MIRROR_TEETH_AVIGNON_OFF_C_ABLAIN

MIRROR TEETH / m.e.s Guillaume Doucet

Le groupe Vertigo présente MIRROR TEETH à 14h15 à La Manufacture (Patinoire) lors du Festival OFF d’Avignon 2014. La critique.

Trois épisodes de trente minutes l’unité. Au générique, James Jones, le père [starring Philippe Bodet], Jane Jones, la mère [Gaëlle Héraut], Jenny Jones, la fille [Bérangère Notta] et John Jones, le fils [Vincent Farasse]. Leurs noms d’une similitude ridicule s’affichent en grandes lettres tandis qu’ils prennent de multiples poses singeant une existence active et heureuse, comme dans ces vieilles séries américaines sur la vie de famille.

Le soir, dans une famille aussi normale, les retrouvailles débutent par un compte-rendu de la journée. On comprend que le père est un marchand d’armes de petite envergure et que la mère est une femme d’intérieur. Les stéréotypes fusent pour marquer la satisfaction, les sourires sont forcés et les regards appuyés se multiplient vers une caméra imaginaire. James et Jane ne se départissent pas de leurs sourires et de leur voix posée lorsque Jane raconte la grande peur qu’elle a ressenti en croisant un groupe de jeunes à la peau noire qui étaient d’autant plus menaçants qu’ils n’ont pas fait attention à elle. Au terme de raisonnements absurdes, la conclusion est qu’ils voulaient certainement la violer.

Le texte du jeune auteur anglais Nick Gill, lequel ne devrait pas rester longtemps méconnu en France, ne se contraint alors plus en rien à utiliser la famille Jones comme punching ball. L’arrivée en guest star du petit ami de Jenny, au prénom africain de Kwesi [François-Xavier Phan] ne ralentit pas les propos racistes des parents, qui d’ailleurs méprisent ouvertement le jeune homme et son accent étranger pourtant inexistant.

Toutefois le texte de Nick Gill ne se limite pas à une attaque frontale en faisant placidement dire à ses personnages des atrocités. Il y a une mécanique plus sophistiquée. D’abord, Jenny et Jean, la petite amie de John, vont prêter à ce dernier des obsessions sexuelles qui sont les leurs, de la même manière que Jane prête aux Noirs (elle le formulera à plusieurs reprises) un désir pour sa personne qui n’a pour seul fondement que ses propres obsessions.

La même mécanique s’applique à la violence. Les Jones imputent aux autres, ceux qui sont différents d’eux, ceux qui sortent du moule des ‘J’,  une violence contenue en eux, et qu’ils finiront par mettre à exécution.

Vous l’aurez compris, le texte enchaîne crochets et uppercuts. La mise en scène de Guillaume Doucet donne l’assaut avec une bonne dose d’ambiguïté, par cet aspect de série aux dialogues automatiques, qui dérivent rapidement vers l’horreur. La direction d’acteur porte l’estocade en conduisant les comédiens vers un registre difficile, jouer le surjeu, ici celui de l’entrain, de l’enthousiasme, de la bienséance, un surjeu essentiel pour créer le décalage avec les propos, décalage qui transforme les Jones en sadiques. On notera aussi la malice du choix de François-Xavier Phan et ses origines asiatiques pour le rôle de Kwesi aux origines africaines : il suffit d’être différent pour être dans le collimateur du raciste.

Dénonciation d’une société qui en se renfermant sur elle-même  se complaît dans des chimères quant au danger du monde qui l’entoure, MIRROR TEETH n’épargne aucun spectateur, chacun ayant en soi, il faut être lucide, au moins un petit bout de Jones.

—Walter Géhin, PLUSDEOFF.com

Crédit photo: C. Ablain
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