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Florence Camoin : « Un artiste, c’est un exemplaire unique. »

Tombée toute petite dans la marmite du théâtre, un théâtre majuscule puisque porté par de grands noms, elle ne s’arrêta point en si bon chemin, optant pour l’écriture et la mise en scène. Directrice artistique du Théâtre de Saint-Maur depuis 2008, elle présente deux mises en scène lors du Festival OFF d’Avignon 2015 : celle de CIEL ! NOS MARIS ! (au théâtre Notre-Dame à 14h25) et celle de LA RELIGIEUSE (à l’Espace Roseau à 17h20.) Entretien avec Florence Camoin.

PLUSDEOFF.com : « Votre père, René Camoin, a notamment été sociétaire de la Comédie-Française, de 1957 à 1980. Sont-ce des pièces du Français qui occupent vos premiers souvenirs de théâtre ? »

Florence Camoin : « Exactement ! J’ai eu la chance de cavaler toute petite dans les couloirs de la Comédie-Française. Mon père avait une loge à l’étage de mademoiselle Mars. Dès l’âge de quatre ans, j’ai pu découvrir tout le répertoire de Molière. Mon père a joué le Malade Imaginaire avec Françoise Seigner. J’ai fait du vélo de course sur cette scène prestigieuse à l’occasion du Noël des enfants des artistes. Je me suis retrouvée dans l’ascenseur entre la scène et les loges entourée par George Descrières qui venait de jouer Don Juan et mon père en costume de Sganarelle. Je me souviens des dalmatiens de Jacques Charon et des magnifiques robes de Geneviève Casile. Je garde un souvenir ému d’un vieux monsieur qui dégageait un immense charisme et qui jouait le maître de philosophie aux côtés de mon père qui jouait monsieur Jourdain du Bourgeois gentilhomme au festival de Lectoure. C’était Fernand Ledoux ! Je me souviens très bien aussi des Fourberies de Scapin sous un chapiteau où tous les sociétaires étaient habillés en clowns avec des acteurs comme Francis Perrin, André Dussollier, Bernard Alane autour de mon père dans le rôle d’Argante et d’Alain Pralon dans le rôle de Scapin… La liste est longue de mes souvenirs et de nombreuses anecdotes… »

PLUSDEOFF.com : « Au fil des pièces dont vous êtes l’auteur, on croise Vauban, Marie-Antoinette, Diderot, Malesherbes… Les XVII et XVIIIème siècles vous passionnent-ils, et si oui pourquoi ? »

Florence Camoin : « C’est l’histoire qui me passionne, la rencontre entre la réalité, les traces qui nous restent de cette réalité et les questions qui m’assaillent sur l’histoire de l’humanité. Enfant déjà, j’avais de grandes conversations avec des célébrités historiques. J’essaye de comprendre et je les observe, avec mon regard de femme d’aujourd’hui, avec beaucoup d’étonnement quand je constate la modernité de leurs propos, et avec beaucoup de rage quand je découvre des idées prémonitoires qui n’ont pas été écoutées par ceux qui avaient le pouvoir d’agir. Je suis très fière quand les spectateurs me disent que mes textes parlent d’aujourd’hui. Les erreurs du passé se répètent à l’infini ! C’est ce qui m’interpelle le plus. Emprunter la machine à remonter le temps est un exercice qui me fascine. Je n’ai pas de siècle de prédilection ! C’est plutôt le hasard des rencontres qui me guide. Pour Delacroix, la découverte des lettres de son amante Joséphine de Forget, pour Vauban, une commande d’écriture qui m’a permis d’avoir accès à une multitude d’archives et de tomber amoureuse de cet immense humaniste proche de Louis XIV et conséquence logique, la rencontre avec Malesherbes, grand politique dont on ne connaît pas assez les idées. C’est à mon sens un digne héritier de Vauban et “Les Oisivetés” de monsieur de Vauban font écho aux “Avertissements de Cassandre” de Malesherbes, deux ouvrages conservés au fond Rosanbo. “La religieuse” de Diderot m’interpelle terriblement après les événements qui ont marqué le début de l’année : la question des croyances et des religions dans l’histoire de l’humanité, vectrices de haine ou d’amour ? »

