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Marien Tillet : « J’aime cette liberté que le conte propose. »

Ulysse ne se présentera pas sur son trente et un à La Manufacture d’Avignon cet été : ULYSSE NUIT GRAVEMENT À LA SANTÉ propose une relecture de son mythe qui promet d’être tonique, sous la plume, le slam et le violon —qu’accompagnera à la guitare Mathias Castagné, notamment croisé au fil des créations de la Compagnie Viva— du conteur Marien Tillet, qui nous accorde cet entretien.

PLUSDEOFF.com : « Quelles circonstances et quelles aspirations vous ont amené à la profession de conteur ? Avez-vous eu la tentation d’opter pour celle de comédien, ou bien une frontière nette s’est-elle dessinée en vous très rapidement ? »

Marien Tillet : « Je pense qu’au départ c’est l’envie de l’écriture qui m’a poussé vers le conte. Mais comme je suis quelqu’un qui a beaucoup de mal à mettre un point final, la liberté du récit vivant m’a beaucoup plu car tout est toujours en évolution et la version définitive n’existe pas.
J’ai pratiqué la danse, j’ai fait de la marionnette contemporaine, je suis allé vers d’autres disciplines artistiques que le conte pour me nourrir. Mais j’aime cette liberté que le conte propose, celle d’être au service d’une histoire qu’on écrit soi-même et qui repose sur l’idée que la personne qui parle sur scène n’est pas un personnage fictif mais quelqu’un de réel qui prend la responsabilité des mots qu’il choisit. Le travail de comédien est important pour le conteur, il est comme la technique, seconde mais pas secondaire. »

PLUSDEOFF.com : « Dans ULYSSE NUIT GRAVEMENT A LA SANTÉ, vous contez avec une diction propre au slam. En mettant de côté l’angle particulier sous lequel vous abordez le mythe d’Ulysse, le slam est-il un moyen de susciter l’intérêt d’un public qui pourrait être rebuté par le côté classique du personnage et de son histoire ? »

Marien Tillet : « Je ne vois pas les choses comme ça. Je pense que L’Odyssée, aussi classique soit-elle, est une histoire excellente. Nous la traitons par le biais d’une musicalité de la parole de type slam ou spoken word parce ça fait partie des codes poétiques d’aujourd’hui. On se dit que si Homère avait vécu en 2015, sa langue poétique, sa métrique, aurait peut-être été inspirée par celle des musiques actuelles. »

PLUSDEOFF.com : « Passons maintenant à votre relecture du mythe d’Ulysse. Vous opposez notamment Ulysse aux « figures de héros lisses et sans substance qu’on nous propose aujourd’hui. » N’est-ce pas plutôt une tendance actuelle que de révéler la part sombre, ou fragile, des héros populaires, comme c’est le cas de Batman dans THE DARK KNIGHT RISES, ou de James Bond dans SKYFALL ? Le public n’est-il pas justement lassé des héros lisses et invincibles, ce qui pourrait expliquer le succès de GAME OF THRONES et de ses personnages parfois éphémères et toujours partagés entre ombre et lumière ? »

Marien Tillet : « C’est intéressant comme question parce qu’il y a cette tendance au cynisme des personnages, à ceci près que dans les séries américaines ou dans les films, ça ne tient jamais très longtemps : on nous fait toujours le coup de « Il est mauvais et égoïste mais finalement il a un grand coeur. » Et on passe des épisodes entiers à nous expliquer pourquoi il est devenu comme ça. C’est le délire protestant américain nourri de psychanalyse. Docteur House est finalement une fleur bleue mais il s’en cache, Batman est un justicier sanguinaire mais finalement il pardonne, quant à Skyfall, tout est mis en scène pour nous prouver que derrière cet agent exécutant qu’est James Bond, il y a en fait un petit garçon qui aurait pu avoir une douce enfance…
Nous ne révélons pas la part sombre d’Ulysse pour finalement le rendre « comestible » et sympathique à la fin. Nous mettons en avant que Ulysse (comme beaucoup de héros grecs) est en fait égoïste, arrogant et vengeur. Contrairement à ce qu’on nous fait croire dans de nombreuses adaptations. Le massacre des prétendants en est une preuve redoutable. »

PLUSDEOFF.com : « Comment votre collaboration avec le musicien Mathias Castagné s’est-elle articulée lors de la construction de ce spectacle ? Est-il intervenu dès l’écriture du texte, ou bien son écriture musicale est-elle venue se greffer au texte en même temps que votre partition au violon ? »

Marien Tillet : « Nous avons tout fait en même temps. J’aime et je défends l’idée d’écriture globale. À la Compagnie Le Cri de l’Armoire on essaie de faire en  sorte que l’écriture vienne du plateau de répétition et non pas de quelque chose qui aurait été écrit dans un bureau au calme.
Les répétitions se déroulaient ainsi : Mathias Castagné commençait à improviser musicalement, et en fonction de comment la musique résonnait en moi, j’optais pour tenter tel ou tel épisode de l’Odyssée. Nous enregistrions à peu près une heure de matière d’improvisation par épisode, puis après nous écoutions, ré-improvisions, ré-écoutions jusqu’à trouver un équilibre et un timing. C’est une manière de travailler assez juste pour nous au sens où chaque chose qui a été dite-jouée est plus souvent organique qu’intellectuelle. De ce fait, c’est beaucoup plus facile à travailler comme matière et beaucoup plus naturel à refaire. »

PLUSDEOFF.com : « Quels sentiments vous animent à l’approche de ce 50ème Festival OFF d’Avignon ? Jouer du 5 au 14 juillet vous le fait-il envisager autrement par rapport au marathon que peut représenter un OFF complet ? »

Marien Tillet : « Un sentiment d’excitation évidemment. Les séries sont rares pour les conteurs qui s’adressent au public adulte. La perspective de jouer 10 fois de suite est passionnante car c’est l’occasion de confronter le spectacle à la répétition. C’est l’enjeu du spectacle vivant : comment être précis et exigeant tout en restant vivant et éveillé à l’instant présent, en adresse aux spectateurs qui sont en face de nous.
Quant à la question du marathon, j’ai joué un spectacle dans le Off en 2012 (un thriller-conférence appelé APRÈS CE SERA TOI) et je pense que l’énergie dans la préparation est la même et au final, si nous le pouvions, nous aimerions jouer la série entière ! »

 

—Propos recueillis par Walter Géhin, PLUSDEOFF.com

à la Manufacture à 18h45

(du 5 au 14 juillet)

Festival OFF d’Avignon 2015

ULYSSE NUIT GRAVEMENT À LA SANTÉ

Compagnie Le Cri de l’Armoire

De : Marien Tillet
Avec : Marien Tillet (récit et violon) et Mathias Castagné (guitare)
Son et lumières : Alban Guillemot

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