Néry par Micky Clément

Néry : « La partie de mon être toujours active, c’est mon côté rêveur éveillé. »

Derrière l’émerillonné titre ORESTE AIME HERMIONE QUI AIME PYRRHUS QUI AIME ANDROMAQUE QUI AIME HECTOR QUI EST MORT, on trouve, outre Racine, l’une des pièces les plus agréablement surprenantes du dernier Festival OFF d’Avignon, un talentueux duo de comédiens composé de Paul Nguyen (son interview) et Nelson Rafaell Madel, ainsi qu’un metteur en scène qui a plus d’une corde à son arc. Entretien avec cet artiste plein de ressources, Néry. 

PLUSDEOFF.com : « Au fil de votre biographie, on vous découvre tour à tour auteur pour le théâtre, chanteur-compositeur, metteur en scène, réalisateur de clips… Fonctionnez-vous par cycles, ou bien êtes-vous constamment animé par l’énergie d’un touche-à-tout ? »

Néry : « Je fonctionne effectivement par cycles, mais ces cycles ont des durées très variables suivant l’investissement qu’ils demandent, suivant leurs résonances et ce qu’ils génèrent.
La partie de mon être toujours active, c’est mon côté rêveur éveillé, le moteur de mes recherches, de mes goûts, de mes projets.
En fait, chacune des activités que vous énumérez n’est finalement jamais totalement en sommeil et a parfois besoin des autres pour fonctionner. »

PLUSDEOFF.com : « Est-ce que derrière la dimension pédagogique ou initiatique de votre mise en scène dans ORESTE AIME HERMIONE QUI AIME PYRRHUS QUI AIME ANDROMAQUE QUI AIME HECTOR QUI EST MORT se cache une critique de mises en scène traditionnelles qui rendent hermétiques de grands classiques à une large partie du public actuel ? »

Néry : « Aucune critique derrière cette mise en scène qui est le fruit d’une réflexion à trois avec Paul Nguyen et Nelson Rafaell Madel, les comédiens.
Au départ ce sont eux deux qui, s’étant connus autour d’une autre tragédie —HORACE de Corneille— dans laquelle ils jouaient, ont eu envie de monter ANDROMAQUE. Mon rôle dans cette création fut de questionner la tragédie et ses codes, et d’être à la fois du côté du spectateur qui peut se poser des questions naïves et cherche à dénouer des liens complexes liés à l’histoire et à ses références, mais également celui qui propose des solutions pour répondre à ces questions.
Mais mon rôle était aussi d’accompagner les deux comédiens vers l’essence même de la tragédie voulue et écrite par Racine, et donc de trouver avec eux la façon d’y plonger corps et âmes. Au final, nous avons choisi un jeu « joueur », au milieu et avec les spectateurs, évoluant vers une dimension presque classique approchant les costumes et les parures pour chaque personnage, pour finir dépouillé de tout superflu dans l’essentiel du verbe et du drame. »

PLUSDEOFF.com : « Toujours à propos de ORESTE AIME HERMIONE…, la scénographie de Loïc Constantin, s’appuyant sur seulement quelques accessoires, est particulièrement épurée. Ce type de scénographie, qui ne ménage aucune diversion au jeu des acteurs, demande-t-il un travail de mise en scène encore plus exigeant ? »

Néry : « Là encore, la scénographie est née du travail et des besoins, tout en cherchant à la maintenir très épurée pour ne pas alourdir notre envie de pouvoir jouer partout. Je pense que la vraie difficulté est entre les mains des comédiens qui doivent nous conduire à les suivre au coeur de la tragédie antique tout en la faisant résonner avec nos repères d’aujourd’hui. »

PLUSDEOFF.com : « Quels sont les metteurs en scène dont vous suivez particulièrement le travail, et pourquoi ? »

Néry : « J’aime le travail de Dorian Rossel et Delphine Lanza car ils travaillent sur le sens d’un texte avec une logique d’horlogers suisses, tout en cherchant des jeux théâtraux simples, esthétiques et ludiques. J’aime le travail d’Ivan Morane car je l’ai connu quand j’étais jeune ado et qu’il m’a ouvert les yeux vers le plaisir des mots et le pouvoir qu’ils ont. Enfin, j’aime le travail d’Ariane Mnouchkine, de Philippe Hottier avec qui j’ai fait un stage de théâtre déterminant pour moi dans les années 80 et m’a ouvert la voie magique qui fait que tout peut exister sur un plateau, et que c’est la meilleure façon de faire de la politique constructive. »

PLUSDEOFF.com : « Quelle est votre actualité, et quels sont vos projets pour l’année qui vient ? »

Néry : « Avignon a été pour nous une très belle opportunité de partager notre travail, et de nombreuses dates de représentations en découlent pour la saison prochaine.
D’autre part, avec le collectif La Palmera dont nous faisons partie, nous préparons la suite en explorant, par le biais des contes, la quête de liberté propre à des individus et à des peuples, mais également la peur qu’elle peut engendrer si on ose y rêver.
Le titre ? : ‘Un jour j’ai rêvé que mon prince viendrait, qu’il m’arracherait des griffes du tyran, qu’on deviendrait les maîtres du monde, qu’on détruirait la Terre et puis qu’on s’envolerait si loin, si haut, que nous caresserions les poussières d’étoiles.‘ »

—Propos recueillis par Walter Géhin, PLUSDEOFF.com

Crédit photo : Micky Clément
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