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LE CROCODILE / m.e.s Léo Cohen-Paperman

Léo Cohen-Paperman et Lazare Herson-Macarel, de la Compagnie des Animaux en Paradis, adaptent LE CROCODILE, une nouvelle fantastique de Dostoïevski. La critique

L’exposition burlesque qui ouvre la nouvelle devient dans cette adaptation la remise, par Ivan [joué par Emilien Diard-Detoeuf] et son épouse Elena [Morgane Nairaud], de cadeaux à Semione [Lazare Herson-Macarel], le narrateur de l’histoire. À une boîte de cirage succède… un crocodile, qu’accompagne avec force moulinets de fouet son dresseur allemand. Ivan s’agite près de la gueule de l’animal, une attraction-désastre puisqu’il y tombe et se trouve ingurgité tout entier.

Cet incident marque le début d’un glissement de terrain pour le narrateur, que la mise en scène de Léo Cohen-Paperman s’attache particulièrement à mettre en évidence. Le narrateur, que l’on voit encore pour quelques scènes doté du pouvoir d’arrêter l’action, figeant ou réactivant les différents protagonistes d’un claquement de doigt pour commenter à sa guise, va être peu à peu dépassé par les événements qu’il relate, n’en devenir qu’un spectateur, et finalement être dévoré par l’histoire et son point central, le crocodile. Une déconvenue qui survient tandis qu’il est le seul à contester la situation : Ivan sent naître en lui de grandes idées et ne voit aucun inconvénient à favoriser les affaires du dresseur, décidé à faire fructifier auprès du public son animal habité par un homme. Quant à Elena, elle trouve ici l’occasion de vivre une sexualité débridée, libérée de la surveillance d’un mari jaloux.

L’histoire possède un second niveau de lecture qui n’a pas échappé aux deux jeunes adaptateurs. L’incapacité du narrateur à influer sur les événements et à faire ouvrir le ventre du crocodile s’explique par la loi du marché imposée par le capitalisme, que le narrateur se verra lui être expliquée de manière très didactique par un ami [Jean-Michel Guérin].

Léo Cohen-Paperman met parfois trop d’enthousiasme dans sa volonté de produire des effets comiques ou surprenants, forçant quelque peu le trait et abusant parfois de ficelles éculées comme l’accent du dresseur allemand. Mais on lui pardonnera d’autant plus facilement cette fougue —qui va de pair avec sa jeunesse— que sa mise en scène plutôt plaisante et inventive, au sprint, s’assortit d’une direction d’acteur bien menée, avec en figures de proue Lazare Herson-Macarel, très bon dans les accents comiques de son rôle, et Morgane Nairaud, dotée d’une belle voix assurée.

Manier l’absurde et le message politique n’est pas chose aisée. Léo Cohen-Paperman et Lazare Herson-Macarel, en prenant une judicieuse distance avec le texte, présentent un CROCODILE digeste et divertissant.

—Walter Géhin, PLUSDEOFF.com

à la Caserne des Pompiers à 15h00

Festival OFF d’Avignon 2015

LE CROCODILE

Fiodor Dostoïevski

Compagnie des Animaux en paradis
Avec : Emilien Diard-Detoeuf, Clovis Fouin, Jean-Michel Guérin, Lazare Herson-Macarel, Morgane Nairaud
Mise en scène : Léo Cohen-Paperman
Traduction : André Markowicz
Adaptation : Léo Cohen-Paperman et Lazare Herson-Macarel
Collaboration artistique : Valentin Boraud
Scénographie : J-B. Bellon
Lumières : Grégoire De Lafond
Costumes : Tomoyo Funabashi

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