Violaine_Arsac_theatre

Violaine Arsac : « Entre la peur et la foi, je choisis la foi. »

Lors de ce 50ème Festival OFF d’Avignon, elle sera sur la scène de La Luna, à 12h45 salle 1, dans la pièce TANT QU’IL Y A LES MAINS DES HOMMES, dont elle signe l’adaptation et la mise en scène. Entretien avec Violaine Arsac (crédit photo: Kasia Kozinski.)


 
PLUSDEOFF.com : « TANT QU’IL Y A LES MAINS DES HOMMES a été conçu à partir de textes de Tahar Ben Jelloun, Christian Bobin, Romain Gary, Nancy Huston et Leila Sebbar, Amin Maalouf, Théodore Monod et Pablo Neruda, ainsi qu’un texte dont vous êtes l’auteur. Quel est le fil conducteur du spectacle, et en quoi a consisté votre travail d’adaptation ? »

Violaine Arsac : « Ce spectacle raconte l’histoire de quatre individus qui se débattent chacun avec une identité complexe, du fait d’un exil, d’une différence ou d’un chemin de vie particulier. Ces protagonistes, deux hommes et deux femmes, vont être amenés à se rencontrer : la dérive de l’un va alors faire écho aux interrogations de l’autre, qui vont elles-mêmes faire résonner les doutes ou les désirs du troisième, etc. Par ailleurs, ces quatre personnages vont également croiser la route d’un cinquième qui s’affirme, quant à lui, porteur de sagesse et de sérénité en toutes circonstances, ce qui va les déranger, les bousculer, mais dans tous les cas les faire évoluer. En fait, il va se passer ce qui se passe dans la vie : souvent les rencontres les plus fortes, qu’elles soient de grandes amours ou de puissants conflits, ne nous laissent pas indemnes mais peuvent modifier notre vision de nous-mêmes et du monde.

Le travail d’adaptation autour de ces auteurs, qui se sont tous interrogés sur la notion d’Identité, a consisté à choisir des passages de textes (parmi une liste d’ouvrages dont les références sont indiqués sur notre site internet) qui m’ont semblé emblématiques des questionnements identitaires. Et je n’ai pas manqué de matière, puisque j’ai trouvé quantité de réflexions passionnantes sur ce qui construit l’identité d’un homme, ce qui peut la mettre en péril, ce qui peut nous rassembler en tant que citoyens du même monde, ou au contraire nous diviser quand on se replie sur nos réflexes identitaires. Sur la transmission également, qui est un autre thème essentiel de ce spectacle : que laisse-t-on après soi ?
J’ai ensuite écrit ce qui fait lien entre ces différents textes et constitue la trame du spectacle, c’est-à-dire les histoires de chacun des personnages et les dialogues de leurs rencontres. L’idée étant de respecter les mots des auteurs tout en donnant au spectateur l’impression qu’il n’y a qu’une seule écriture.

L’Identité est une question qui touche tous les débats qui traversent actuellement notre société, puisqu’elle peut être liée à nos origines géographiques, notre préférence sexuelle, notre religion, etc.
Et je sais que certaines phrases du spectacle vont résonner différemment cette année parce qu’entre-temps, il y a eu janvier 2015. L’un des personnages reprend par exemple ce qu’Amin Maalouf a écrit dans son livre Les Identités meurtrières : ‘Parce que si l’on ne se reconnaît que dans une seule appartenance et que celle-ci est attaquée, alors tout dérape. Si on réduit l’identité à une religion ou une nationalité, on peut transformer les hommes en tueurs, ou en partisans des tueurs.’ »

PLUSDEOFF.com : « Comment le spectacle a-t-il été accueilli par le public lors de sa création au théâtre La Luna lors de l’édition précédente du Festival OFF d’Avignon ? »

Violaine Arsac : « Nous avons eu la chance de bénéficier d’un accueil du public absolument formidable. Nous avons affiché complet dès le 4ème jour, et ce jusqu’au dernier. Le bouche à oreille nous a porté pendant tout le Festival. Un merveilleux cadeau… ! »

