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LES DEUX FRÈRES ET LES LIONS / m.e.s Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre et Vincent Debost

Des frères jumeaux, septuagénaires et milliardaires, nous reçoivent dans leur château, construit sur leur île, anglo-normande, achetée 2.33 millions de livres. Ils nous racontent une histoire, celle du combat entre LES DEUX FRÈRES ET LES LIONS. La critique.

Un format d’une heure, voire moins, est-il à explorer par les auteurs afin d’attirer au théâtre un nouveau public ? C’est la question qui surgit tant les cinquante minutes de LES DEUX FRÈRES ET LES LIONS relatent une histoire à la fois concise et développée, quand dans trop de pièces contemporaines, la fin intervient dix minutes, parfois plus, après que l’impression que la fin est arrivée se soit fait sentir ou désirer. Trop d’auteurs ne savent pas conclure, et l’on ne parlera pas des démarrages poussifs.

Cinquante minutes suffisent, dans ce texte écrit par Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre avec le concours de Sophie Poirey, à ce que les deux frères non seulement retracent plus de cinquante ans de vie —une ascension capitaliste sous le slogan « On ne lâche rien »— mais aussi exposent et dénouent ce qui les préoccupe au présent, la succession qu’ils destinent à leurs filles respectives, qui parce qu’elles sont femmes sont privées des biens qu’ils ont amassés sur l’île de Brecqhou dont ils sont les propriétaires, celle-ci étant régie par le droit féodal en vigueur dans l’île dont elle dépend, l’île de Sercq.

Le texte est si concis, si précis, que ces cinquante minutes sont jouées par Lisa Pajon et Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre comme s’ils nous recevaient au coin du feu. Ils servent le thé, proposent des scones, du whisky. Il y a bien-sûr de l’enthousiasme lorsque les septuagénaires relatent leurs seize ans, puis les étapes de leur succès, de l’emportement quand ils voient leur être opposée de la résistance tandis qu’ils jaugeaient cette affaire comme une formalité, mais la netteté des propos dispense de toute fâcheuse diction à la mitraillette. On notera d’ailleurs en matière de diction le beau travail de synchronisation des voix, comme peuvent être connectés sur la même onde les cerveaux de jumeaux. Le jeu de Lisa Pajon et Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre est tellement précis en la matière qu’on en oublie leurs disparités physiques.

Et pour parachever le tout, l’enlevée conclusion incite subtilement à une réflexion sur le rôle des États en Europe, et sur la prédominance de l’économie sur la politique. Décidément, les cinquante minutes de LES DEUX FRÈRES ET LES LIONS sont un pur joyau d’écriture.

—Walter Géhin, PLUSDEOFF.com

au Théâtre des Halles à 17h00

Festival OFF d’Avignon 2015

LES DEUX FRÈRES ET LES LIONS

Théâtre Irruptionnel

De : Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, avec la participation de Sophie Poirey

Avec : Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, Lisa Pajon
Mise en scène : Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre et Vincent Debost
Création son : Nicolas Delbart
Création vidéo : Christophe Waksmann
Régie lumière : Grégory Vanheulle

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