PLUSDEOFF.com : « Vous présenterez deux mises en scène lors de la 50ème édition du Festival OFF d’Avignon, celle de LA RELIGIEUSE, d’après Diderot, et celle de CIEL ! NOS MARIS !, qui réunit Feydeau et Offenbach, et ce après d’autres OFF où vous mettiez aussi en scène. Le OFF est-il un passage obligé pour assurer une carrière pérenne à un spectacle, même quand, comme dans votre cas avec le Théâtre de Saint-Maur, on dirige un théâtre ? »

Florence Camoin : « Le Festival d’Avignon, c’est une grande fête du spectacle vivant où tous les artistes peuvent se retrouver. C’est un lieu magique où le public, les artistes et les programmateurs se rencontrent facilement sans distinction de chapelles. Toutes les régions françaises sont représentées. C’est pour moi l’occasion de rencontrer des écritures, des idées, des projets… Aucun passage n’est obligé. C’est le désir de partager qui me pousse à ne manquer ce rendez-vous sous aucun prétexte. »

PLUSDEOFF.com : « Quel type de metteur en scène êtes-vous ? »

Florence Camoin : « Pour moi, un artiste, c’est un exemplaire unique. Il est artiste parce qu’il ne correspond à aucun type. Il ne rentre pas dans un cadre. L’originalité, la différence doivent être cultivées. Il est certain qu’on peut me comparer à d’autres et que, comme je disais plus haut, l’histoire se répète. J’essaye que chacune de mes créations corresponde au message et au sous-message, personnel ou universel, que je désire faire passer consciemment ou inconsciemment. Rien n’est anodin. La direction d’acteur est pour moi essentielle, prioritaire. La façon de parler, les temps, le sens qu’on donne aux mots, c’est crucial pour moi. Ensuite, j’adore travailler avec une équipe, partager des idées, réfléchir à l’espace qui va environner mes acteurs, chercher de nouvelles pistes pour que rien ne soit figé et que je puisse travailler dans l’espace avec un maximum de liberté. Donc, voyez, je correspond certainement à un ou plusieurs types de metteur de scène avec ma petite touche personnelle, j’espère… »

PLUSDEOFF.com : « Cette interview suit de peu celle du comédien Alexis Moncorgé, que vous dirigez dans votre pièce LE BONHEUR DES DAMES DE ZOLA. Quelles sont les qualités qui le distinguent ? Est-il selon vous l’un des grands espoirs de la scène française ? »

Florence Camoin : « Et comment ! Je l’ai rencontré grâce à Caroline Darnay. Il avait 26 ans et je lui ai donné un rôle de maturité. Octave Mouret aurait plutôt dans les 35 ans. Alexis a dépassé mes espérances. Je lui ai demandé beaucoup et il m’a donné plus. C’est un bosseur. Il a un charisme incroyable et il crée autour de lui une ambiance de travail chaleureuse et solide. Pour les comédiens qui jouent avec lui, c’est un plaisir, ils vous le confirmeront. Oui, c’est un des grands espoirs de la scène française et je suis très fière qu’il ait eu sa première nomination aux Molières dans ma mise en scène. »

PLUSDEOFF.com : « Quels sont vos projets d’écriture et de mise en scène ? »

Florence Camoin : « Je viens de mettre en scène George Dandin tout récemment et en novembre, je monte deux proverbes de Musset “Il ne faut jurer de rien” et “On ne saurait penser à tout” à Saint-Maur. J’ai six spectacles actuellement disponibles en tournée ce qui me laisse peu de temps pour l’écriture et la recherche. Je travaille actuellement sur deux projets d’écriture dont je préfère pour le moment garder le secret. »

—Propos recueillis par Walter Géhin, PLUSDEOFF.com

CIEL ! NOS MARIS !

Feydeau, Offenbach

Mise en scène : Florence Camoin

Avec :  Sarah Bloch, Benjamin Athanase, Laura Marin, Arnaud Masclet, Marie-Clotilde Matrot, Charlotte Gauthier

Création lumière :  Guillaume Rouchet

 

LA RELIGIEUSE

Denis Diderot

Mise en scène : Florence Camoin

Avec :  Olivia Demorge, Anna Strelva, Laurent Feuillebois

Création lumière :  Anne Gayan

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