OBLOMOV

OBLOMOV / m.e.s Volodia Serre

En soirée d’ouverture de la nouvelle saison du Théâtre Princesse Grace de Monaco, la troupe de la Comédie-Française jouait OBLOMOV, d’après une traduction du roman de Gontcharov par André Markowicz, dans une adaptation et une mise en scène de Volodia Serre. Si le talent de Guillaume Gallienne, dans le rôle principal, constitue une indéniable attraction, un certain manque de sens du détail nuit à l’ensemble.

La scène fait rire : Oblomov, mécontent de l’entretien de son appartement par le vieux serviteur Zakhar, fait se lever un nuage de poussière en tapant sur la méridienne qu’il ne quitte jamais. Une ficelle comique, dans une pièce qui ne l’est pas. Elle trahit cependant un penchant pour le naturalisme, marqué d’emblée par les boiseries des murs, le papier décollé par endroits, et dans la deuxième partie de la pièce par la présence de troncs enchevêtrés, reproduits avec force détails, sur lesquels ses inclinations pour Olga amèneront Oblomov à risquer quelques pas.

On peut certes voir dans ces murs cernant de près la méridienne la représentation de l’exiguïté dans laquelle se complaît Oblomov, exiguïté dont l’impression est renforcée par un cadre de scène formé par des rideaux noirs qui réduit le quatrième mur aux dimensions modestes du salon. On peut toutefois se figurer que l’image d’Oblomov sur sa méridienne aurait pris une tout autre force si la méridienne avait semblé perdue au milieu d’un espace ouvert sur les vastes horizons qui séparent le personnage de son paradis perdu qu’est le domaine d’Oblomovka.

Le monde d’Oblomov, à l’exception d’une courte escapade en ville avec l’affairé Stolz et des discussions au bois avec Olga, se réduit à sa méridienne. Ne pouvait-on pas laisser à l’imagination du spectateur le soin de construire le logement d’Oblomov, ou même l’opportunité de ne pas le construire, Oblomov se réfugiant le plus souvent dans le sommeil pour nier le caractère tangible de ce qui l’entoure ?

Cette exiguïté, outre de ménager peu de liberté à l’imagination, a pour autre conséquence de rendre malaisée l’utilisation de la vidéo [Thomas Rathier], qui pourtant a toute sa place ici. Oblomov, qui sombre plus d’une fois dans le sommeil, rêve. Il serait ennuyeux de regarder Oblomov rêver sans pouvoir regarder ses rêves. De prime abord, les murs qui entourent la méridienne trouvent alors une autre légitimité, matérielle, celle de servir d’écran à la projection des songes. On peut néanmoins s’interroger sur la qualité d’une projection qui, trouvant sur son chemin la méridienne, ou même les troncs, baigne ces obstacles de formes indéchiffrables qui sont autant de parcelles qui manquent à l’image projetée des rêves. Un espace plus ouvert aurait sans doute offert d’autres solutions quant à l’utilisation de la vidéo.

Oblomov rêve, mais sans partage.

Walter Géhin, PLUSDEOFF.com

Photographie : dossier de presse http://www.tpgmonaco.mc/ (c) Bernard Michel PALAZON CDDS Enguerand
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