un obus dans le coeur avignon off gregori baquet

Catherine Cohen : « J’ai appris à aimer les mots et à me plonger dans un texte pour en tirer sa sève. »

À l’affiche du Théâtre du Balcon lors du Festival OFF d’Avignon 2015, la pièce UN OBUS DANS LE CŒUR de Wajdi Mouawad, qui a valu le Molière de la révélation masculine au comédien Gregori Baquet, compte bien des arguments pour attirer les foules en juillet. La metteuse en scène Catherine Cohen répond aux questions de PLUSDEOFF.com. 

PLUSDEOFF.com : « Wajdi Mouawad fait débuter le texte de UN OBUS DANS LE CŒUR par « On ne sait jamais comment une histoire commence. » Cela vaut-il aussi pour votre histoire personnelle avec le Théâtre, ou bien vous rappelez-vous précisément le moment où votre envie de mettre en scène s’est formée ? »

Catherine Cohen : « Le théâtre est arrivé dans ma vie par la petite porte. Au début, l’image était mon outil de création, par la photo puis le cinéma. Je m’exprimais en utilisant la force des images, les mots étaient secondaires. Même dans le spectacle vivant, ce qui m’intéressait, ce n’était pas le théâtre mais le cirque nouveau, leur façon d’utiliser le corps pour transmettre leur message. Puis un jour, une comédienne, ma soeur, est venue me voir pour me proposer de mettre en scène FOOL FOR LOVE de Sam Shepard. Je me souviens de ma première lecture et de ma première impression. J’ai refermé la pièce en me disant qu’il y avait vraiment trop de mots. Et puis je l’ai relue mais sans les didascalies, en me concentrant que sur les mouvements des personnages et c’était parti ! C’était ma première aventure théâtrale et tout un champ de création s’est ouvert. J’ai aimé la proximité avec les comédiens, le temps de laboratoire qu’on n’a pas en cinéma et j’ai créé mes propres images… mais au théâtre. Et surtout, j’ai appris à aimer les mots et à me plonger dans un texte pour en tirer sa sève. »

PLUSDEOFF.com : « Quels sentiments vous animent à quelques mois du OFF où sera joué UN OBUS DANS LE CŒUR ? Êtes-vous par ailleurs une spectatrice assidue du Festival d’Avignon, IN ou OFF ? »

Catherine Cohen : « Je suis très contente qu’UN OBUS DANS LE CŒUR aille au Festival d’Avignon, et surtout dans ce théâtre. Mais c’est très étrange car je n’y suis jamais allée. Je crois que je m’en suis toujours fait tout un monde et je n’osais pas y aller. Mais cette année, c’est l’occasion, alors je me lance et je viens ! »

PLUSDEOFF.com : « Le texte de UN OBUS DANS LE CŒUR est souvent sombre. Quels moyens avez-vous employés afin d’éviter l’écueil du pathos? »

Catherine Cohen : « Je savais que les deux écueils de ce texte étaient le pathos et son côté « cérébral ». Je ne voulais ni de l’un, ni de l’autre. Mon axe de lecture était le conte et le voyage. Pour moi, Wajdi Mouawad nous raconte une histoire, comme le fait le griot en Afrique. Wahab est un passeur d’histoires, il est là pour nous transmettre son vécu. Avec ce positionnement, Gregori pouvait interpréter le texte avec une certaine distance qui lui permettait de ne pas être collé à ses émotions et ainsi d’éviter le pathos. Pour échapper à la cérébralité qu’impliquait cette distance, j’ai beaucoup travaillé sur l’idée du voyage organique. L’idée était que Wahab prenne chaque spectateur par la main et les fasse voyager à travers la tempête de neige et le soleil brûlant, du Canada au Liban, de l’enfance à la naissance de l’adulte pour qu’ils ressentent le tricotage de sa guérison. »

PLUSDEOFF.com : « Vous êtes metteuse en scène, réalisatrice et photographe. Abordez-vous chacun de ces métiers de façon hermétique par rapport aux autres, ou existe-t-il des passerelles entre eux ? »

Catherine Cohen : « Il existe de multiples passerelles entre ces trois outils de création. Passer de l’un à l’autre est très enrichissant. Ils sont liés les uns aux autres, ils se nourrissent et s’influencent. Quand je viens de finir une mise en scène de théâtre et que je passe à un tournage, je sens que j’ai légèrement bougé mon axe de création qui s’est approfondi. Et puis ce que j’aime particulièrement c’est que chacun a un propre rythme, n’utilisant pas les mêmes énergies. Le théâtre est un espace de recherche et de proximité, quasi d’intimité, avec ses comédiens, alors que le cinéma est une grosse machine, c’est le lieu de la rapidité, de la technique, on passe son temps à résoudre des imprévus ce qui est très stimulant. Quant à la photo c’est mon espace, un peu sacré, je suis seule avec mon appareil et j’ai une impression de liberté. »

PLUSDEOFF.com : « Quels sont les metteurs en scène dont vous suivez particulièrement le travail, et pourquoi ? »

Catherine Cohen : « J’aime beaucoup Emmanuel Demarcy-Mota pour son travail sur l’exploration et le langage scénique avec ou sans texte, et sa recherche d’une forme qui mêle plusieurs arts. J’aime aussi Joël Pommerat pour sa façon de nous emporter dans un univers quasi cinématographique à chaque fois. Et il y a aussi François Rancillac pour son travail en finesse sur les mots et sur la direction d’acteurs. »

PLUSDEOFF.com : « Quels sont vos projets au théâtre et au cinéma ? »

Catherine Cohen : « Mon prochain projet théâtral est un texte de Caryl Churchill qui n’a pas encore été traduit en France. C’est une pièce au déroulement surprenant, avec cinq comédiens. Je viens aussi de finir un scénario de long métrage qui est entre les mains de producteurs. Je croise les doigts. »

—Propos recueillis par Walter Géhin, PLUSDEOFF.com

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