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Adèle Zouane : « Ce qui touche à l’amour est mon obsession. »

Diplômée de l’Ecole Supérieure d’Art Dramatique du TNB de Rennes en 2015, elle présente son spectacle À mes amours au Festival Mythos au printemps suivant, avant d’être en juillet à l’affiche de la Manufacture d’Avignon, à seulement 25 ans. Entretien avec Adèle Zouane.

(crédit photo : Olivier Allard)

PLUSDEOFF (WALTER GÉHIN)
De quelle manière avez-vous appréhendé une trajectoire si rapide, de votre sortie du TNB en 2015 à la Manufacture d’Avignon en 2016, l’un des hauts lieux du contemporain à Avignon ?

ADÈLE ZOUANE
À la fois c’était pensé et cela m’est tombé dessus. À Rennes, il y a un centre de production, le Centre de Production des Paroles Contemporaines, ou CPPC, dont les dirigeants sont aussi ceux du théâtre L’Aire Libre, ainsi que les programmateurs de la Manufacture. Je connaissais ce centre de production et j’avais en tête, depuis mon entrée à l’école du TNB, de présenter un seul en scène. En troisième année, j’ai envisagé une résidence au CPPC avec, comme supra-objectif, de jouer un jour à la Manufacture. Je pensais que cela me prendrait plus de temps pour l’atteindre ! À ma sortie de l’école, en janvier, le CPPC a accepté que je fasse une courte résidence dans un petit studio. Au bout des deux semaines de résidence, je leur ai montré une première étape de travail où le texte était fini. Par chance cela leur a plu et ils ont ajouté une date professionnelle au Festival Mythos, ce qui a leur permis d’obtenir l’aval d’autres professionnels et de me programmer à la Manufacture. Le public a été très accueillant à Rennes, ce qui m’a rassuré sur le fait que À mes amours était vraiment un spectacle. Le côté très personnel de À mes amours m’a fait douter qu’il s’agissait d’un spectacle jusqu’à ce que je le joue devant un public.

PLUSDEOFF
Avoir en tête, dès l’école, un seul en scène, signifie-t-il qu’il s’agit de votre forme de prédilection ?

ADÈLE ZOUANE
Pas tout à fait, j’aime beaucoup travailler avec d’autres acteurs. Disons qu’en tant que spectatrice, j’aime beaucoup le seul en scène, j’en ai vu un grand nombre , depuis longtemps. Les plateaux nus, l’art du récit qui donne à imaginer tout ce qui est dit, le caractère souvent personnel du récit, tout cela m’a toujours plu. Je voulais créer un spectacle sur l’amour. Pendant un certain temps j’ai pensé écrire un duo, mais cela s’est avéré compliqué, j’avais envisagé de restituer les regards d’une fille et d’un garçon, mais au fil de l’écriture de À mes amours, je me suis rendu compte que je ne voulais pas imiter ce qu’auraient pu écrire ou dire des garçons sur le sujet. J’ai opté pour un solo et le regard de la fille.

PLUSDEOFF
Comment l’idée de À mes amours vous est-elle venue ?

ADÈLE ZOUANE
Au TNB, on a nous encouragés à créer à partir de nos obsessions, à garder cette ligne directrice. Dans la vie et d’un point de vue artistique, ce qui touche à l’amour est mon obsession. Lors des stages d’écriture, j’ai donc travaillé sur l’amour et constitué une banque de données, de premières esquisses de texte. Et j’avais conservé, depuis l’enfance, tout ce que j’avais écrit. Je me suis dit que c’était un bon point de départ. Partir de l’enfance, développer une chronologie jusqu’à l’âge adulte, a été la clé pour trouver la forme du spectacle.

PLUSDEOFF
Quelle fut votre technique d’écriture ? L’écriture s’est-elle prolongée en plateau ?

ADÈLE ZOUANE
Le tri de ce que j’avais écrit plus jeune, dans une certaine mesure sa réécriture, afin de mieux le faire sonner, cela s’est opéré en amont. Ensuite, quand l’objectif a été clairement d’en tirer un spectacle, j’ai effectué avec le metteur en scène, Adrien Letartre, des sessions où nous avons retravaillé le texte quand cela fonctionnait moins bien, enregistré des improvisations qui étaient ensuite retranscrites.

