’est pas réalisée, mais de cette rencontre est née une amitié d’abord liée à un goût commun pour les comédies musicales. Puis il est venu me voir jouer et lorsqu’il a créé Le porteur d’histoire, cela lui a semblé naturel de réunir les cinq personnes —j’en faisais partie— qui ont composé la distribution initiale.

PLUSDEOFF
De votre point de vue, qu’est-ce qui explique le succès des pièces d’Alexis Michalik ?

MAGALI GENOUD
Il y a du génie shakespearien dans ce qu’il écrit. Il est très doué pour raconter des histoires, des contes populaires. Alexis est très cultivé et il sait donner envie de le suivre dans son goût pour la culture, par exemple un documentaire dont il va parler avec une telle ferveur qu’il donne envie de le regarder. C’est la même envie qu’il transmet au public qui vient découvrir ses histoires, son écriture fait que l’on est accroché, que l’on veut connaître la chute.

PLUSDEOFF
En dehors du théâtre, quels sont vos projets ?

MAGALI GENOUD
Il y a deux projets. Fée un vœu que je codirige avec l’une de mes meilleures amies, Alexandra Jussiau, que j’ai rencontrée dans Un fil à la patte où elle jouait la Baronne. Nous écrivons ensemble ce programme court humoristique qui parle de deux fées complétement débiles qui travaillent dans un bureau, le bureau des vœux, et qui traitent au quotidien les vœux des terriens. L’autre projet, je le défends en tant qu’actrice. Cela a d’abord été un film court, de une minute, Toi et/ou moi, écrit par Armand Robin et Sandra Parra, l’une de mes autres très bonnes amies, qui avait été présenté lors du Mobile Film Festival. Cela parle de deux femmes lesbiennes qui font un test de grossesse dans une salle de bain. Toi et/ou moi a remporté un prix au Festival de Valence, ce qui a permis de trouver une boîte de production. Je suis extrêmement heureuse parce qu’il s’agit d’un projet magnifique qui parle de l’homo-parentalité et qui va voir le jour à la rentrée, sous la forme d’une série, Polichin’elles.

PLUSDEOFF
Quelle phrase vous guide ?

MAGALI GENOUD
« Arrête de te demander pourquoi ça t’arrive, demande-toi pour quoi. » Une phrase que ma maman m’a dite tandis que j’avais une épreuve à traverser. C’est une phrase qui est restée gravée, j’y pense tous les jours. C’est une façon de se dire que la vie est faite de choix, que l’on est responsable de ses choix. Si l’on s’est mis dans une situation, on peut choisir que ce soit pour en tirer quelque chose de positif.


Retrouvez MAGALI GENOUD au Festival d’Avignon off 2017, dans Le dernier cèdre du Liban (Aïda Asgharzadeh, m.e.s Nikola Carton) à La condition des soies à 13h25, et dans Roméo et Juliette (Shakespeare, m.e.s Anthony Magnier) au Théâtre de l’Oulle à 18h25.

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