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Marien Tillet : « Jouer avec le caractère discutable de la réalité. »

Pour la deuxième année consécutive, il est sélectionné par la Manufacture d’Avignon dans le cadre du Festival, cette fois avec PARADOXAL, second volet de sa série paranormale. Entretien avec Marien Tillet.

PLUSDEOFF.com : « Pouvez-vous nous présenter en quelques mots PARADOXAL ? »

Marien Tillet : « PARADOXAL aborde le thème du rêve lucide : une personne qui fait un rêve est consciente qu’elle rêve, et dans certains cas peut prendre le contrôle de ce rêve. Le spectacle est une sorte d’expérience où l’on a l’impression que cela commence de manière très sympathique. Une jeune journaliste participe à un essai clinique pour réguler son sommeil et en apprendre davantage sur le rêve lucide. Mais tout cela dérape… Je ne peux pas trop en dire car c’est un scénario à rebondissements, avec un retournement final. Disons que la jeune journaliste est au milieu d’autres personnes, des co-rêveurs, puisque le protocole de l’essai clinique implique que les personnes qui y participent dorment dans la même pièce, entendent les mêmes bruits, soient exposées aux mêmes stimuli. Un co-rêveur peut rêver d’un autre co-rêveur, voire peut rêver du même sujet que celui-ci, voire ces deux co-rêveurs peuvent échanger des informations dans leurs rêves… »

PLUSDEOFF.com : « Vous êtes-vous basé sur une documentation scientifique pour construire cette histoire ? »

Marien Tillet : « Mon intérêt pour le sommeil et les rêves remonte à l’adolescence. J’ai commencé à mettre par écrit le contenu de mes rêves, puis j’ai réalisé des enregistrements. Plus tard, je me suis beaucoup intéressé aux travaux du neurobiologiste Michel Jouvet, qui au début des années 60 a développé le concept de sommeil paradoxal et révolutionné la façon d’aborder le sommeil et le rêve. Et j’ai eu la chance de rencontrer Perrine Ruby, chargée de recherches à l’INSERM de Lyon, qui travaille sur le sommeil paradoxal, le rêve lié au sommeil paradoxal et aussi le rêve lucide. Elle est très intéressée par les artistes qui utilisent la matière scientifique comme matière artistique. Elle est d’ailleurs venue voir PARADOXAL et l’a validé d’un point de vue scientifique. »

PLUSDEOFF.com : « PARADOXAL est-il conçu de telle sorte que chaque spectateur quitte la salle avec sa propre interprétation de l’histoire ? »

Marien Tillet : « En abordant la question du sommeil, PARADOXAL joue avec le caractère discutable de la réalité. Rien ne peut nous prouver que nous sommes réveillés. Rien ne peut prouver que la conversation que nous tenons en ce moment, nous la tenons réellement. Peut-être allez-vous vous réveiller dans dix minutes. Ou peut-être même que quelqu’un d’autre va se réveiller en ayant rêvé que nous avons eu, vous et moi, cette conversation… Il est donc impossible qu’un spectateur sorte de PARADOXAL en disant qu’il connaît la vérité sur l’histoire. En outre, l’écriture de PARADOXAL est une écriture en plateau, avec Samuel Poncet à la scénographie et Alban Guillemot à l’écriture sonore. En fonction des réactions des spectateurs, nous modifions des détails qui vont influencer leur interprétation de l’histoire. Et j’exploite la liberté qu’a le conteur par rapport au comédien, en ajoutant deux mots dans une phrase, en insistant sur une indication, ou sur un co-rêveur… Donc d’une représentation à l’autre, c’est plutôt telle version, ou telle autre, qui va se dégager. »

PLUSDEOFF.com : « À partir de quel âge PARADOXAL peut-il être vu ? »

Marien Tillet : « Je dirais à partir de 11/12 ans. Les enfants de cet âge maîtrisent déjà les codes de ce type d’histoire, ils sont même très en avance en termes de scénario par rapport aux adultes. Ils consomment par dizaines les séries, ils regardent des films avec des histoires à tiroirs. Ils ont une culture de ces structures de narration. Concernant l’aspect scientifique, j’ai veillé à vulgariser la question du sommeil et du rêve. »

PLUSDEOFF.com : « PARADOXAL est le second volet d’une série paranormale où sont notamment explorés les mécanismes de génération de la peur. Des spectateurs ont-ils déjà quitté d’effroi la salle ? »

Marien Tillet : « Le but n’est pas d’installer une tension pendant trente minutes qui deviendrait insupportable. Ce serait une prise d’otages. Dès qu’il y a un moment de tension très fort, je le désamorce par le rire. Je joue sans cesse avec cet ascenseur émotionnel. PARADOXAL fait moins peur que le premier volet, APRÈS CE SERA TOI. Dans PARADOXAL, la peur n’est pas une peur qui se déclenche sur le moment, c’est davantage une peur que les spectateurs vont emporter. Pas une peur réaliste, pas une peur pour leur sécurité, mais comme une peur d’histoire d’enfant. Ils sortent en s’interrogeant quant à la frontière entre rêve et réalité. Il pleut à verse, ça dure deux minutes et ça s’arrête. On pourrait dire : C’est bizarre mais c’est normal. Mais on pourrait dire aussi : C’est vraiment étrange. Quelqu’un m’a dit que PARADOXAL est dérangeant comme un David Lynch. On n’est pas sûr de savoir ce qu’on a compris et on n’est pas sûr de savoir si on peut comprendre. »

PLUSDEOFF.com : « Le succès de ULYSSE NUIT GRAVEMENT À LA SANTÉ l’an passé et votre retour à la Manufacture ne risquent-t-ils pas de mettre en sommeil l’enthousiasme que vous mettez à tracter dans les rues d’Avignon ? »

Marien Tillet : « Rien n’est jamais acquis. Pour moi, le tractage fait partie du jeu au Festival. Quand je suis sur scène, j’adore voir entrer dans la salle des personnes que j’ai croisées lors du tractage. Cela veut dire qu’il y a eu une rencontre. Cette personne ne me connaît pas, elle ne connaît pas le spectacle, mais elle a de la curiosité suite à ce que je lui en ai dit. J’aime beaucoup la possibilité que donne le Festival de rencontrer le public. »

—Propos recueillis par Walter Géhin, PLUSDEOFF.com


PARADOXAL / Compagnie Le Cri de l’Armoire / De et avec : Marien Tillet / Scénographie : Samuel Poncet / Dispositif sonore : Alban Guillemot.

Festival OFF d’Avignon 2016 / la Manufacture / 14h40 / du 6 au 24 juillet, relâche le 18.


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