emilie_blon_metzinger_c_ingrid_mareski

Émilie Blon Metzinger : « Monter sur scène, cela tient du sport de haut niveau. »

Elle instille ses ondes positives les mardis soir dans C’est magnifip ! sur fip radio, des publicités, Le Porteur d’Histoire d’Alexis Michalik, des documentaires et même dans l’inéluctable destin de Desdémone. Entretien avec Émilie Blon Metzinger.

(crédit photo : Ingrid Mareski)

PLUSDEOFF (WALTER GÉHIN)
Que peut venir chercher l’auditeur en écoutant C’est magnifip ! ?

ÉMILIE BLON METZINGER
L’idée, c’est de développer en musique, pendant deux heures, une thématique, idéalement universelle, qui change chaque semaine. Il arrive aussi qu’une émission soit consacrée à un artiste, comme ce fut le cas avec David Bowie. Ce que peut venir y chercher l’auditeur, c’est un voyage. L’objectif premier est de mettre en valeur la musique. Nous avons conçu une architecture, un squelette notamment rythmique auquel va s’ajouter une chair qui se renouvelle au fil des thématiques. Nous développons trois axes, à 20h15, 20h45, 21h30, axes qui vont produire une musique différente. Les virages peuvent être abrupts, ou tout en douceur. J’interviens sur toutes les intros, qu’elles durent 7 ou 19 secondes, c’est quelque chose de très calibré. Il y a un rendez-vous « littéraire », une mise en relief de la thématique par le biais d’un extrait littéraire. Il y a aussi un rendez-vous avec ceux qui nous écoutent sur internet, qui sont très nombreux, durant lequel je lis certaines de leurs réactions.

PLUSDEOFF
Comment articulez-vous vos textes avec la programmation musicale de l’émission ?

ÉMILIE BLON METZINGER
La thématique puis la programmation font l’objet d’une discussion entre le réalisateur Massimo Bellini, moi-même (tous deux restons présents d’une émission à l’autre) et le programmateur qui sera affilié à ce numéro de l’émission. La thématique doit lui évoquer quelque chose. Il y a de vrais échanges, en premier lieu du fait de la structure que j’évoquais et de laquelle découlent les axes à développer. Si un morceau est moins satisfaisant par rapport à l’ensemble, nous nous accordons pour en trouver un autre. L’écriture n’est donc pas quelque chose qui vient se poser sur un morceau que je ne connais pas, elle reflète un travail fait de dialogues. C’est un savant mélange entre la mise en avant de la programmation (annoncer le titre, son année, expliquer le choix de ce morceau, indiquer où nous en sommes pour l’auditeur qui prend l’émission en cours) et le voyage que l’équipe et moi proposons.

PLUSDEOFF
Dans le numéro de C’est magnifip ! intitulé Les cent chansons qui ont changé votre vie, vous parliez du pouvoir évocateur, de souvenirs, que possède la musique. Est-elle votre madeleine de Proust ?

ÉMILIE BLON METZINGER
C’est étonnant, en effet, à quel point la musique a ce pouvoir de me ramener, dès la première note de l’intro d’un morceau qui est intime et fort pour moi, quelque soit le moment qu’il a accompagné dans ma vie, à un point précis dans le passé : je me souviens de tout, des couleurs, des odeurs, de la manière dont j’étais habillée, de la personne qui était à mes côtés…

PLUSDEOFF
Quel rapport entretenez-vous avec votre voix ?

ÉMILIE BLON METZINGER
Je m’écoute rarement. Comme le rapport à l’image, cela va de mieux en mieux. J’ai une voix particulière, une corde vocale un peu flêmarde qui laisse passer un petit peu d’air, ce qui lui donne ce grain. J’ai sans doute trop crié quand j’étais petite ! Au cours de ma formation à l’ENSATT, j’ai travaillé avec des Russes, ma voix a été sur le tapis pendant trois ans, jusqu’à en devenir un complexe parce que l’on me disait que ce n’était pas normal d’avoir une voix comme la mienne, que j’avais certainement des nodules, qu’il fallait que je me fasse opérer… Je trouve donc très drôle que ma voix soit devenue un véritable appui dans mon travail.

PLUSDEOFF
Votre voix représente-t-elle la personne que vous êtes ?

ÉMILIE BLON METZINGER
Intimement. Tout passe par la voix. Il m’est arrivé, dans des périodes d’angoisse, comme à l’occasion des cours de chant à l’ENSATT, de perdre ma voix, que je retrouvais une heure après. L’idée de chanter devant un public m’angoissait tellement que ma voix disparaissait. Toutes les failles, toutes les forces se retrouvent dans la voix.

