pépito matéo

Pépito Matéo : « J’avais envie de mettre en exergue la parole des gens que personne n’écoute. »

Tandis qu’il s’apprête à s’envoler vers le Canada pour régaler le gourmand public québécois¹ de sa langue bien pendue, l’auteur-comédien-conteur Pépito Matéo nous ouvre son sac à bons mots dans cet entretien qui n’a rien d’automnal.

PLUSDEOFF.com : « Comment vous est venue l’idée du sujet de 7… LOST IN LA MANCHA ? Peut-on dire que le spectacle a une filiation avec PARLOIR, en mettant en scène des personnes en marge de la société ? »

Pépito Matéo : « L’idée de 7 m’est venue d’abord en m’intéressant aux « Fous littéraires » qui sont des marginaux de l’écriture, un peu l’art brut du stylo ! Queneau et Michaux avaient déjà approché le sujet et d’autres… J’ai trouvé qu’il y avait des choses intéressantes dans tout ce foutoir non formaté de l’édition plus ou moins clandestine… En plus, je les ai découverts à la suite d’un débat sur le langage des détenus, avec Francis Mizzio, un ancien de Libé, qui préparait un dico sur l’argot des prisons. Comme j’avais moi-même mené des ateliers sur l’écriture et la parole dans des établissements pénitentiaires, la boucle était bouclée. Il y avait une filiation. De plus, j’avais envie (je l’ai toujours) de mettre en exergue la parole des gens que personne n’écoute.

J’en ai marre qu’on soit sur-informés sur tout, de manière rationnelle, et que le monde n’aille pas mieux (c’est le moins qu’on puisse dire !) Je pense qu’il faut réapprendre à écouter les mots d’une autre façon… Bref, j’avais envie de questionner cet aspect, mais sans reprendre directement les écrits, ou plutôt de m’inventer ma petite saga à moi, à partir des silhouettes que j’avais croisées, de gens qui parlent tout seuls. Après je me suis mis sept contraintes d’écriture et j’ai même donné mes sept monologues à sept metteurs en scène avec sept contraintes de mise en scène… Je l’ai joué 18 fois dans cette version, puis j’ai eu l’idée de reprendre une nouvelle version, plus conteur ou auteur à sa table se débattant avec ses personnages… »

PLUSDEOFF.com : « Parmi les sept fous littéraires de 7… LOST IN LA MANCHA, lequel avez-vous le plus de plaisir à incarner, et pourquoi ? »

Pépito Matéo : « J’ai la conviction que ces personnages font un tout. Certains, pourtant, comme le mystique, ont été choisi de manière volontariste, car je voulais qu’il y en ait un, d’autres me sont plus ou moins proches, mais je suis surtout touché par ceux qui ont un problème d’intégration à cause de la langue. Le monologue au col roulé, que j’appelle Métamorphe, m’est le plus personnel car il s’agit d’un enfant qui a un problème d’élocution, ce qui me touche car j’ai toujours été sensible à cette question du monde des mots et des difficultés à s’exprimer… Mon père était Espagnol et la question de l’étranger, de l’étrange des sons et des sens m’a toujours questionné. »

PLUSDEOFF.com : « Quelles sont les influences principales de votre style d’écriture ? »

Pépito Matéo : « Je me sens dans une filiation avec les écrivains qui travaillent sur la question du langage bien-sûr, comme Henri Michaux, Alexandre Vialatte, Prévert et d’autres. Mais aussi des surréalistes car je façonne mes textes autour de l’image. Des poètes comme Verheggen, Tarkos, Prigent, ou des auteurs de théâtre comme Valletti, Novarina, etc… En tant que conteur, je m’intéresse aussi au répertoire des contes, des mythes et autres légendes… »

PLUSDEOFF.com : « Vous êtes maintenant un habitué du Festival OFF d’Avignon, après URGENCE et PARLOIR en 2007 ou encore SANS LES MAINS ET EN DANSEUSE en 2012. Ce rendez-vous vous manque-t-il les années où vous n’y participez pas ? »

