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Catherine Arditi : « Fabio a une écriture moderne, tout à fait contemporaine, et très accessible en même temps. » // Fabio Marra : « C’est une chance incroyable de travailler avec Catherine. »

Catherine Arditi rejoint Fabio Marra et sa fameuse compagnie Carrozzone Teatro, dans la dernière création du Napolitain, ENSEMBLE. Entretien croisé. 

PLUSDEOFF
Catherine, quelles circonstances vous ont menée vers ENSEMBLE, la dernière création de Fabio Marra ? Connaissiez-vous ses pièces avant d’accepter le rôle d’Isabella ?

CATHERINE ARDITI
C’est par l’intermédiaire de ma petite sœur Rachel, qui est comédienne, et qui jouait au Théâtre de Poche en même temps que Fabio et sa troupe il y a deux ans. Elle a beaucoup aimé leur spectacle, elle a sympathisé avec eux. Elle a lu le texte de ENSEMBLE, et elle m’a appelé en me disant : « Il y a un rôle pour toi, c’est formidable, c’est exactement pour toi, lis cette pièce, lis cette pièce ! » J’ai lu la pièce et effectivement j’ai tout de suite accroché au texte, j’ai trouvé que c’était vraiment très très bien écrit. Fabio a une écriture moderne, tout à fait contemporaine, et très accessible en même temps. On passe du rire aux larmes, c’est très italien. Ça, c’est la première chose qui m’a donné envie de la jouer, je trouve que son écriture est formidable. Ensuite, le sujet, sur la différence, sur le handicap. J’ai appelé Fabio et nous nous sommes rencontrés. Mais je dois dire que je ne connaissais pas son travail avant.

PLUSDEOFF
Fabio, le personnage principal de ENSEMBLE, Isabella, est-il un nouveau personnage de femme forte qui vient s’ajouter à d’autres croisés au fil de vos pièces ?

FABIO MARRA
Dans le répertoire du théâtre mondial, il y a très peu de personnages féminins qui sont affirmés. Ils sont parfois affirmés d’un point de vue moral, mais ces personnages ne portent pas l’histoire. Dans la plupart des histoires où il y a une femme comme élément central, j’ai l’impression qu’il y a un jugement d’un point de vue masculin. Mon but, ce n’est pas d’amener un regard masculin sur un personnage féminin, mais de donner l’impression que le rôle a été écrit d’un point de vue féminin.
J’écris souvent en sachant qui va jouer. Je demande aux acteurs qui veut participer à la prochaine création, je m’inspire des comédiens. Par exemple j’essaie de confier à Sonia Palau, qui est très présente dans la compagnie, des rôles importants. Cette fois-ci, nous avons la chance d’avoir avec nous Catherine Arditi, et de pouvoir aller encore plus loin vers quelque chose de dramatique, d’être moins dans le tragi-comique. Il y a aussi du rire, mais la confrontation entre les deux femmes, la fille et la mère, installe une tension presque permanente. 

PLUSDEOFF
Plus spécifiquement, est-ce que Catherine Arditi a influencé votre manière de travailler ?

FABIO MARRA
J’ai écrit le personnage avant de la rencontrer, ensuite j’ai effectué une réécriture. Mais je le fais à chaque fois: pendant les répétitions, j’observe et j’essaie de réécrire. Cela les énerve beaucoup, toutefois cela permet d’utiliser « les cordes » des comédiens. C’est comme écrire pour un piano puis entendre le morceau joué par un violon, et trouver que c’est mieux et réécrire pour le violon la partition.
C’est une chance incroyable de travailler avec Catherine Arditi. Si on est intelligent, on essaie de voler le métier à tout le monde. J’apprends de tous les comédiens à chaque fois, je suis ouvert à toutes leurs propositions, et peut-être encore plus avec Catherine. Parfois, elle dit une phrase à la place d’une autre et c’est beaucoup mieux, ou elle trouve une autre intonation, amenant quelque chose de plus fort. C’est un privilège de travailler avec elle, une chance d’apprendre beaucoup de choses.

