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Moana Ferré : « Le travail d’actrice, c’est un travail quotidien de recherche de vérité, de justesse. »

Voici une interview que pourraient coiffer de multiples titres, tant engager la conversation avec la comédienne Moana Ferré mène à la découverte, propice aux rebondissements, des facettes dont sa passion pour le métier et son actualité se revêtent.

PLUSDEOFF.com : « À travers vos rôles au théâtre, se dégage-t-il un dénominateur commun ? »

Moana Ferré : « Comme quand je lis un livre ou quand je vois une pièce, dans mes choix de comédienne j’ai besoin d’être touchée, d’être questionnée. J’ai envie de changer mon regard par rapport au monde, aux relations humaines. J’ai besoin que la pièce porte un sujet fort. Défendre des valeurs et des convictions profondes quand je joue un rôle, qu’il y ait une résonance, c’est vraiment important aussi. Dans Andromaque par exemple, défendre son intégrité jusqu’au bout. »

PLUSDEOFF.com : « Comment définiriez-vous votre travail d’actrice ? »

Moana Ferré : « Pour moi, le travail d’actrice, c’est un travail quotidien de recherche de vérité, de justesse. Je dirais que cela passe par la recherche de quelque chose de très animal, par le travail du corps, du lâcher-prise aussi. Est-ce que je vais être juste ? Voici la question qui compte pour moi quand je travaille un rôle. Et l’écoute de l’autre, que ce soit le comédien ou la musique. »

PLUSDEOFF.com : « Dans des rôles au texte ardu, comme celui d’Andromaque, quelle est votre technique de mémorisation ? »

Moana Ferré : « Andromaque a demandé un immense travail pour mâcher le texte dans tous les sens. C’est un ami aujourd’hui disparu, le comédien Thierry Monfray, qui m’a donné la clé de ce texte, en m’encourageant à aller « au bout de ma pensée » au fil des vers. Ses conseils m’ont vraiment libérée. Et j’ai digéré le texte en courant, ou en marchant. Le mouvement, d’une manière générale, accompagne ma mémorisation des textes. »

PLUSDEOFF.com : « Vous considérez-vous avant tout comme une comédienne de théâtre, ou le cinéma occupe-t-il également une place importante ? »

Moana Ferré : « Ma première vie a été celle d’une comédienne de théâtre, j’ai vraiment plongé dedans à mes débuts. Au départ, et en contraste avec aujourd’hui où j’ai besoin de me nourrir des autres, j’étais plutôt isolée. J’avais à la fois une certaine forme d’innocence, et une défiance vis-à-vis de toute institution représentant la tradition. Je rêvais d’ailleurs, je n’étais pas du tout attirée par le Conservatoire. Mon stage avec Sydney Pollack m’a fait beaucoup de bien. Le théâtre a été et est une très bonne école. Au théâtre on m’a toujours plus volontiers confié des rôles graves, j’ai joué dans une seule comédie, qui fut un vrai bonheur. J’ai eu la chance de monter un spectacle chant et poésie sur Poulenc à Autun, et Dominique Chryssoullis m’a écrit un très beau monologue qu’elle a publié et que j’aimerais monter un jour, ANAMRHART. Je cherche d’ailleurs un metteur en scène !
Mais c’est au cinéma que j’ai maintenant davantage d’opportunités. Le tournage du premier film de Gilles Verdiani, où j’ai un premier rôle, vient de se terminer, et j’ai la chance de jouer en 2016 le premier rôle féminin d’un magnifique scénario aux côtés de Pascal Grégory et Nicolas Vaude, qui sont par ailleurs des immenses comédiens de théâtre. J’ai un agent depuis peu, donc l’avenir cinématographique va s’ouvrir encore. Là, par exemple, un film avec Lucien Jean-Baptiste… »

PLUSDEOFF.com : « Quels comédiens vous inspirent dans votre travail ? »

Moana Ferré : « Un nom se dégage pour moi : Robin Wright. Même dans ses premiers rôles, dans des films ou des séries peu marquants, quelque chose de particulier se dégageait d’elle. L’évolution de son jeu est très intéressante, elle a une manière remarquable d’imposer sa présence. »

PLUSDEOFF.com : « Vous avez également prêté votre voix à des documentaires. Dans cet exercice, prenez-vous autant de plaisir que sur scène ou sur les plateaux de cinéma ? »

