Pauline_Bolcatto_comedienne

Pauline Bolcatto : « Le Festival demande énormément de force physique. »

Formée au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique sous la direction de Daniel Mesguich et Sandy Ouvrier (promotion 2013), elle déploie d’éblouissantes promesses dans le rôle d’Hermione, dans ANDROMAQUE (la critique) mis en scène par Anthony Magnier et joué à 16h50 au Théâtre de l’Oulle lors du prochain Festival OFF d’Avignon. Entretien avec la comédienne Pauline Bolcatto.

PLUSDEOFF.com : « De quelle manière s’est modelé votre désir de devenir comédienne ? »

Pauline Bolcatto : « À vrai dire, comme beaucoup de comédiens, il m’est difficile de déterminer le début de ce désir. J’ai commencé à suivre des cours à 5 ans, mais à l’époque je rêvais d’écrire des romans, ou de réaliser des films, j’aimais imaginer toutes sortes d’histoires… Plus tard, vers mes 17 ans, j’ai fait une option théâtre au lycée avec une pédagogue extraordinaire, Marion Ferry. C’est là que j’ai réellement découvert la richesse de notre culture théâtrale. Un camarade, qui m’avait vue travailler dans des exercices d’interprétation en classe, m’a proposé de jouer dans son spectacle. Il m’a écrit une très belle lettre sur le métier d’acteur pour que j’accepte. Il fallait que ce soit un choix de vie. J’ai pris deux jours pour réfléchir, ce choix allait être un véritable virage et je voulais en être sûre, je choisissais mon métier. J’ai lu sa lettre, j’ai lu la pièce, j’ai eu envie de la dire, et j’ai accepté. La troupe, composée de jeunes gens du même âge, se retrouvait le soir après l’école, parfois jusque tard, les week-ends et pendant les vacances scolaires. Il ne pouvait rien m’arriver de mieux, ni de plus passionnant. Nous n’étions jamais fatigués de répéter. Nous sommes restés amis depuis ce jour et je fais encore partie de cette troupe ; aujourd’hui elle s’appelle le Nouveau Théâtre Populaire. »

PLUSDEOFF.com : « Qu’est-ce qui vous a séduit dans le projet d’Anthony Magnier de monter ANDROMAQUE ? »

Pauline Bolcatto : « Racine. La pièce. L’alexandrin. Hermione.

C’est tout ce que je peux vous dire car avant le début des répétitions, je ne connaissais pas encore mes partenaires de jeu —Nathalie, Moana, Julien et Anthony— mais c’eut été une très bonne raison !

De même, pour ce qui est de la mise en scène, je n’en avais aucune idée car elle n’existait pas encore. Anthony aime inventer avec les répétitions. Il ne veut pas détacher la mise en scène de la direction d’acteur ou de la création sonore. Mathias (le musicien du spectacle) était là dès notre première répétition. C’est aussi à ce moment-là qu’Anthony a commencé à rêver les lumières (Marc), les costumes (Mélisande) et la scénographie (Maxime). Il est aussi toujours en étroite collaboration avec Cécile, Michaella et Agathe pour la partie administrative, afin qu’elles aient une connaissance profonde du spectacle tout au long de son élaboration. Bien sûr, Anthony a des intuitions avant que le travail ne commence, mais il préfère les laisser de côté, en tout cas au début, pour inventer au fur et à mesure. Il construit ainsi le dialogue dont il rêve entre les différents éléments scéniques. C’est pour lui la démarche de création la plus juste, sans doute aussi pour que les idées se nourrissent les unes des autres. »

PLUSDEOFF.com : « Quelle lecture du personnage d’Hermione avez-vous effectuée avec Anthony Magnier ? Quels aspects de votre jeu avez-vous particulièrement travaillés ? »

Pauline Bolcatto : « Je dirais que, sur ce spectacle, c’est une forme de souplesse de jeu qu’il m’a demandée. En tout cas, c’est ce qu’il m’a fait travailler. Il m’a fait reprendre les scènes avec des intentions très différentes à chaque fois. Il voulait en explorer les diverses possibilités d’interprétation. Et en effet, nous étions surpris des différents sens que pouvait porter chaque vers. Il a choisi, pour Hermione comme pour tous les rôles, de les penser comme le développement d’intériorités, dans une certaine situation tragique. Il voulait que nous partions de nous et de la situation. Ça n’était pas un travail sur la musicalité du vers, il nous a d’ailleurs demandé de ne pas respecter les règles classiques qu’implique l’alexandrin, il cherchait à ce que celui-ci soit plus concret en en rompant les codes. C’est un peu déroutant au début car je n’avais jamais travaillé le vers ainsi, que ce soit avec ma troupe ou au Conservatoire, c’était pour moi un tout nouveau parti pris, et j’ai trouvé intéressant de pouvoir m’y confronter. Anthony voulait une Hermione amoureuse, certes fière et violente mais totalement légitime dans sa tragédie. »