PLUSDEOFF
Catherine, du point de vue du jeu, en quoi le personnage d’Isabella est-il intéressant à travailler et à interpréter ?

CATHERINE ARDITI
Pour moi, Isabella est un genre de mère courage moderne, c’est une femme qui prend tout en main, tout en charge. C’est un très beau personnage de femme d’abord, de mère en particulier. Quelqu’un de très courageux, qui peut avoir aussi certains aspects monstrueux d’ailleurs. Elle forme un couple avec son fils, une espèce d’osmose. Il n’y a pas beaucoup de place pour sa fille… C’est un rôle intéressant à interpréter parce qu’il y a beaucoup de diversité dans ce personnage.

PLUSDEOFF
Fabio, quel type de metteur en scène êtes-vous ?

FABIO MARRA
Sévère ! (rires) Je partage le travail en deux parties. Dans la première partie, j’écris et j’essaie d’être très précis, je laisse très peu de liberté. Ensuite, je laisse les comédiens, je les abandonne un peu. Il faut alors qu’ils se libèrent de toutes les contraintes que je leur ai données. C’est important pour moi de les laisser travailler dans la tranquillité, dans la bonne humeur, plutôt que dans la frustration. Les comédiens s’approprient cette structure très précise, c’est à eux d’amener leurs propositions. C’est un dialogue continu où ils ont beaucoup d’espace.

PLUSDEOFF
Catherine, quels sentiments vous animent à l’approche du Festival ?

CATHERINE ARDITI
Il y a cinq ans, j’étais au OFF au théâtre du Petit Chien. J’y adaptais des textes de Shakespeare, en chansons, dans une mise en scène de Frédéric Baptiste que j’avais connu sur CABARET. Je produisais le spectacle, j’étais seule avec mon pianiste, j’avais tout sur le dos en quelque sorte. Cette année, je ne suis qu’actrice, c’est plus simple. Le fait de jouer à 19h35, à la fraîche, a achevé de me convaincre.

PLUSDEOFF
Fabio, votre compagnie Carrozzone Teatro est une habituée du OFF et du théâtre La Luna. Quels sont vos meilleurs souvenirs au Festival ?

FABIO MARRA
Des premières à Avignon où le public fut très enthousiaste. On ne s’y attend pas, et on voit le public debout. L’année dernière, c’était incroyable, on avait très peur avec DANS LES CHAUSSURES D’UN AUTRE, parce que ça parle d’identité, de transsexualité, tout le monde me disait : « Il ne faut pas aller à Avignon avec ce spectacle », et en fait nous avons été complets huit jours à l’avance ! Avignon est un lieu extraordinaire de rencontre. J’ai rencontré des personnes qui m’ont aidé, qui m’ont conseillé, qui m’ont donné envie de continuer.
Je me rappelle d’une phrase de mon frère venu me voir à Avignon : « Mais, c’est bizarre, les gens ne vont pas à la plage ! » En effet, la chose la plus étonnante pour moi, c’est qu’en juillet les gens sont prêts à s’enfermer dans des salles pour voir des histoires. Il y a beaucoup d’envie de théâtre dans les rues, de générosité des gens à découvrir les pièces. Mais je reste superstitieux, je me dis : « Ils vont m’oublier. »

PLUSDEOFF
Catherine, prévoyez-vous d’aller voir d’autres pièces lors du Festival ?

CATHERINE ARDITI
J’espère bien ! J’ai beaucoup d’amis qui vont jouer à Avignon. Ma petite sœur va jouer d’ailleurs, dans LES FEMMES ET LES ENFANTS D’ABORD (au théâtre des 3 Soleils à 14h00, ndlr), je vais certainement aller la voir. Dans le IN, je voudrais aller voir les Shakespeare car je suis une inconditionnelle de Shakespeare. Cet horaire de 19h35 permet d’aller voir des spectacles en soirée. Peut-être que j’irai voir un ou deux spectacles vers midi, mais juste avant nos représentations, non, cela me déconcentrerait.