PLUSDEOFF
Au niveau de la concentration, de l’implication, comment gérez-vous vos allers et retours entre la radio et le théâtre ?

ÉMILIE BLON METZINGER
J’ai l’impression que ma tête est pleine de tiroirs. Je sais que ce jour-là, à cette heure-là, il faut ouvrir tel tiroir. Je suis avec vous ce matin, cet après-midi j’ai un enregistrement pour une pub télé, ce soir je serai dans Le Porteur d’Histoire, entre les deux j’aurai travaillé avec la programmatrice Milena Rousseau et le réalisateur Massimo Bellini en vue d’une prochaine thématique dans C’est magnifip ! Les choses doivent être claires, bien organisées. J’insiste sur l’organisation car la structure est un fondement essentiel pour trouver une liberté et un véritable investissement dans chacune des disciplines.

PLUSDEOFF
En quoi le rôle de Desdémone, que vous tenez dans Othello mis en scène par Anthony Magnier, est-il intéressant ?

ÉMILIE BLON METZINGER
Ce qui est intéressant à défendre, c’est que Desdémone lutte, jusqu’au bout, pour obtenir la vérité, c’est qu’elle ne baisse pas les bras, qu’elle continue à chercher à comprendre. Je ne voudrais surtout pas en faire une victime.

PLUSDEOFF
Dans cette mise en scène, la musique live de Mathias Castagné nécessite-t-elle une adaptation au niveau du jeu ?

ÉMILIE BLON METZINGER
Mathias est sur scène, au présent, donc ce ne sera jamais, à la microseconde près, la même note qui accompagnera le même mouvement des acteurs. Toutefois, Mathias n’est pas un simple accompagnant, mais un partenaire de jeu avec lequel nous dialoguons. Sans forcément cultiver le contretemps, ce serait dommage d’épouser, de suivre la musique dans sa rythmique. Si Mathias propose quelque chose de très lent et très triste et que nous jouons de manière lente et triste, cela va vite devenir soporifique, il faut trouver des ruptures rythmiques.

PLUSDEOFF
Est-ce que cela vous sert, au niveau du jeu, d’entretenir votre condition physique par la pratique sportive ?

ÉMILIE BLON METZINGER
Monter sur scène, cela tient du sport de haut niveau. Ne serait-ce que d’un point de vue technique, respiratoire, ou de celui de la présence. Je pense que le sport aide à avoir une pleine confiance en son corps, à avoir une conscience pleine et précise de ses capacités, à savoir quel est l’appui que l’on préfère, à savoir exactement quand, en pliant le genou, on est enraciné dans le sol. Nous parlions de la voix : si le corps n’est pas ancré au bon endroit dans le sol, la voix va résonner tout à fait différemment.

PLUSDEOFF
Est-ce à dire que lorsque vous animez C’est magnifip !, vous adoptez une posture qui vous permet de développer votre voix ?

ÉMILIE BLON METZINGER
La question de la chaise m’embête, j’ai une demi-fesse sur cette fichue chaise, j’ai besoin d’avoir les deux pieds à plat ! Hors de question d’avoir une jambe croisée ou autre chose qui me déracine. J’utilise mes bras, mes épaules, je suis très penchée en avant… Je trouve cela compliqué d’être assise dans un fauteuil en cuir, avec des accoudoirs, dans une mollesse et un confort qui vont totalement à l’encontre de la voix, qui doit atteindre telle une flèche.

PLUSDEOFF
Quelle phrase de votre cru, citation ou règle vous guide dans votre carrière ?

ÉMILIE BLON METZINGER
J’ai travaillé pendant deux ans, il y a quelques années, avec Christian Schiaretti, le directeur du TNP. Il avait eu cette phrase, en arrivant un matin, qui avait fait vibrer quelque chose en moi : « La bonne humeur devrait être obligatoire. » Et j’y crois très fort. J’aime l’idée de fédérer les personnes avec lesquelles je travaille autour d’une belle énergie. Cela va même au-delà de la bonne humeur, comme une aura positive qui permet de créer ensemble, avec un objectif commun.


Retrouvez Émilie BLON METZINGER dans C’EST MAGNIFIP ! sur fip radio chaque mardi à 20h00, dans LE PORTEUR D’HISTOIRE de et mis en scène par Alexis Michalik au Théâtre des Béliers Parisiens, et dans OTHELLO mis en scène par Anthony Magnier, en tournée.

Publicités