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Anthony Magnier : « Nous avons maintenant envie de travailler sur les textes des grands poètes. »

La compagnie Viva enthousiasma les Festivaliers l’an dernier avec LES JUMEAUX VÉNITIENS (la critique). Sa nouvelle création est un Feydeau, l’irrésistible UN FIL À LA PATTE, pièce qu’elle jouera au Théâtre de l’Oulle à 15h50 lors de Festival OFF d’Avignon 2014. Entretien avec Anthony Magnier, le metteur en scène, qui endossera également l’uniforme du Général.

PLUSDEOFF.com : « Pour quelles raisons votre choix s’est-il porté, parmi les pièces de Feydeau, sur UN FIL À LA PATTE ? »

Anthony Magnier : « UN FIL À LA PATTE fait partie, avec LE DINDON, des plus belles pièces de Feydeau. LA DAME DE CHEZ MAXIM fait aussi partie des grandes pièces de Feydeau, mais elle a un peu plus vieilli. J’ai une attirance particulière pour UN FIL À LA PATTE, une pièce qui parle d’amour, de rupture amoureuse. C’est du grand art. « 

PLUSDEOFF.com : « Quels ressorts comiques exploitez-vous dans votre mise en scène de UN FIL A LA PATTE ? »

Anthony Magnier : « Le premier travail a été de comprendre ce que Feydeau nous a laissé en héritage, et de le faire fonctionner. Les ressorts comiques de Feydeau sont de l’ordre de la situation, de la dramaturgie, avec cette histoire rocambolesque d’un homme pris au piège entre sa maîtresse et sa future femme. Notre travail s’est concentré sur la manière d’interprèter. L’écueil est de proposer une mise en scène soit ‘boulevard’, quelque chose qui va caricaturer les personnages et ne pas défendre les situations, soit hystérique, se laissant entraîner par la force comique de Feydeau, oubliant tout autant les situations. Le travail avec les comédiens a été de se rappeler quelles sont les situations, quels sont les enjeux dramatiques entre les personnages. Le public peut passer de bons moments en écoutant des jeux de mots ou en voyant de la folie sur le plateau, mais sur 1 heure 40, il faut un soutien dramaturgique. Quand il s’agit d’une scène de rupture, nous racontons une véritable rupture. Dans une mise en scène type boulevard, on va peut-être en obtenir quinze rires. Dans cette mise en scène, les rires seront moins nombreux, mais beaucoup plus fins, moins racoleurs. »

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UN FIL À LA PATTE par la Compagnie Viva

PLUSDEOFF.com : « Êtes-vous d’accord avec l’affirmation selon laquelle les pièces de Feydeau sont parmi les plus difficiles à jouer ? »

Anthony Magnier : « Feydeau demande des qualités certaines d’intelligence: il faut d’abord comprendre tout ce que nous raconte Feydeau, la finesse des situations, des ressorts comiques, réfléchir à la manière de défendre les personnages sans tomber dans la caricature, au sens péjoratif. La difficulté, c’est de tenir une vérité: quand on joue l’amour, on doit vraiment faire voir le sentiment amoureux. Nos comédiens savent que tel mot, telle réaction va faire rire: il ne faut jamais travailler dans le but de faire rire de manière frontale. Il faut garder une rigueur émotionnelle, ne pas se laisser entraîner par le comique car les gens rient tellement que parfois il est difficile de se retenir et de ne pas rire avec eux. Nous ne nous privons pas du burlesque, c’est son traitement qui est plus fin. « 

PLUSDEOFF.com : « La place que le talent comique de Christian Hecq fait prendre au personnage de Bouzin dans la mise en scène de la pièce par Jérôme Deschamps à la Comédie Française est-elle excessive à votre goût ? »

Anthony Magnier : « Je trouve que Christian Hecq, dans la mise en scène de Deschamps, effectue un fantastique travail, et si Deschamps l’a choisi c’est pour qu’il fasse ce genre de travail. C’est un choix délibéré de Deschamps d’aborder le personnage et la pièce de cette manière. Feydeau n’a pas écrit dans ce sens, et ce serait une erreur de vouloir copier cette mise en scène qui repose sur Christian Hecq, de tout centrer sur Bouzin comme Deschamps l’a fait. UN FIL À LA PATTE, ce n’est pas Bouzin, c’est Bois d’Enghien, Bouzin, Lucette… Toute une galerie de personnages qui fonctionnent ensemble. J’ai vu cette mise en scène deux fois au Français, j’ai adoré, j’ai énormément ri, même si la facture est un peu classique à mon goût. On est dans ce que nous avons voulu éviter, un théâtre fermé avec des portes qui claquent, avec un décor imposant. Nous avons pris le parti de dire que les comédiens, et Feydeau, se suffisent à eux-mêmes. Notre décor est une évocation, une épure, avec des lustres qui évoquent l’univers de Feydeau. C’est un terrain de jeu délimité par la lumière, avec un minimum d’accessoires, l’essentiel, plutôt qu’un décor rococo ou baroque où l’on étouffe. Il suffit de l’imagination des spectateurs et de l’investissement des comédiens pour que cela fonctionne. »

PLUSDEOFF.com : « Votre compagnie a récemment changé de nom, de ‘Compagnie Viva la Commedia’ à ‘Compagnie Viva’. Votre prochaine création, en 2015, est ANDROMAQUE. La pièce LES JUMEAUX VÉNITIENS était-elle la dernière de vos mises en scène s’appuyant sur les codes de la Commedia dell’arte ? »

Anthony Magnier : « Nous avons en effet monté LES JUMEAUX VÉNITIENS dans cet esprit. Nous fêtions les dix ans de la compagnie, un premier cycle durant lequel nous avons exploré la Commedia, même si dès 2006 nous avons progressivement abandonné les masques. La Commedia est une superbe école d’improvisation, de comique, de labeur, de générosité, d’artisanat. Nous ouvrons un nouveau cycle, et c’est avec Feydeau. Nous gardons l’aspect populaire, la fantaisie, la générosité, l’absence du quatrième mur, des ingrédients qui ne sont pas propres à la Commedia. Mais nous voulions éviter que le public pense que nous allions proposer un Feydeau en Commedia. Il n’y a pas de masques, pas de tréteaux. D’où ce changement de nom. ANDROMAQUE, qui sera présentée au OFF 2015, sera montée comme une tragédie non pas classique, mais contemporaine. Nous avons maintenant envie de travailler sur les textes des grands poètes que sont Corneille, Rostand, Racine, Shakespeare, ce qui sera une joie sans mesure. »

PLUSDEOFF.com : « Une dernière question, assistez-vous à d’autres spectacles du OFF ? Quels sont vos goûts en tant que spectateur ? »

Anthony Magnier : « Je vais voir des spectacles du IN ! Cela m’intéresse de voir comment, libérés de toute contrainte commerciale de remplissage de salle, des metteurs en scène s’emparent du théâtre aujourd’hui. Cela m’intéresse, et mon travail s’en nourrit. Au OFF, je vais aller voir le travail effectué par certains comédiens, ou écouter certains textes, et bien-sûr des copains qui jouent. Je compte aussi, comme beaucoup de Festivaliers, sur le bouche-à-oreille pour trouver la perle rare, le spectacle à ne pas rater. »

—Propos recueillis par Walter Géhin, PLUSDEOFF.com

Crédit photo: Osokin - licence CC BY-SA 3.0
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