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Antoine Laubin : « Mon premier passage à Avignon a été une bascule. »

Son travail avait été salué par la critique pour sa mise en scène de la pièce LES LANGUES PATERNELLES il y a quelques années. Antoine Laubin est de retour à Avignon à l’occasion du 50ème Festival OFF, cette fois avec LE RÉSERVISTE —joué en deuxième partie de soirée au Théâtre des Doms— dont l’auteur est une autre valeur montante de la scène belge, Thomas Depryck. Entretien avec un homme de théâtre engagé (crédit photo : Alice Piemme.)

PLUSDEOFF.com : « Le dispositif scénique de LE RÉSERVISTE a pour particularité de placer les comédiens dans les gradins, et le public sur scène. Que figure-t-il, et sera-t-il maintenu lors du OFF ? »

Antoine Laubin : « Oui, ce dispositif sera maintenu lors des représentations au Théâtre des Doms. Le texte de Thomas Depryck et notre spectacle livrent le récit du parcours d’un homme qui s’interroge au sujet de sa place dans l’espace social, qui cherche cette place. Il ne s’agit pas tant ici d’inverser le traditionnel rapport salle/scène que de positionner le spectateur afin qu’il soit lui-même en mesure de s’interroger sur la place qui lui est assignée par le cadre dans lequel il vient s’inscrire. Nous tentons donc de matérialiser le questionnement du personnage à travers l’occupation de l’espace scénique que nous proposons au spectateur. »

PLUSDEOFF.com : « Pour quelles raisons le personnage unique de la pièce est-il joué par trois comédiens ? Le texte perdrait-il de sa force avec un « seul en scène » ? »

Antoine Laubin : « Thomas a souhaité d’emblée que la figure du Réserviste soit prise en charge par trois voix distinctes, cela figure dans le texte publié. Il s’agissait pour lui de marquer de manière claire que la représentation réaliste du parcours évoqué n’était pas souhaitée. Son personnage n’est pas « crédible » au sens naturaliste du terme ; il est le personnage principale d’une fable et, en ce sens, la représentation naturaliste de son histoire serait un non-sens. Ce personnage n’est pas crédible mais il possède des caractéristiques, des pulsions, des tentations ou des révoltes que chacun d’entre nous peut développer à des degrés divers. En inscrivant dans le texte le souhait de trois incarnations simultanées d’une même figure au travers des corps de trois acteurs-narrateurs distincts, l’auteur a sans doute souhaité marquer ce « quelque chose en nous du Réserviste » que l’individu contemporain peut ressentir, quel qu’il soit. En distribuant le texte à deux hommes et une femme, alors que le « je » qui s’exprime est clairement masculin, nous marquons nettement cela. »

PLUSDEOFF.com : « Quels commentaires de spectateurs vous ont marqué ? Plus spécifiquement, avez-vous eu l’occasion de discuter du spectacle avec des chômeurs ? »

Antoine Laubin : « Chaque représentation de ce spectacle est systématiquement suivie d’une rencontre avec les spectateurs, ainsi qu’avec l’invité, chaque soir différent, que nous accueillons sur scène. Nous avons donc échangé avec de nombreux chômeurs et autres spectateurs concernés directement par la thématique que nous abordons. Il serait impudique et déplacé de répondre honnêtement à la première partie de la question mais j’encourage chacun à assister à ces rencontres pour constater à quel point le spectacle libère la parole sur le sujet et à quel point ce sujet concerne intimement de nombreux spectateurs. »

PLUSDEOFF.com : « Quelle est la situation des intermittents du spectacle en Belgique ? Existe-t-il un conflit comme celui pour lequel le Festival d’Avignon a servi de porte-voix l’an dernier ? »

Antoine Laubin : « Le statut qui protège les intermittents en Belgique a été modifié il y a peu et les règles d’accès ont été très nettement durcies. Le conflit est actuellement davantage larvé chez nous que celui de l’an dernier à Avignon. Cela pour plusieurs raisons, qui tiennent notamment au fédéralisme de l’État belge (le chômage et la sécurité sociale dépendent de l’État fédéral alors que le ministère de la culture dépend des entités fédérées ; les coalitions au pouvoir ne sont pas les mêmes aux différents niveaux de pouvoir) et à une structuration du mouvement moins forte qu’en France (même si des associations existent et tentent de se faire entendre). Cela tient aussi au fait que la Ministre de la Culture, en place depuis juillet 2014, a lancé dernièrement une large concertation du secteur destinée à réorienter les politiques culturelles de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Cette concertation est en cours et aborde, entre autres sujets, les questions liées à l’emploi artistique. Nous sommes donc davantage dans une phase de discussion, où nous espérons que notre ministre de tutelle portera notre voix à destination de la Ministre fédérale de l’Emploi, que dans une phase de conflit. »

PLUSDEOFF.com : « Vous étiez au OFF 2010 avec la pièce LES LANGUES PATERNELLES. Quels souvenirs gardez-vous de cette première expérience à Avignon ? »

Antoine Laubin : « Un souvenir très fort et très beau. Le spectacle a été très bien reçu et les représentations aux Doms nous ont permis à la fois de tourner durant plusieurs saisons partout en francophonie et au-delà, et d’obtenir de nouveaux partenariats pour la coproduction de nos spectacles suivants. À titre personnel, mon passage à Avignon en 2010 a été une bascule : le moment charnière depuis lequel il m’est possible d’exercer mon métier de metteur en scène à temps plein, en étant rémunéré, et en étant artistiquement légitimé. Cette première expérience était donc très importante pour moi. »

—Propos recueillis par Walter Géhin, PLUSDEOFF.com

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