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William Mesguich : « J’ai toujours aimé faire plusieurs spectacles à la fois. »

Après un Festival OFF d’Avignon très dense, il sera au Théâtre de Poche-Montparnasse du 8 septembre au 8 novembre dans MÉMOIRES D’UN FOU. Entretien avec William Mesguich.

PLUSDEOFF.com : « Dans le cadre du Festival OFF d’Avignon, vous avez joué trois pièces, « Le Prince Travesti » et « Noces de sang » au Chêne Noir, et « Mozart l’enchanteur » à La Luna (vous étiez également à la mise en scène de ces deux dernières pièces.) Pourquoi avoir placé la barre si haut ? »

William Mesguich : « J’ai toujours aimé faire plusieurs spectacles à la fois. C’est ma manière, comme beaucoup d’autres artistes, d’être en accord avec moi-même et peut-être heureux.
Il ne s’agit pas de battre des records mais d’être toujours capable d’inventer, de rêver et de donner du bonheur aux autres.
Et parfois, il est bon d’être sur plusieurs fronts à la fois. J’ai la chance de mettre en scène et de pouvoir jouer dans mes propres spectacles. Quand je joue, je suis heureux, c’est aussi simple que ça. Quand je ne joue pas, peut-être que je m’ennuie un peu, même si j’ai, bien sûr, d’autres centres d’intérêt que le théâtre. La vie est courte et je me dis que quand on a l’opportunité de jouer, il faut foncer et ne pas se poser trop de questions, sinon artistiques. Les temps sont durs, la société est violente et souvent indifférente aux belles choses, il faut profiter du bonheur de dire des textes, de chercher, de se tromper, de faire rire et d’émouvoir, c’est ce que je fais. Modestement. »

PLUSDEOFF.com : « Quel bilan tirez-vous de ce Festival ? »

William Mesguich : « J’ai vécu un Festival d’Avignon 2015 frénétique, tourbillonnant. Les spectacles que j’ai joués ou mis en scène ont rencontré le succès que j’espérais. Il y a eu quelques obstacles, et puis l’on n’est jamais assuré de convaincre ou de plaire, mais ce fut un régal. J’ai rencontré des gens que j’aime, que j’admire. J’étais entouré de gens en qui j’ai confiance et qui me soutiennent. C’est une expérience unique, magnifique, épuisante, mais tellement forte émotionnellement. »

PLUSDEOFF.com : « Avez-vous pu assister, malgré votre planning très chargé, à d’autres pièces durant le Festival, et si oui lesquelles vous ont intéressé ? De manière générale, quels sont vos goûts en tant que spectateur au théâtre ? »

William Mesguich : « Comme je suis mordu de théâtre, j’ai pu voir une vingtaine de spectacles. J’aime me nourrir de ce que font les autres. Un regard ou une lumière sont pour moi des sources d’inspiration infinie. Tel geste ou tel son me ravissent et me permettent d’inventer silencieusement.
Je n’aime pas être dans mon coin à ressasser ou à me questionner, même si une part de solitude est nécessaire à la réflexion et à l’invention. Je veux voir, je veux entendre. Je suis dans une grande curiosité à l’égard des autres et aime l’idée de cette générosité, que l’on soit dans l’action ou dans la contemplation. Je sais ce que c’est que répéter, refaire, douter, exploser. J’admire ceux qui sont dans le même état d’esprit. Le théâtre, c’est difficile mais c’est sublime. Alors, il faut choyer cet art et le protéger coûte que coûte. Et s’il y a fatigue ou lassitude de temps en temps, ce n’est pas grave, c’est humain. Il faut calmer le jeu et repartir de plus belle pour créer les conditions d’un ailleurs, pour faire émerger d’autres nous-mêmes en nous, par la réflexion, le doute, l’analyse.
Un obus dans le cœur avec Gregori Baquet, Ubu roi mis en scène par Jérémie Le Louët, Les Cavaliers par Eric Bouvron et Anne Bourgeois, Des cailloux plein les poches avec le formidable Eric Métayer ou Les Chatouilles par l’extraordinaire Andréa Bescond, entre autres, sans compter Marche, mis en scène par Serge Barbuscia ou la rencontre avec la délicieuse Caroline Loeb autour de George Sand ont rythmé mes journées et mes rêves.
J’aime au théâtre quand il y a de l’intelligence et de l’enthousiasme. J’aime bien sûr la part poétique que peut faire naître le théâtre. Et l’acteur, comme le chanteur ou le musicien, me ravit. La voix, le regard, la présence aux mots et la présence tout court (quelque chose d’inexplicable et d’indéfinissable qui fait la beauté et la force d’un visage et d’un corps dans un espace infini et fou qu’on appelle la scène), tout m’interpelle, tout m’intéresse. Je rejette, en revanche, la vulgarité qui caractérise certains spectacles. Le cabotinage et le mauvais goût m’horripilent au plus haut point. Il faut que la beauté des mots soit première, j’aime la métaphore, le travail sur le rythme et les sons. Le déplacement de tel ou tel sens permet de manière palimpsestique de tenter l’aventure de l’inouï, de se rapprocher de ce qui est rare et c’est cela qui bouleverse. Être traversé par de l’insensé, par du beau, par quelque chose qui surprend et entraîne loin, dans des fantasmes ou des peurs ou des « bords de rupture ». »

