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DON QUICHOTTE / m.e.s Jérémie Le Louët

♥  recommandé

Rossinante montée sur roues, des querelles qui éclatent entre comédiens, un duel à l’épée abrégé par un coup de revolver, des décors de spectacle scolaire ostensiblement déplacés à découvert, des références douteuses, un thème de musique classique qui revient obstinément dès qu’une scène est supposée émouvoir, des costumes dépareillés les uns par rapport aux autres, du sur-jeu, des dictions lâches, des bruitages trop prononcés, la remise d’un Molière de la mise en scène pour ce Don Quichotte sur fond de musique officielle du Festival de Cannes, suivie d’un discours engagé très Festival de Cannes, l’interview-vérité de l’un des comédiens, une oratrice hellénisante aux déclamations incantatoires, la scène des moulins placée en clou du spectacle et avortée par l’usure déclarée du metteur en scène-chevalier… Tout paraît conspirer le canular baroque, tout paraît converger vers le récital de sabotages à visée gaguesque.

En forçant le trait de ses procédés de prédilection, parmi lesquels l’infiltration de comédiens dans le public et perturbant le début de la pièce, ou encore le dévoilement de prétendus conflits entre comédiens, Jérémie Le Louët rend la composante comique plus évidente que dans Affreux, bêtes et pédants (2014) et Ubu roi (2015) et donne ainsi à voir un spectacle susceptible de toucher un public élargi. Mais l’outrance de ces procédés n’a certainement pas pour seul but d’exciter le rire.

Le spectateur doit composer avec une narration hachée, perturbée, décousue, qui ne laisse que des miettes des péripéties du chevalier errant. Même la scène la plus connue du roman, celle des moulins-géants, tourne court, abandonnée par un Don Quichotte affublé d’une armure à facettes. Ainsi bousculé, ne se trouve-t-il pas engagé à dépasser sa position de spectateur prêt à ingérer goulûment une narration n’opposant aucune résistance ? N’est-il pas poussé à réveiller son imagination afin de combler les trous, à voir plus grand que ce qui lui est présenté, à l’instar du Don Quichotte du roman qui voit plus aventureux qu’il ne l’est le monde qui l’entoure ? Plutôt que de mettre en scène l’ultra moderne solitude du chevalier, plutôt que de faire subir au spectateur la narration de la geste donquichottesque, le Don Quichotte de Jérémie Le Louët exhorte à construire ses rêves. Plutôt que l’histoire de Don Quichotte, son esprit.

—Walter Géhin, PLUSDEOFF.com


DON QUICHOTTE / Compagnie des Dramaticules / adaptation, d’après Cervantès, et mise en scène : Jérémie Le Louët / avec : Julien Buchy, Anthony Courret, Jonathan Frajenberg, Jérémie Le Louët, David Maison et Dominique Massat / collaboration artistique : Noémie Guedj / scénographie : Blandine Vieillot / costumes : Barbara Gassier / vidéo : Thomas Chrétien, Simon Denis et Jérémie Le Louët / lumière : Thomas Chrétien / son : Simon Denis / construction : Guéwen Maigner / couture : Lydie Lalaux.

30ème édition des Fêtes nocturnes de Grignan (26) / 21h00 / jusqu’au 20 août (relâche du 3 au 10/07 inclus, le 18/07, du 30/07 au 1/08 inclus, le 15/08 et les dimanches) / Réservation : 04.75.91.83.65

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