Moana Ferré : « J’adore voyager, j’ai notamment vécu à Djibouti et en Irak. Autant dire que les réalisateurs de documentaire sont souvent pour moi des gens passionnants. Ils ont cette faculté de m’emmener dans leur univers. J’aime aussi leur niveau d’exigence dans leur travail, et dans le travail qu’ils me demandent lorsque je prête ma voix à leurs images. La voix est un outil formidable, qui offre des possibilités immenses. J’ai aussi fait du doublage : j’ai adoré cette manière d’entrer dans l’histoire, et la liberté dans les contraintes, dans la précision, que cela offre. »

PLUSDEOFF.com : « Revenons au dernier festival OFF d’Avignon où vous avez joué Andromaque au théâtre de l’Oulle. Comment l’avez-vous vécu par rapport à vos précédentes expériences à Avignon ? »

Moana Ferré : « Je garde un très bon souvenir de mon premier Festival OFF d’Avignon. C’était en 1999, je jouais Viola dans LA NUIT DES ROIS de Shakespeare, nous avions fait une belle tournée par la suite, qui nous a conduits jusqu’en Martinique. Je suis revenue jouer à Avignon en 2002 et en 2004. ANDROMAQUE cette année marquait donc la fin d’une pause assez longue avec le Festival. Avignon reste un marathon où le repos et le recul dont a besoin le comédien sont réduits à la portion congrue. Le Festival impose plusieurs contraintes comme le tractage. Mais je me suis étonnée, je ne pensais pas maintenir, sur toute la longueur du Festival, sans un jour de relâche, un tel niveau d’investissement et de concentration pour un rôle aussi exigeant que celui d’Andromaque ! »

PLUSDEOFF.com : « Est-ce que vous êtes allée voir d’autres pièces pendant ce Festival ? De manière générale, êtes-vous une spectatrice assidue de théâtre ? »

Moana Ferré : « Andromaque est un rôle qui demande un engagement profond. Je n’ai assisté qu’à deux autres pièces pendant le Festival. Mais j’adore aller au théâtre. Quand j’aime un spectacle, ou que j’apprécie particulièrement le jeu d’un comédien, comme ce fut le cas avec Nicolas Vaude, je vais le voir plusieurs fois, découvrir comment le comédien évolue d’un jour à l’autre. Je ne sais pas comment, mais c’est quelque chose qui m’enrichit, quelque chose dont je me nourris. »

PLUSDEOFF.com : « Quels sont les metteurs en scène dont vous appréciez particulièrement le travail ? »

Moana Ferré : « Ostermeier d’abord. Je suis même allée le voir à Berlin. Je me sens très proche de son travail. J’aime aussi beaucoup Pommerat. À chaque fois que je sors d’une pièce que l’un ou l’autre a montée je suis, pour des raisons différentes, troublée, déboussolée. Soit j’ai besoin de silence, soit j’ai besoin d’en parler sans attendre. Le travail de Dorian Rossel m’intéresse également, je suis allée voir deux fois QUARTIER LOINTAIN dont l’histoire, comme celle de sa dernière pièce d’ailleurs, m’a transportée. Certaines mises en scène de Anne-Laure Liégeois sont un autre exemple de mises en scène qui m’ont touchée. »

PLUSDEOFF.com : « Vous imaginez-vous arrêter de jouer, ou jouer est-il quelque chose de vital pour vous ? »

Moana Ferré : « Jouer, c’est dans mon sang depuis si longtemps… J’aime plonger dans les rôles, le travail en équipe.
Mais je ne suis pas une comédienne qui dirait : « Si je m’arrête de jouer, je meurs. » D’autres choses participent à mon équilibre. J’ai besoin de m’occuper des autres, je pratique notamment les massages ayurvédiques et le reiki. »

PLUSDEOFF.com : « Quelle phrase de votre cru, citation ou règle vous guide dans votre carrière ? »

Moana Ferré : « « Tout est pour le mieux. » Après chaque épreuve sur mon chemin, il reste toujours une pulsion de vie chez moi qui m’emmène vers un ailleurs.
« Faire carrière et progresser sur le plan artistique ne vont pas toujours de pair. C’est peut-être tout l’art de l’artiste de savoir ne pas s’installer dans son art, de savoir en sortir pour mieux y revenir. L’Art en lui-même ne peut se conformer à aucune norme imposée, l’artiste est ce perpétuel empêcheur de penser en rond […] » (Peter Brook)
« Il me semble qu’il faut toujours travailler avec des acteurs qui sont, d’un côté, naïfs, dont les sentiments ne sont pas corrompus, mais qui en même temps ont ce savoir-faire venu de l’expérience, qui savent ce qu’ils sont capables de faire et qui ont acquis un vrai courage. » (Peter Brook également, dans son livre ENTRE DEUX SILENCES.) »

—Propos recueillis par Walter Géhin, PLUSDEOFF.com

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