PLUSDEOFF.com : « À partir du 8 septembre et pour deux mois, vous serez seul en scène au Théâtre de Poche-Montparnasse, dans une adaptation par Charlotte Escamez, et une mise en scène de Sterenn Guirriec, de « Mémoires d’un fou » de Flaubert. En tant que comédien, quels sont les éléments particulièrement intéressants à travailler dans ce seul en scène ? »

William Mesguich : « Je n’ai jamais joué « seul en scène ».
D’ailleurs, suis-je réellement seul avec ces Mémoires d’un fou ?
Il y a d’abord mes compagnons de route dans cette grande aventure. Metteuse en scène, éclairagiste, ingénieur du son et scénographe ainsi que Charlotte Escamez qui a adapté le texte originel, et puis tous les personnages intimes qui me peuplent. C’est une expérience nouvelle et passionnante. Je suis en regard avec moi-même. La concentration, l’attention sont placées à un autre endroit. Un endroit inatteignable raisonnablement. Il faut lâcher prise mais comme toujours, au théâtre, avoir la conscience du texte joué. Et quand il s’agit de Flaubert et de son style merveilleux, quel bonheur !
Il est risqué de jouer seul en scène mais c’est un risque extraordinaire. Une tentative poétique de faire basculer le spectateur, l’auditeur dans de l’excellence. Ce que dit Flaubert de l’écriture, de l’art en général, son rapport à l’amour et l’invention par les sens, c’est un régal pour qui a du goût. C’est une plongée dans de l’intelligence et il n’y a rien de plus fort. Et puis encore une fois, dire ces mots avec ce style, quelle jouissance ! »

PLUSDEOFF.com : « Quel est votre rapport à la littérature ? Êtes-vous un lecteur assidu de certains auteurs ? »

William Mesguich : « J’aime les grands auteurs. Je suis avide de lecture. Racine, Proust, Flaubert, Chateaubriand, Pascal, Tchekhov, Hugo, Aragon, Baudelaire font partie des auteurs que j’admire et qui me nourrissent poétiquement. C’est un bonheur de plonger dans les méandres de leur pensée. »

PLUSDEOFF.com : « Dans un entretien que vous avez accordé pendant le Festival, vous disiez avoir sept textes en tête. Concrètement, quel est votre processus de mémorisation d’un texte ? Vous est-il arrivé d’être confronté à un texte moins docile ? »

William Mesguich : « La mémorisation d’un texte est comme un entraînement de haut niveau. Il faut faire et refaire. C’est un élan qu’il faut trouver. Dire et redire dans n’importe quelle circonstance. Comme disait mon maître de théâtre Pierre Debauche, il faut apprendre avec le cœur, et non par cœur, et là, tout devient d’une grande évidence. Certains textes, bien sûr, sont plus ardus à retenir. Tout dépend du style et quand même de la longueur du texte. Apprendre, avec le cœur, donc, Hamlet n’est pas facile. Encore moins dans la traduction choisie par mon père, celle des éditions Albin Michel. Traduction qui se ballade dans les siècles et qui se révèle à la manière de Du Bellay, de Baudelaire, d’Aragon ou de Claudel. Mais quel bonheur. Quelle délectation de dire ces mots. La difficulté devient un passage merveilleux pour toucher à la poésie. »

PLUSDEOFF.com : « Vous dirigez depuis 1998 la Compagnie du Théâtre de l’Étreinte que vous avez fondée avec Philippe Fenwick. Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaiterait lancer une compagnie professionnelle ? »

William Mesguich : « Tenter l’aventure d’une compagnie, c’est une manière de donner le la, d’entraîner des camarades de jeu et de songes sur le terrain de l’imaginaire. Avoir du culot, se perdre et se tromper. Être joyeux et n’avoir peur de rien. La générosité et l’exigence doivent être de mise, ainsi tous les territoires de l’invention artistique pourront être explorés. »

PLUSDEOFF.com : « Quelle phrase de votre cru, citation ou règle vous guide dans votre carrière ? »

William Mesguich : « « Faire théâtre de tout », Antoine Vitez.
« Le théâtre comme tentation de l’infini », Pierre Debauche.
Deux immenses hommes de pensée et de lettres qui ont marqué mon apprentissage artistique et ma vie d’homme de théâtre. »

—Propos recueillis par Walter Géhin, PLUSDEOFF.com

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au Théâtre de Poche-Montparnasse (75 bd du Montparnasse, Paris 6°)

du 8 septembre au 8 novembre 2015
du mardi au samedi 19h00
dimanche 17h30

MÉMOIRES D’UN FOU

De : Gustave Flaubert

Adaptation : Charlotte Escamez

Mise en scène : Sterenn Guirriec

Avec : William Mesguich

Lumières : Mathieu Courtaillier

Son : Franck Berthoux

Décor et costumes : Camille Ansquer

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