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Guillaume Doucet : « Aller toucher d’autres spectateurs. »

Il présentait l’an dernier, dèjà à la Manufacture, sa mise en scène audacieuse de MIRROR TEETH de l’auteur anglais Nick Gill. Lors du Festival OFF d’Avignon 2015, il sera sur la scène de la Manufacture avec l’une de ses complices du Groupe Vertigo, Bérangère Notta, à partir du 16 juillet, dans NATURE MORTE DANS UN FOSSÉ de Fausto Paravidino. Entretien avec Guillaume Doucet.

PLUSDEOFF.com : «  Pouvez-vous résumer en quelques mots le début de l’histoire de NATURE MORTE DANS UN FOSSÉ ? Quels personnages entrent en scène ? »

Guillaume Doucet : « NATURE MORTE DANS UN FOSSÉ s’ouvre sur ce qu’on pourrait sans problème appeler un beauf, dans une petite ville d’Italie, qui tombe sur le cadavre d’une jeune fille nue dans un fossé. De là une enquête policière commence, et les fils des événements connectés à cette mort vont se démêler les uns après les autres. La pièce va faire apparaître les personnages liés à cette enquête, qui vont s’adresser au public chacun leur tour pour raconter tout ce qu’ils disent, pensent et font en temps réel. Comme une entaille pour aller voir dans le cerveau de quelqu’un, puis ça coupe et on passe directement à un autre et ainsi de suite, laissant la narration, la langue et le propos se déployer petit à petit. »

PLUSDEOFF.com : « Nick Gill avec MIRROR TEETH, Fausto Paravidino avec NATURE MORTE DANS UN FOSSE, soit deux représentants de la nouvelle génération de dramaturges européens parmi vos dernières créations. Est-ce leur regard sur une société en perte de repères qui vous a intéressé au moment de choisir leurs textes ? »

Guillaume Doucet : « C’est certain qu’il y a pour moi, avec ces deux textes, une forme de connivence de regard générationnel sur la société occidentale. Mais ce n’est pas ce qui prime. J’ai trouvé récemment la même complicité avec Caryl Churchill, qui a 76 ans, et dont je m’apprête à mettre en scène la dernière pièce. Par contre, effectivement, si le propos dans ces textes est aiguisé et politique, ça m’intéresse que ce soit un regard politique des années 2000 ou 2010, qui se frotte à la société de consommation ultralibérale, à ses violences sourdes sous couvert d’une prétendue ouverture d’esprit, à son utilisation extrême des dérives de la société du spectacle, à ses principes de soi-disant intégration des minorités par le mérite, à ses différentes manières de s’acheter une conscience.
Peut-être davantage une société de récupération que de perte des repères, s’il fallait nommer quelque chose de l’air du temps. Et ce sont chaque fois des auteurs qui révèlent cette récupération avec beaucoup d’humour, qui savent très bien en repérer les codes pour mieux les exposer et les détourner. »

PLUSDEOFF.com : « Dans sa note de mise en scène de LA MALADIE DE LA FAMILLE M. à la Comédie-Française, Fausto Paravidino énonçait notamment : « Pour moi, le théâtre doit être un lieu où le public se reconnaît. » Est-ce une approche que vous partagez avec lui ? Pensez-vous que le public peut se reconnaître en certains personnages de NATURE MORTE DANS UN FOSSÉ ? »

Guillaume Doucet : « Oui, c’est quelque chose de très présent dans son écriture. On sent toujours derrière le texte une recherche documentaire, une obsession du mot juste qui va donner un précipité d’une situation ou d’un sentiment que nous reconnaissons. C’est très vrai dans NATURE MORTE… Cela fait d’ailleurs partie de l’humour de la pièce. Mais ce n’est pas pour autant une écriture tranche de vie, ses textes sont très composés, la forme compte beaucoup. »

PLUSDEOFF.com : « Dans votre mise en scène, NATURE MORTE DANS UN FOSSÉ est joué à deux (par Bérangère Notta et vous) avec peu d’accessoires et une adaptabilité aux espaces restreints. Dans quels types de configuration avez-vous été amenés à jouer la pièce ? »