PLUSDEOFF.com : « Bien que de dos et drapée des vapeurs d’un bain, vous apparaissez nue un court instant. Est-ce une scène difficile à jouer ? »

Pauline Bolcatto : « Cela dépend beaucoup des acteurs mais pour moi, il s’agit là d’une nudité de jeu. Le jeu passe avant le fait d’être nue. C’est une nudité très différente de celle que l’on connaît dans notre vie privée. Avec les répétitions, cela devient très vite comme un costume. De plus, dans l’équipe —que ce soit mes partenaires de scène ou Yves le technicien de plateau— il y a toujours eu un respect naturel qui permet d’éviter tout malaise. Enfin, c’est peut-être absurde, mais je me sens plus intimidée quand on me demande de manger devant un public… À chacun ses pudeurs ! On apprend toujours à les apprivoiser… »

PLUSDEOFF.com : « Dans quel état d’esprit abordez-vous le Festival OFF d’Avignon, qui a une réputation d’exigence pour les compagnies ? »

Pauline Bolcatto : « Le Festival —comme toute expérience— est un grand plaisir qui a ses difficultés.

Un grand plaisir parce qu’il est chargé d’une magnifique histoire, très riche. Aussi parce que cette histoire, les hommes et femmes de théâtre ont su la réinventer chaque année, et c’est chaque fois très émouvant de la voir si vivante. De plus, il se déroule dans une très belle ville, colorée pendant un mois de multiples créations : autant de rêves que d’artistes. On s’y abreuve de textes et de spectacles, c’est toujours plein de découvertes. On y rencontre beaucoup de personnes, en discutant des spectacles que l’on a vus, autour d’un verre ou à l’ombre des arbres. C’est une grande fête du théâtre !

Quant aux difficultés, elles concernent un peu plus les coulisses du métier. Faire le Festival est souvent une vraie prise de risque financier pour les compagnies. Elles travaillent évidemment à vendre leurs spectacles, mais la concurrence est rude car le nombre de compagnies est important. Le Festival est aussi un moment de l’année qui demande énormément de force physique. Il faut bien s’organiser pour gérer correctement la fatigue. Accepter l’urgence d’installation des décors en un temps record, l’absence de temps pour se concentrer ou s’échauffer au théâtre avant de jouer… »

PLUSDEOFF.com : « Vous avez mis en scène JE ME MÉTAMORPHOSE, d’après Ovide, il y a quelques années dans le cadre du Festival du Nouveau Théâtre Populaire. Qu’avez-vous appris de cette première expérience, vous a-t-elle donné envie de poursuivre dans cette voie ? »

Pauline Bolcatto : « JE ME MÉTAMORPHOSE est un spectacle jeune public que nous avons coécrit avec Julien Campani à partir de trois Métamorphoses d’Ovide. Tout l’enjeu était de faire un travail d’écriture, questionner notre langue contemporaine en la confrontant à une certaine poétique propre au conte mythique. Ce spectacle a été créé dans un cadre très particulier qui est le NTP, un festival dans le Maine-et-Loire que nous avons fondé avec ma troupe —celle dont je vous parlais au début de notre entretien— et qui se déroule au mois d’août. Le NTP fonctionne par la responsabilité collective de 20 personnes, c’est sans doute ce qui en fait l’endroit où je me confronte le plus à cette question : comment être artiste aujourd’hui ? C’est là que j’éprouve la question de mon engagement vis-à-vis de la troupe, engagement artistique intellectuel et politique. Aussi, il m’était important pour travailler à mon rôle d’artiste d’expérimenter mon métier sous ses différents angles, et la mise en scène en faisait partie. Cela m’a apporté un nouveau regard sur les comédiens dans le processus de création, et sur toutes les responsabilités que soulève un spectacle dans sa réalisation. Aujourd’hui, mon métier reste celui d’interprète, mais j’ouvre régulièrement la question de l’interprétation à d’autres formes en organisant de petits groupes d’écriture, ou en apportant un regard à des répétitions lorsque l’on m’y invite. La question de la mise en scène va se poser à nouveau c’est certain, mais elle doit venir d’une impulsion, elle doit découler de ma recherche et par là trouver sa nécessité. »

—Propos recueillis par Walter Géhin, PLUSDEOFF.com

ANDROMAQUE

Compagnie Viva

Mise en scène : Anthony Magnier

Avec : Pauline Bolcatto (Hermione), Moana Ferré (Andromaque), Nathalie Lucas (Les Confidents), Anthony Magnier (Pyrrhus) et Julien Saada (Oreste).

Scénographie : Anthony Magnier et Maxime Kurvers

Création sonore et musique : Mathias Castagné

Création et régie lumière : Marc Augustin-Viguier

Effets scéniques et régie plateau : Yves Derrien

Costumes : Mélisande De Serres

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