PLUSDEOFF.com : « En juillet, vous participerez pour la cinquième fois au OFF, un Festival que l’on sait éprouvant pour les compagnies par son rythme et la forte concurrence entre les spectacles. Votre expérience vous permet-elle d’aborder cet événement avec sérénité ? »

Violaine Arsac : « C’est effectivement mon 5ème Avignon en tant que comédienne, et le 4ème avec cette compagnie et mes créations. L’expérience aide, évidemment, à être plus sereine que la première année. On connaît mieux les rouages, comment choisir les heures et les endroits pour tracter efficacement, gérer les énergies individuelles et collectives…
À la Luna, la grande qualité d’accueil et d’accompagnement des compagnies est également un soutien précieux et très sécurisant.
Mais l’expérience apprend aussi qu’à Avignon, on ne peut jamais vraiment prévoir. Ce qui crée cette magie lorsque des comédiens sur scène vont tout à coup être en osmose avec les attentes du public, ça… ça reste complètement mystérieux… C’est le propre du spectacle vivant. »

PLUSDEOFF.com : « Quel type de metteur en scène êtes-vous ? »

Violaine Arsac : «  Je suis un metteur en scène qui aime passionnément les mots, on l’aura compris, et également les comédiens, qui sont une de mes plus grandes forces d’inspiration. Je fonctionne aussi beaucoup par images : la première chose que je choisis, ou qui souvent s’impose à moi, c’est la musique du spectacle. Je l’écoute en boucle et alors les images me viennent : ce sont elles qui peu à peu construisent ma mise en scène.
J’aime les spectacles physiques, où les corps expriment autant que les mots. C’est pour ça que j’ai fait appel à un chorégraphe afin, ensemble, d’amener les comédiens à un vrai travail sur le plan de l’expression corporelle, voire de la danse.
Pour le reste… Demandez à mon équipe ! J’en profite d’ailleurs pour les remercier : outre le chorégraphe, il me fallait des comédiens et un éclairagiste très inspirés, pour créer ce spectacle. »

PLUSDEOFF.com : « La mise en scène et l’écriture pourraient-elles vous amener à ne plus jouer, ou le jeu vous est-il indispensable ? »

Violaine Arsac : « Tout est possible ! La mise en scène m’est à ce jour plus vitale que le jeu : c’est un besoin devenu viscéral depuis que j’ai commencé. Peut-être que le bon équilibre viendrait du fait de jouer dans les créations des autres et de mettre en scène des spectacles dans lesquels je ne jouerais pas… A voir.  »

PLUSDEOFF.com : « Revenons au Festival OFF d’Avignon. Avez-vous le temps d’aller voir d’autres pièces ? D’une manière générale, quels sont vos goûts en tant que spectatrice ? »

Violaine Arsac : « Oui, je profite d’Avignon pour aller voir un maximum de spectacles. L’an dernier, j’ai particulièrement aimé Les Cavaliers, Les Chatouilles, Jeanne et Marguerite et Les Visages et les corps. Je suis curieuse de voir ce qui se fait, d’entendre des auteurs que je ne connais pas, d’observer le travail des metteurs en scène, de découvrir des comédiens avec lesquels je pourrais avoir envie de travailler sur de futurs projets. Même si, je tiens encore à le préciser, je suis très fan de ceux avec qui je travaille actuellement. »

PLUSDEOFF.com : « Y a-t-il une phrase qui vous guide dans votre travail, ou plus globalement dans votre vie ? »

Violaine Arsac : « Oui. ‘Face à une situation, il ne peut pas y avoir de place en même temps pour la peur et la foi. Donc entre la peur et la foi, je choisis la foi.’ »

—Propos recueillis par Walter Géhin, PLUSDEOFF.com

Tant qu’il y a les mains des hommes
Avec Olivier Bénard, Aliocha Itovich, Slimane Kacioui, Nadège Perrier & Violaine Arsac
Chorégraphies : Olivier Bénard / Lumières : Rémi Saintot
Décors : Tanguy de Saint Seine / Costumes : Janie Loriault
Avec les soutiens de l’Adami, la Ville de Montrouge et le Théâtre La Luna.

Publicités

Votre avis

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s