Guillaume Doucet : « Nous avons créé la pièce pour être jouée à l’intérieur en tout terrain, hors des lieux culturels, même si elle s’inscrit la plupart du temps dans une programmation de saison ou de festival. Nous n’avons besoin que d’une prise de courant et de quelques mètres carrés. L’idée étant à la fois de sortir du théâtre ses spectateurs réguliers, et aussi d’aller toucher d’autres spectateurs, souvent des gens qui ne mettent pas les pieds au théâtre, et qui sont notamment attirés par la proximité géographique de l’événement et par le côté polar de la pièce. Souvent dans des endroits où “l’offre culturelle est moins importante”. Nous avons beaucoup joué en bars (ce qui donne un bon cadre naturel à l’histoire qui se déploie), quelquefois chez l’habitant, mais aussi dans des lieux plus inattendus, comme une péniche, une grange, une cave, un hangar, des lieux du patrimoine, ou même à la Cité Radieuse à Marseille.
C’est pourquoi à la Manufacture nous faisons un peu une entorse à la règle en revenant sur un plateau, mais nous la présenterons malgré tout en dispositif cabaret, avec tables et chaises sur scène, et la possibilité pour chaque spectateur d’entrer avec un verre commandé au bar. »

PLUSDEOFF.com : « DOM JUAN est votre dernière création. Comment expliquez-vous que cette pièce continue à être si prisée des metteurs en scène ? Quelle lecture en donnez-vous dans votre mise en scène ? »

Guillaume Doucet : « DOM JUAN est clairement un pas de côté pour moi qui ai l’habitude de texte archi-contemporains. C’est lié à un amour particulier de longue date pour cette pièce. J’imagine que parmi les raisons pour lesquelles elle est si prisée, il y a son étonnante modernité (le personnage en lui-même a l’air d’un personnage moderne lâché dans un monde classique), et le fait qu’elle pose problème. Des problèmes de scénographie, de regard sur le personnage qu’on n’arrive pas à juger comme un salaud ou un héros, de très belles questions de mise en scène. C’est aussi pour moi une matrice théâtrale, où on peut trouver l’origine de beaucoup de rapports de jeu plus contemporains.
La lecture que j’en donne est je l’espère multiple, moderne, très attentive à la part de comédie, l’esthétique est plutôt rock (Dom Juan pourrait être un nouveau membre des Stones), et notre version a la particularité de prendre au pied de la lettre les 5 lieux proposé par les 5 actes de la pièce, avec 5 espaces de jeu radicalement différents. Ainsi les 5 actes se passent respectivement dans le public, dans une station balnéaire peuplée, dans et autour d’une voiture décapotable, dans un sauna, et dans une église. Avec en bonus le tombeau du commandeur, un espace à lui tout seul… »

PLUSDEOFF.com : « Dans quel état d’esprit abordez-vous ce Festival OFF d’Avignon ? Le fait de jouer la deuxième moitié du OFF, du 16 au 25 juillet, modifie-t-elle votre approche ? »

Guillaume Doucet : «Nous sommes ravis d’être encore cette année à la Manufacture, dont nous admirons l’exigence artistique de la programmation, et dont nous apprécions la bienveillance et l’efficacité de l’équipe. Nous espérons retrouver des spectateurs de MIRROR TEETH, en embarquer bien d’autres, et rencontrer de nouveaux programmateurs intéressés par la question du hors les murs. Nous sommes justes très vigilants à resituer le cadre de la pièce, puisqu’elle est ici présentée hors de son contexte de diffusion habituel. D’où le choix du mode cabaret, et d’un tarif réduit (off) à 6 euros qui nous semble plus adapté à la légèreté technique du spectacle.
Quant à la deuxième moitié du festival, c’est bien sûr beaucoup plus délicat en communication. C’est là que nous avons besoin du soutien de la presse et des réseaux sociaux, et surtout de gens comme vous, qui ont vu MIRROR TEETH l’année dernière et peuvent annoncer le spectacle avec déjà un regard connaisseur, avant que nous l’ayons joué plusieurs fois pour faire nos preuves. »

—Propos recueillis par Walter Géhin, PLUSDEOFF.com

à La Manufacture à 18h30 (à partir du 16 juillet)

Festival OFF d’Avignon 2015

NATURE MORTE DANS UN FOSSÉ

Fausto Paravidino

Le groupe Vertigo

Jeu et mise en scène : Bérangère Notta et Guillaume Doucet

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