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UN FIL À LA PATTE / m.e.s Anthony Magnier

La compagnie Viva présente UN FIL À LA PATTE à 15h50 au Théâtre de l’Oulle lors du Festival OFF d’Avignon 2014. La critique.

Voici à coup sûr le Feydeau événement du OFF 2014, et l’une des pièces incontournables du Festival. Le metteur en scène Anthony Magnier présente une version brillamment renouvelée d’une des pièces maîtresses de Feydeau. Sa méthode ? L’émulsion des meilleurs ingrédients que sont le tranchant du texte et la subtilité des situations.

Exit les intérieurs cossus, exit le sur-jeu par-dessus des répliques qui n’en ont jamais eu besoin. Place à une scénographie à l’esthétique épurée —deux lustres, des chaises noires, et encadré de noir un voile transparent qui absorbe de vives couleurs changeantes— et, surtout, à un équilibre entre comique de situation, de bons mots, et scènes où l’émotion amoureuse est palpable.

Oui, vous avez bien lu, d’une pièce de Feydeau on peut faire jaillir, outre le rire, l’émotion amoureuse. La mise en scène d’Anthony Magnier réussit ce tour de force, peut-être inédit, notamment en éclairant le rôle de Lucette d’un jour totalement nouveau. Magali Genoud magnifie le rôle par un jeu remarquable de finesse et de sensualité. Dans les scènes où Lucette, seule avec Bois d’Enghien, se heurte à la résistance de son amant, à son désamour qu’elle se force à nier, on sent un cœur qui bat, une gorge qui se serre, un souffle presque coupé. Par ailleurs, tout en restant tout à fait décente et visible à un jeune âge, cette version de UN FIL À LA PATTE porte en elle une tension physique, voluptueuse, particulièrement marquée lorsque Lucette, d’abord pour retenir, ensuite pour punir, titille de ses appâts les sens de Bois d’Enghien. Dans le rôle de ce dernier, Stéphane Brel joue parfaitement toute la gamme de l’homme pris au piège, mais il faut surtout souligner son jeu sobre et mesuré quand il oppose, fermement, calmement, une fin de non-recevoir, une rupture définitive, à Lucette venue le relancer dans l’acte 3.

Que reste-il du comique ? Le meilleur ! Les mécanismes d’un Feydeau sont si exacts qu’ils répondent dès qu’on les actionne avec talent. Bouzin [Mikaël Taieb], le Général Irrigua [Anthony Magnier] et Fontannet [Gaspard Fasulo] sont les moteurs comiques, à explosion, de scènes qui finissent par emporter dans leur folie La Baronne [Alexandra Jussiau], sa fille [Agathe Boudrières], la soeur de Lucette [Eugénie Ravon] et Chenneviette  [Xavier Legat].

Outre le bel équilibre entre émotion amoureuse et comédie, il faut aussi noter de fructueuses idées de mise en scène. Ainsi, le déjeuner donné par Lucette, qui traditionnellement se déroule à l’abri du regard du spectateur pendant que Bouzin tente de lier connaissance avec La Baronne, est ici livré aux coups d’oeil indiscrets qui profitent du voile transparent en arrière-plan, révélant de multiples tableaux où les convives se figent, s’animent, se figent à nouveau, dans des postures improbables.

D’année en année, la Compagnie Viva laisse admirer une vision de plus en plus aiguë, une interprétation de plus en plus fine des pièces qu’elle joue. On ne peut qu’être pressé de voir son ANDROMAQUE en 2015.

—Walter Géhin, PLUSDEOFF.com

Crédit photo: Compagnie Viva.
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