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KING KONG THÉORIE / m.e.s Emilie Charriot

♥ recommandé

Ne pas être enragée. Ou du moins, ne pas le montrer. La femme, si elle éprouve de la rage, ne doit pas l’exprimer ouvertement, comme d’autres sentiments d’ailleurs. En revanche, elle doit être comme ceci, accepter de faire cela. C’est ainsi, le modèle se reproduit de génération en génération. L’homme n’échappe pas à son modèle idéal, à l’aune duquel on le jugera.

Ne pas être enragée, ne pas exprimer cette rage, même après avoir été violée, à 17 ans, avec une amie, par trois lascars une nuit d’auto-stop. Ne pas être enragée, même lorsque la seule solution pour reprendre possession de son corps est la prostitution. Ne pas être enragée, même quand le récit de cette expérience amène son lot d’anathèmes.

Dans sa mise en scène, Emilie Charriot joue avec l’absence de rage. Ne pas être enragée ? Soit, faisons-en une arme pour rendre encore plus audible le texte de Virginie Despentes. Ne pas être enragée ? Très bien, analysons, décortiquons, multiplions les points de vue, posément, et faisons du silence un allié de choix.

La direction d’actrices, tirée au cordeau, dépouille Géraldine Chollet et Julia Perazzini de toute véhémence. Les corps sont immobiles, pieds solidement ancrés dans le sol, les bras ne s’agitent pas. Une danse ? C’est un rond de danse et de douceur. Le flux de paroles est une brise fraîche. On écoute d’abord Géraldine Chollet, puis Julia Perazzini. Le dépouillement va jusqu’à laisser la première sur scène, muette et en nuances de visage et de mains, comme seul appui de la voix off de la seconde.

Et le texte entre par tous les pores. Le voici renforcé par la contrainte sociétale, joli pied de nez.

Walter Géhin, PLUSDEOFF.com


KING KONG THÉORIE / d’après le livre de Virginie Despentes / mise en scène : Emilie Charriot / Création lumières et régie : Yan Godat / Regard dramaturgique : Igor Cardellini / Regard extérieur : Piera Honegger, Delphine Rosay / Collaboration artistique : Valérianne Poidevin / Avec : Géraldine Chollet et Julia Perazzini.

Festival d’Avignon OFF 2016 / Gilgamesh / 17h50 / durée : 1h30 / du 7 au 24 juillet / relâche les 11 et 18.

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