Pépito Matéo : « Avignon est un marathon. Il faut tenir un mois sans se laisser destabiliser par tout ce qu’on entend. C’est un bel exercice pour l’égo. Car on est au milieu d’une forêt où il faut se faire entendre et tenter d’exister, avec la fragilité de la création avec toute une équipe autour qui s’investit. Il faut essayer de ne pas passer inaperçu: tout un symbole !
Cela dit, j’aime bien y aller, mais ça ne me manque pas si je n’y vais pas tous les ans. C’est bien aussi d’espacer le rendez-vous. J’aime l’ambiance mais au bout de quinze jours « ça suffat comme ci » ! »

PLUSDEOFF.com : « En tant que spectateur, quels spectacles du dernier OFF vous ont particulièrement plu ? »

Pépito Matéo : « J’essaie de voir des choses… Cette année j’ai aimé CONSTELLATIONS², un spectacle sur une écriture en déconstruction et qui montre le théâtre en train de se faire : j’adore ! J’ai bien aimé OBLOMOV³ à la Caserne des pompiers avec une très belle mise en scène inventive et vive, malgré l’épaisseur du texte, avec un thème intéressant, enfin j’ai assisté à des Night shots à La Manufacture et j’ai adoré un groupe de chanteurs belges totalement décalés… dont j’ai oublié le nom ! »

PLUSDEOFF.com : « Quel est le conteur en activité qui suscite le plus votre admiration, et pour quelles raisons ? »

Pépito Matéo : « Chaque conteur a son univers et évolue. Bien-sûr, je suis fan de Jaulin car il cherche toujours du nouveau, il prend des risques et assume. Potier aussi est un chercheur du côté de l’émotion, et Didier Kowarsky pour son impro tous azimuts, ou Myriam Pellicane qui amène un truc nouveau et fort. Mais je pourrais en citer bien d’autres moins en vue et qui ont une façon bien à eux de vous emmener dans l’imaginaire. »

PLUSDEOFF.com : « Lors d’un dîner, vous est-il arrivé d’être sollicité afin de raconter une histoire, comme on demanderait à un imitateur d’imiter pour distraire les convives ? »

Pépito Matéo : « J’aime pas beaucoup faire l’animateur des repas… Ou alors je préfère raconter des blagues. Mais ce que j’aime, c’est raconter à domicile chez des gens qui invitent leurs voisins et amis, et on réinvente un spectacle de proximité, qui fait au final une soirée unique et festive ! »

PLUSDEOFF.com : « Vous allez participer cet automne à un Festival au Québec dans un duo avec Gigi Bigot. Le Québec est-il un pays de cocagne pour le conteur francophone, avec un public qui savoure tout spécialement la langue française ? »

Pépito Matéo : « Oui, c’est une réjouissance d’aller au Québec où la langue française est si défendue et avec des conteurs très inventifs. Ils sont très branchés tradition car c’est une manière d’affirmer leur identité. Comme je suis plutôt un conteur par malentendu (à la limite du théâtre et de l’écriture !), ça les déroute un peu. Mais il y a un beau challenge à relever… je vous dirai après. En tout cas, j’y vais avec toutes mes histoires et spectacles et on verra bien ce que je sortirai de mon sac ! »

PLUSDEOFF.com : « Avez-vous déjà un nouveau spectacle en cours d’écriture, et si oui pourriez-vous en dévoiler les traits principaux? « 

Pépito Matéo : « Je voudrais continuer à travailler sur le langage mais aussi sur des histoires aléatoires avec un musicien, des choses qui se construisent et se défont en direct… Affaire à suivre. Je suis actuellement en train d’écrire un livre sur la formation, sous forme de polar ! »

—Propos recueillis par Walter Géhin —plus.redac@gmail.com

Crédit photo: Virginie Meigné.

¹ le 7 octobre, en duo avec Gigi Bigot au Rendez-vous des Grandes Gueules de Trois-Pistoles, Saint-Jean-Port-Joli, Province de Québec.

² CONSTELLATIONS, de Nick Paine, m.e.s. Arnaud Anckaert, Compagnie du Théâtre du Prisme.

³ OBLOMOV, d’Ivan Gontcharov, m.e.s. Dorian Rossel, O’Brother Company.

Advertisements

Votre avis

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s