PLUSDEOFF
Fabio, un mot sur un autre Fabio, Fabio Gorgolini, avec lequel vous avez travaillé à l’écriture de PRÊT-À-PARTIR, un artiste que le public, et je me range de son côté en ceci, apprécie beaucoup, à Avignon et ailleurs ?

FABIO MARRA
Nous sommes arrivés en même temps à Paris, nous étions dans la même classe de théâtre. Après quatre ans avec FABULA BUFFA, Fabio voulait créer un spectacle. Je lui ai dit de commencer à l’écrire, ensuite il m’a demandé mon aide et nous l’avons écrit à deux. Nous étions en Espagne, son projet était un peu fou car il m’a demandé d’écrire une farce psychologique, visuelle et corporelle… Je lui ai demandé : « Tu veux rajouter encore des choses ? » Au départ, c’était très difficile. Il voulait travailler sur le voyage, on a écrit une dizaine d’idées, même plus. L’an dernier, à Avignon, il me parlait du spectacle chaque soir, après les représentations, il me disait : « J’ai besoin d’une réplique ! » La compagnie de Fabio (Teatro Picaro, ndlr) est composée de personnes qui mettent sans cesse les mains à la pâte, toujours en train de travailler. J’étais sûr de réussir à écrire avec lui, et qu’ils réussiraient à défendre le texte. Nous venons de réécrire le personnage de la femme, en lui donnant plus d’espace. Je l’ai vu la semaine dernière à Versailles : c’était émouvant parce qu’il y avait 700 personnes debout à applaudir.

PLUSDEOFF
Catherine, en tant que spectatrice, quels sont vos goûts au théâtre ?

CATHERINE ARDITI
J’aime tout ! Je ne suis contre rien, j’aime tout. Je regrette qu’en France on cloisonne souvent les choses. En Angleterre, les acteurs passent d’une comédie de boulevard à une pièce de Shakespeare, ou à une comédie musicale, et personne ne leur en veut, tout le monde trouve cela normal. Ici, on vous cantonne dans des emplois : ou vous êtes au théâtre privé et vous ne pouvez plus travailler dans les théâtres subventionnés, ou c’est l’inverse. Je trouve ça dommage, parce qu’il y a des choses formidables partout. J’espère continuer à avoir cette curiosité très longtemps, cette ouverture d’esprit, je trouve que cela est important pour un acteur. J’aime beaucoup Pommerat, Olivier Py, Ladislas Chollat… Par ailleurs, que le Festival OFF ait permis à de jeunes compagnies d’émerger, je trouve cela très positif.

PLUSDEOFF
Fabio, envisagez-vous de retrouver un jour, en tant qu’homme de théâtre, votre ville de Naples, ou la France est-elle définitivement votre pays d’adoption ?

FABIO MARRA
Vous allez me faire pleurer ! Naples me manque beaucoup ! Mais la France m’a adopté, elle m’a donné des chances incroyables depuis plusieurs années. Je suis publié par une maison d’édition, il y a de nombreuses personnes qui me suivent… J’ai une envie immense de retourner chez moi, tous les jours, il n’y aurait rien de mieux pour moi que de faire du théâtre en Italie, mais le problème c’est qu’en Italie, même les têtes d’affiche ont du mal à remplir les salles. Je pense que c’est très difficile d’y avoir une chance avec des créations. C’est compliqué, presque impossible. Et mon caractère me pousse à grimper les marches… 

—Propos recueillis par Walter Géhin, PLUSDEOFF


ENSEMBLE / Carrozzone Teatro / de : Fabio Marra / m.e.s : Fabio Marra / avec : Catherine Arditi, Sonia Palau, Floriane Vincent et Fabio Marra.

Festival d’Avignon OFF 2015 / Théâtre La Luna / à 19h35.

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