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Alain Timár : « Ne jamais se reposer sur nos lauriers. »

Fondateur du Théâtre des Halles en 1983, qu’il dirige depuis, il est un prolifique metteur en scène et scénographe dont la liste des créations s’allonge d’année en année. Entretien avec Alain Timár.


PLUSDEOFF.com : « Qu’est-ce qui constitue, d’année en année, l’ADN de la programmation du Théâtre des Halles ? »

Alain Timár : « C’est selon moi un regard, une curiosité pour la création contemporaine. Avec des écrivains que je pourrais qualifier de classiques contemporains, et aussi des prises de risque, des auteurs peu ou pas connus. Par exemple Charif Ghattas, dont la pièce LES BÊTES, que je mets en scène, est au programme du Théâtre des Halles durant le Festival : il a 35 ans, il est franco-libanais, il est très peu connu, en tout cas en France. J’aime beaucoup son oeuvre donc je m’aventure dans la présentation de son écriture, et cela me semble à la fois risqué et passionnant. C’est certainement aussi la volonté de partager avec le public le plus large cette curiosité que j’ai pour les nouveaux auteurs. Et puis le questionnement permanent, ne jamais se reposer sur nos lauriers. »

PLUSDEOFF.com : « Vous revenez de Corée du Sud où vous prépariez TOUS CONTRE TOUS qui sera présenté lors du Festival. Pouvez-vous nous en dire davantage sur cette pièce ? »

Alain Timár : « TOUS CONTRE TOUS d’Arthur Adamov est une pièce que je souhaite monter depuis une vingtaine d’années. Il y a 15 comédiens et un musicien sur le plateau. C’est peut-être à cause de cette distribution pléthorique que je n’ai pas eu l’occasion de la produire en France, ou de son sujet trop politique. La pièce a été écrite en 1952 et elle a été très peu montée depuis, peut-être une ou deux fois. J’ai tout de suite voulu monter cette pièce lorsque l’université nationale des arts de Corée m’a invité avec une carte blanche. »

PLUSDEOFF.com : « Dans quelle mesure vos expériences à l’international, comme celle de TOUS CONTRE TOUS, enrichissent-elles votre manière d’aborder la direction d’acteurs ? »

Alain Timár : « Le fait de se confronter à d’autres cultures, pendant deux mois et demi dans le cas de TOUS CONTRE TOUS, rend l’étranger de moins en moins étranger. Ensuite, d’étranger il passe à familier. Quand on ne connaît pas, on garde de la distance, et quand on lie connaissance, on commence à comprendre les comportements, les réflexes, les types de jeu, la sensibilité, la culture, les traditions. Tout ceci dialogue avec ma propre identité. C’est dans un dialogue comme celui-ci que se construit le spectacle. Je n’arrive pas en pays conquis, dans la posture du metteur en scène français qui va montrer tout ce qu’il sait faire. »

PLUSDEOFF.com : « Y a-t-il une différence dans le rapport entre metteur en scène et acteur en Corée du Sud, par rapport à la France ? »

Alain Timár : « En France, on a une tradition d’échanges entre le comédien et le metteur en scène. La mentalité coréenne fait qu’il y a un très grand respect pour le metteur en scène, peut-être un trop grand respect. Sa parole est presque sacrée. Par ailleurs, le collectif est très important, il l’emporte toujours sur l’individu. J’ai essayé d’amener un peu plus de dialogue ainsi qu’une mise en perspective des questionnements par rapport à la mise en scène, afin de révéler les personnalités et les identités de chacun. Au début, les comédiens sont restés sur la réserve, avec beaucoup de pudeur, puis peu à peu la parole s’est libérée, en même temps que la confiance s’est établie. »

PLUSDEOFF.com : « Vous signez à la fois la mise en scène et la scénographie de vos créations. Dans votre processus créatif, élaborez-vous dans un même mouvement mise en scène et scénographie ? »

Alain Timár : « Depuis très longtemps j’effectue un travail de plasticien, en atelier, qui comprend peinture, sculpture et arts visuels. Ce goût pour les arts plastiques ne m’a jamais quitté, et le lien entre arts plastiques et théâtre me paraît simple, naturel et sensible. Souvent, lorsque je suis à l’atelier, des idées théâtrales me viennent, dont je prends note. Des arts plastiques à la scénographie il n’y a qu’un pas. Lorsque je lis des textes, l’espace et l’ensemble de la scénographie me viennent immédiatement en tête. »

PLUSDEOFF.com : « Vous avez fondé le Théâtre des Halles en 1983 et vous le dirigez depuis. Quel regard portez-vous sur les contraintes économiques qui pèsent sur un théâtre et son équipe dirigeante ? »

Alain Timár : « Les arts en général et le théâtre en particulier ont toujours été confrontés aux contraintes économiques. Du moment où l’on choisit de s’engager en théâtre, il y a comme une ascèse. Il faut avoir de la volonté et de la passion, agir avec efficacité pour se développer et élargir le public. La question économique est épineuse et quasi centrale. Un théâtre comme le théâtre des Halles ne peut pas fonctionner sans la recherche permanente de soutiens publics et privés. Il faut toujours aller de l’avant, même en période de crise économique où les subventions diminuent. Le public nous accompagne en cela puisque le taux de remplissage n’a cessé d’augmenter ces dernières années. »

PLUSDEOFF.com : « Le théâtre sert-il selon vous de refuge au public en période de crise ? »

Alain Timár : « Le théâtre est non seulement un lieu de sensibilité par rapport aux arts, mais aussi un endroit privilégié de réflexion sur la société. En temps de crise, le public a peut-être besoin de se sentir plus conscient, plus responsable, plus mature, tout en étant animé par une envie d’échanger. »

PLUSDEOFF.com : « L’intensité du Festival fait-elle que chaque année, sa fin est pour vous comme un lendemain de fête, ou bien vous projetez-vous toujours dans ce qui va suivre ? »

Alain Timár : « Même s’il y a, comme vous le dites, ce côté lendemain de fête, en fin de Festival c’est la fatigue qui s’exprime d’abord. J’aspire alors à quelques jours de repos pour reprendre force et vigueur en vue de la nouvelle saison, mais je ne ressens pas de vide. Le théâtre des Halles est un lieu qui vit de manière permanente. La saison prochaine il y aura 15 spectacles et beaucoup de manifestations avec des associations avignonnaises. »

—Propos recueillis par Walter Géhin, PLUSDEOFF.com


Faites votre choix : l’intégralité du programme du Théâtre des Halles durant le Festival d’Avignon OFF 2016.

Crédit photo : David Mignerat

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