PLUSDEOFF
Dans vos prochains textes, poursuivre sur le thème de l’amour ne vous fait-il pas redouter d’y être enchaînée, aux yeux du public ou des professionnels ?

ADÈLE ZOUANE
Pour le moment, je n’ai pas de nouveaux textes en tête, mais c’est le sujet sur lequel j’aime écrire, il est donc probable qu’il sera là, tout en évoluant dans la manière de l’aborder. Je n’ai pas d’inquiétude de ce point de vue, j’ai plus d’inquiétude à propos de l’écriture d’un deuxième texte, surtout quand le premier marche bien. Beaucoup d’artistes ont des sujets de prédilection qu’ils déclinent, c’est quelque chose qui me plaît.

PLUSDEOFF
Serait-il juste de dire qu’en seconde lecture, À mes amours est un texte engagé sur la condition féminine ?

ADÈLE ZOUANE
Cela me fait plaisir que l’on me dise cela. Mais à vrai dire je ne m’y attendais pas, je n’ai pas pensé À mes amours comme un acte féministe. Disons que ma conception de la vie, la liberté de dire ses sentiments, la liberté des corps, est féministe d’une certaine façon.

PLUSDEOFF
Dans À mes amours, lorsque vous découvrez brièvement votre poitrine, s’agit-il de la manifestation de cette liberté ?

ADÈLE ZOUANE
Il faut le situer dans un moment où le personnage craque, elle a envie de faire l’amour tandis qu’elle est seule chez elle, elle parle à quelqu’un qui est absent et qui devrait venir lui faire l’amour. Ce geste va au bout de la sensualité de ce moment. Je trouvais intéressant, d’un point théâtral, qu’il y ait ce pic.

PLUSDEOFF
Considérez-vous vos trois semaines à la Manufacture comme un premier tournant dans votre carrière ?

ADÈLE ZOUANE
Certainement. Je ne me rends pas compte pour le moment de toutes leurs répercussions. Il y a bien sûr les dates de tournée de À mes amours. Au-delà de cela, jouer tous les jours dans cette salle m’a permis de progresser. C’est une expérience très précieuse.

PLUSDEOFF
Avez-vous adopté une hygiène de vie particulière pendant le Festival ?

ADÈLE ZOUANE
Oui, particulièrement ritualisée ! Tout ce qui se passait avant la représentation était ritualisé. Je me suis surprise à prendre des habitudes dès le début, prendre une douche juste avant la représentation par exemple. J’allais voir des spectacles le matin et je me reposais beaucoup l’après-midi. Cela a été très agréable d’être ainsi sur les mêmes rails, tous les jours, et cela m’a permis de bien tenir la distance.

PLUSDEOFF
Vous faites partie de l’équipe, à l’écriture et au jeu, du moyen-métrage Jeunesse(s) ? En quoi consiste ce projet ?

ADÈLE ZOUANE
Matthias Jacquin, le réalisateur, nous a demandé de proposer une métaphore, d’inventer des situations faisant écho avec ce qu’évoque pour chacun de nous le mot jeunesse.

PLUSDEOFF
Est-ce que Jeunesse(s) est un manifeste générationnel ?

ADÈLE ZOUANE
Matthias en parle parfois dans ces termes. Il parle aussi d’un manifeste cinématographique. Montrer que l’on peut faire du cinéma autrement, sans scénario, en plaçant les acteurs au centre du projet, qui va naître très vite. Jeunesse(s) a été tourné en deux semaines seulement.

PLUSDEOFF
Quelle phrase vous guide ?

ADÈLE ZOUANE
« Si je prends du plaisir en tant qu’actrice, le public en prendra. » J’y pense souvent, avant de monter sur scène pour jouer À mes amours : joie, bonheur, euphorie, plaisir !


Retrouvez ADÈLE ZOUANE au Festival Mythos de Rennes le dimanche 2 avril 2017 dans À MES AMOURS , et en tournée.

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